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Coup de gueule!

Posted in Perlouzes solitaires on novembre 6th, 2005 by gerard – 3 Comments

Dès le début Octobre 2005, nous avons eu à Marseille la conjonction de 3 malédictions en même temps: 3 semaines de grève de la SNCM(Société Nationale Maritime Corse Méditerranée*), le port ne s’en est toujours pas remis; dans la foulée, le STC (Syndicat des Travailleurs Corses, ne riez pas SVP!) a suivi (3 ans après, on attend toujours que les « détourneurs » de navire passent en jugement!) et il y a eu des incidences à Marseille. Mais c’est surtout 45 jours de grève à la RTM (Régie des Transports Marseillais) qui ont achevés la ville. Ajoutez à cela les méga-chantiers, à l’époque, du métro, du tramway, de la rocade L2 et vous pourrez imaginer dans quel enfer vécurent les marseillais, surtout les automobilistes! 

Comme beaucoup de gens exaspérés, j’avais commis une bafouille à « La Provence » qui, comme vous l’imaginez, ne l’a jamais publiée:

                                                                                       Marseille, le 6  Novembre 2005

 

                                                                                      Gérard

                                                                                      C…       

                                                                                       …

                                                                                       13000 MARSEILLE

 

                                                                               à Monsieur le Rédacteur en Chef.     

Objet : Courrier des lecteurs. 

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Je vous propose de publier l’émanation du léger ras-le-bol (doux euphémisme) que j’éprouve actuellement comme, sans doute, quelques autres de mes concitoyens marseillais. Si vous le permettez, j’y mets pourtant deux conditions : Primo, ou vous publiez in-extenso tout l’article ci-après, ou vous ne publiez rien du tout. Secundo, j’attacherais du prix à ce que mon nom ne soit mentionné dans votre publication uniquement par « M.C… de Marseille », car je subodore que le Q.I. des gens dont il est question doit être proportionnel à leur sens de l’humour et doit avoisiner, comme de bien entendu, et vous vous en seriez douté, le zéro absolu. 

DEBUT DE L’ARTICLE :

« SOURIEZ, VOUS ETES FILMES !

  CONTINUEZ, VOUS ETES PAYES !

En ces temps de chienlit massaliote, je crois qu’est venu le moment de considérer les évènements avec une philosophie amusée et un coup d’œil rigolard, bien qu’il soit entendu « qu’ils ne nous feront jamais autant rire que ce qu’ils nous ont fait ch… ». Mais à chaque chose malheur est bon, et le fait de déconstiper en bloc la capitale phocéenne doit être apprécié comme un grand prodige. Merci donc à la S.N.C.M., au S.T.C., à la R.T.M., à M. le Maire, à M. le Préfet et autres comiques de haut vol qui méritent, en passant, un gros bouquet de fleurs…de rhétorique.

Pour rester sérieux, commençons par réhabiliter un genre un peu oublié, j’ai nommé l’épigramme :

          O pauvre marseillais à tête de vaincu,

          Te voilà empêtré dans l’immonde chaos

          Te voyant confronté aux grèves combientièmes,

          Honnissant tous les sigles ayant en queue un « M »,

          Tu n’as plus à présent qu’à proclamer bien haut :

          « Gaudin, fais quelque chose et bouge-toi le c… !»

Nous pourrions continuer ces esbaudissements  par le pastiche, procédé ancien mais qui vieillit très bien :

(Sur l’air de « La Canebière »)

Couplet : Oui dans tout l’hexagone

               Indubitablement

               Ils aiment que rayonne

               La ville des fainéants

               Ils sont toujours en grève

               Et ils ont bien raison

               Nous le maffre on se lève

               Pour eux les euros tomberont

Refrain :

              On connaît les rois de la flemme

              Notre R notre R, R, T, M

              Bien qu’ils soient très impopulaires

              Ils continuent leur grève bien pépères

              Paralysant le Vieux-Port

              Comme des butors

              Ils exagèrent

              Ell’finira par nous rendre blêmes

              Notre R notre R, R, T, M

« HORS ARTICLE :

N.B. :J’ai bien concocté un autre couplet et un autre refrain avec la S.N.C.M., mais j’ai peur pour les miens et mes biens ; souffrez donc que je n’en souffle mot. »

Enfin, un genre ici un peu bâtard mais qui convient le mieux, je pense, à la situation actuelle, c’est une sorte d’hybride qui peu s’apparenter à la fois au Pamphlet satirique et au Poème Epique, je ne sais que choisir et m’en remets au jugement du lecteur : 

Titre : Bravo les syndicats ! Bravo les gens d’en face !

 

         Dans tous les syndicats, ce qui est admirable,

         On ne parle jamais de gens privilégiés ;

         Ils se veulent tous purs, honnêtes et responsables,

         Tout en foutant le ouaïe dans les corps de métiers.

         Avec eux, à Marseille, des sommets sont atteints,

         Etrangler une ville justifie tous leurs gestes,

         Et même, s’il le faut, en en venant aux mains,

         Ils ne dévient jamais de leurs visées funestes,

         Qu’importe si, au passage, la cité en mourant

         Jette un dernier râle dans les embouteillages,

         Du moment qu’on emm…, alors on est puissant.

         On est craint, on se veut les rois du torpillage.

         –

         Mais faisons l’historique un peu de ces gros c…:

         Tout commença naguère à la S.N.C.M.

         Mais oui, vous savez bien, ces malheureux garçons

         Qui font tout à propos pour qu’enfin on les aime,

         Qui, au long de l’année, suent parfois sang et gnole,

         Qui pour un jour de mer, ont un jour de congé,

         Spoliant leur employeur, ils se font un pactole,

         Et viennent ensuite dire que l’état va brader

         A des gens du privé, leurs tant-aimés bateaux

         Déjà payé dix fois par le contribuable.

         Ah ! Monsieur Israël, comme vous parlez haut,

         Tout en sachant cacher aux foules l’innommable.

         Pourquoi auriez-vous tort d’ailleurs de vous gêner,

         Tous ont l’air de vous craindre quand vous faites le pitre:

         « La Provence »,timorée, ménage froid et chaud,

        Craignant pour ses locaux le bris de quelque vitre ;

        D’autres médias sont là, vous tendant leurs micros ;

        Et même le Préfet pour vous se déculotte,

        « Ho !Pas de vague ! » ont dit les instances à Paris.

        Et les négociations que pour vous on dépiaute,

        Avortent par vos vœux en quelque amphigouri.

        O brave S.N.C.M. où  pleut les promotions,

        Où il y a, à la clef, des concours difficiles…

        Pensez que pour sortir du rang « simple trouffion »,

        Tous ces intellectuels doivent se faire dociles,

        Et réviser très dur pour des temps opportuns,

        Le difficile écueil de la table de « 1 »…

        –

       Suivant le mouvement, se sentant menacé,

       On voit surgir alors le fantoche S.T.C

       Hardis qui, ignorant l’antinomie des mots,

       Au lieu de l’occuper, détournèrent un bateau.

    _ A l’école on m’apprit ce qu’étaient des pirates_

       Mais ici, nulle offense ; et c’est en grands vainqueurs

       Qu’on les rapatria, mollo, dans leurs pénates…

       …et le contribuable paya le transporteur !

       O enfants de mutins peinant dur au combat,(1)

       Votre courage égale celui de la maffia !

       Votre chef moustachu, avec toute sa bande,

       Nous est apparu libre, devant croupir en geôle,

       Accueilli par celui qui le télécommande.

       Oui le gnome affreux est là, il trouve ça drôle,

       Il exsude sa haine _son nom : Talamoni !_

       Lui-même prend conseil d’un autre énergumène,

       Et pour faire le Mal, ils se sont réunis.

       Docteur Simeoni est bien ce que l’on aime :

       Notable bien rangé, et du sang sur les mains.

    _Car moi je n’oublie pas l’affaire d’Aleria ! _

       L’autre c…, paraît-il, encore n’en a pas

      Selon les R.G., on le suppose au moins.

      Dieu ! Octroie leur si tu peux leur indépendance

      A ces autonomistes, en grande minorité,

      Que tous les braves corses vont pourtant protéger

      Par leur « sens de l’honneur »…et la loi du silence.

      Rendez-vous compte ! Du dur colon, plus d’oppression !

      Et votre « isola bell’», qui vit sous perfusion,

      Verra tout s’envoler : Salaires et R.M.I….

      Bref, un destin radieux où vraiment tout sourit…

      –

      Partons au continent, retournons à Phocée :

      A la R.T.M. un autre conflit repart,

     Qui va paralyser usines, bureaux, lycées…

     La raison de la grève, et tous ses avatars,

     Expliquée en clair par Requenna, Vercellonne,

     Qui esquichent à l’envi leur crâne à UN neurone.

     Leur message est limpide et tout en transparence

     Le soir, à la télé, fait s’esclaffer la France :

    « Le tram il est à nous, à nous il est le tram,

    C’est le tram de nous autres, nous autres on a le tram ! »

    Oh ! Quel français douteux ! Dieu ! Quelle sémantique !

    (Sont-ils vraiment allés à l’école publique !)

    Et à l’Hôtel de Ville, l’édile supérieure,(2)

    Notre mère, trop aidée**** par tout le patronat

    Et les cliques de droite, j’en passe et des meilleures,

    Pitoyable, se mure dans son quant à soi.

    Pour couronner le tout, faisant la sourde oreille,

    Le Préfet temporise, aux ordres de Sarkozy**,

    Il doit rendre des comptes : « Tout est calme à Marseille ! »,

    En fait, il n’en a cure et il se fait sous lui.

    Enfin, le plus beau, c’est qu’ils savent tous très bien

    Qu’en agissant ainsi _et j’en suis bien en peine_

    On fait, en loucedé, un fertile terrain

    Pour installer en force cet enfoiré Le Pen.(3)

    Ils réagiront tous par une manif’ sonore,

    On y verra Kamel, Boubou, Jean, Mardochée,

    Drapés sur la Caneb’ dans des tons tricolores…

    …mais le bleu et le blanc*** seront bien délavés !

    –

    J’en pourrais dire long, sans doute un autre jour…

    De tous ces officiants, je le dis sans détour,

    C’est le jeu syndical qui vraiment m’interpelle.

    « Usager bafoué, tu nous la bailles belle ,

    Nous autres, on est tous là pour l’arrêt de travail !

    Qu’importe la grève, qu’on la gagne ou qu’on la perde !

    Au bout du mois toujours on aura notre bail,

    En fait, on est les rois et surtout on t’emm… ! »

 

Je m’aperçois que j’ai peut-être été un tantinet virulent(Qu’aurait-ce été un chouïa plus méchant ?!?!) et que votre Directeur de Publication, qui doit déontologiquement protéger ses sources, risque d’avoir du tracas ; aussi finirais-je par une autre épigramme que je m’inflige moi-même :

    Quelle verve Morbleu, quelle vulgarité !

    D’où sort ce trou du c… ces contrevérités !(4)

    Cette envie de tirer dès lors sur ce qui bouge !

    Qui est donc ce pékin : Drapeau noir ? Drapeau rouge ?

    _ Tout simplement, un gars qui en a plus qu’assez

    De voir son cher Marseille qu’est en train de couler…_

 FIN DE L’ARTICLE »

Je répète que j’aurais pu faire plus tant je suis indigné, mais je ne peux décemment pas monopoliser toutes vos pages.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Rédacteur en Chef, l’expression de mes sentiments autant pro-phocéens que distingués,

 C… 

 (1)   : Vous voyez une contrepèterie vous ? Moi non !

(2)   : Oui, je sais : « édile » est masculin, mais je m’octroie une petite licence poétique qui va si bien avec la suite. Mille pardons quand même !

(3)    :Oui, je sais aussi, la rime est bancale, mais allez donc trouver une rime à Le Pen (qui, lui même, ne rime à rien !).

(4)    :Ce dernier mot nous préserve d’un éventuel procès ; jamais, au grand jamais, je n’ai pensé remplacer « contre » par « quatre » par exemple…

     N.B. :Il y a des « e » internes qui sont  élidés ; j’ai vérifié, c’est permis(cf Licences Poétiques).

Ajouté plus tard:

*=Pourquoi le « M » disparaît-il dans le sigle? Mystère!

**=Sarkozy était alors Ministre de l’Intérieur.

***=Azur et blanc sont les couleurs du blason de Marseille.

****=J’insiste pour que la liaison soit faite…