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A la recherche du Sulfon perdu

Posted in Perlouzes solitaires on août 4th, 2008 by gerard – Be the first to comment

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Le regretté Francis Blanche (1921-1974) avait tous les talents: Parolier de chansons, auteur dramatique, acteur, écrivain, amuseur public, animateur radio, etc… Mais ce qui domine son oeuvre, c’est avant tout l’humour et l’esprit! Ses aphorismes ont fait florès, ses sketchs sont toujours aussi drôles, ses réparties dans certains films sont devenues des répliques-culte(1).
Il faut cependant prendre en compte la néo-culture de la jeunesse actuelle et là, on se dit que si beaucoup de choses de lui n’ont pas pris une ride, il en est d’autres qui engendrent une incompréhension hermétique des générations montantes, faute d’une information rationnelle.
Notre propos de ce jour est d’expliquer son fameux quatrain à contrepèteries:

Ami qui visite la Suisse

Prends garde à toi si tu confonds:

Pour éviter La Chaux-de-Fonds

Il faut passer par Saint-Sulpice.

      Oh les minots! Vous voyez pas mmh? Ben, ça devient:

Ami! Si! Visite la cuisse(2)!

Prends garde à toi si ton cul fond:(2)

Pour éviter la chaudepisse

Il faut passer par cinq Sulfons.

     Et c’est sur ce dernier terme que le bât blesse, « Gné?» vous rétorquera un petit jeunot boutonneux car acnéeux(…car « achnéen » aurait fait trop « Spiderman ») bercé toute son enfance par un vocabulaire télévisuel qui ne doit guère excéder 500 mots, Quésaco « Sulfon »? Eh bien, jeune padawan nourri de culture Cauetesque et staracacadémerdique, sache que « Sulfon » était le nom d’un médicament (Ici, il s’agit de comprimés.) vendu en pharmacie, à base de sulfamides, qui était censé soigner les MST dans les années 40 à …disons 60 en comptant large. Les sulfamides étant eux-mêmes des produits soufrés. Avant la généralisation des antibiotiques (pénicilline et toute la bande) ils tenaient le haut du pavé dans la lutte anti-microbienne(3):sulfon02

      Sur la forme, les présentations étaient fort diverses (poudre, cachet ou pilule, crème ou pommade, cautère ou cataplasme, suppositoire, etc…), mais su’l’fond c’était toujours la même mole et cul:sulfon03

     Mais, bien sûr, la Maison « Sulfon » y ajoutait sa touche personnelle, un tour de main dont seul l’ingénieur-en-chef-PDG-pater-familias-factotum-comptable-livreur avait le secret de fabrication; secret auprès duquel le Da Vinci Code ferait figure d’amusette pour bambins de Maternelle.

L’ anecdote ci-après vous éclairera sur le sujet: Dans ces années-là, une censure d’acier trempé muselait toute liberté un peu olé-olé que se serait permise les publicistes. Malheur à ceux qui déviaient un tant soit peu de la ligne puritaine et bien-pensante définie par des gouvernements très frileux et timorés en ce qui concernait tout ce qui avait un rapport, de près ou de loin, avec le sexe. Alors, vous pensez bien, faire une « réclame »(c’était le terme de l’époque) sur un médicament pour soigner de sales maladies qu’on s’en était allé choper chez les grognasses bantous de Dakar ou de Bamako, les putes gnakoué(e)s conghaïs de Saïgon ou d’ Hanoï(4), ou, plus près de chez vous, les vieilles peaux de la rue Saint-Denis ou de la rue de Budapest…il n’en n’était pas question! Et pourtant!…

On a retrouvé à l’INA, dans un fonds oublié au troisième sous-sol, derrière la porte de ce que furent d’anciennes latrines moyenâgeuses, une bobine mise au rebut par la grande Anastasie(5) des années 50. Après restauration, on a alors visionné la pellicule: Eh bien, on en a appris des choses!
Il faut se rappeler qu’en ce temps-là la grande idole de l’opérette et de la chansonnette dégoulinante de guimauve écoeurante s’appelait Luis Mariano, sa voix de velours faisait fondre les jeunettes d’alors, mais ledit Luis n’en avait cure puisqu’il était pédé jusqu’à la moelle. Il était beaucoup plus intéressé par la bande de « folles » qui le suivait et qu’on appelait les Luisettes ou les Mariano-nettes. Et voilà tout le sens caché de ce spot publicitaire, en Eastmancolor, passé aux oubliettes, on y voyait la bande de tarfioles que l’on vient de citer, en robe fuseau et talons hauts (mais avec une barbe de 3 jours); avec une visible joie de vivre, ils (ou « elles ») chantaient en se dandinant:

« Un Sulfon, fon, fon,

Les petites Mariano-nettes,

Un Sulfon, fon, fon,

Trois p’tites bourres

Et un coup d’savon! »

     Pour le savon, il s’agit bien évidemment de celui de Marseille, bien connu, entre autres, pour ses propriétés désinfectantes et antiseptiques. Apparaissait ensuite, en premier plan, un immense suppositoire estampillé « Sulfon », et qui faisait baver d’envie toutes ces tarlouzes, et le plan final zoomait sur leurs bouches arrondies en cul-de-poule comme des sphincters en manque de braquemart.(Etonnez-vous après ça que ces messieurs du CSA de l’époque ne nous aient pas fait des infarctus ou des AVC à répétition!)
Et voilà l’travail! « On » _il s’agit d’historiens intègres et impartiaux_ en déduit aujourd’hui que le Sida ne s’est donc pas pointé de nulle part en 1981, comme on le dit partout, mais qu’il était déjà bien installé dans les milieux homos plus de trente ans auparavant. Pourquoi n’en a-t-on jamais parlé? Parce que, tout simplement, on n’en voyait pas la nécessité puisque le Sulfon était largement suffisant pour GUERIR de cette maladie. Qu’on l’appelât ch’touille, chaudepisse, mal français ou tout autre label d’origine non contrôlée, c’était bel et bien cette même patte au logis qui fait si peur aujourd’hui. De gros laboratoires pharmaceutiques à stature internationale n’ont eu de cesse de faire disparaître du marché la petite concurrence, ce qui incluait de facto la minuscule entreprise familiale qui fabriquait ses Sulfons sur le bord de la table de la cuisine, dans un petit pavillon de la banlieue parisienne. Unilever et Procter and Gamble firent d’ailleurs la même chose avec le savon de Marseille.
Pour que ces trusts puissent engranger de colossaux bénéfices, on a préféré sacrifier deux fleurons de l’économie franchouillarde. Ces salopiots ont racheté tous les brevets à la maison « Sulfon », acculée (de frais) à la faillite,et les ont fait enterrer bien profond dans le désert du Nevada.

Malheureusement, le détective privé qui s’était chargé de cette besogne fouisseuse eut un accident mortel sur le chemin du retour. Il n’avait vu qu’au dernier moment un coyote traverser la U.S.Route 66, il avait fait une embardée; comme il fumait un gros cigare et que sa Pontiac était remplie de fiasques de Jack Daniel’s, de Four Roses et de Knob Creek, l’ensemble, très combustible, fit un joli barbecue. Il emportait ad patres les coordonnées de ses travaux d’inhumation, c’était désormais makache pour retrouver la recette de ce qui pourrait sauver la planète aujourd’hui.

Dans la même semaine, en France, un petit con, tout frais émoulu de l’ENA, venait d’être nommé Directeur du Service National des Brevets et Inventions. Pour faire de la place dans ses services encombrés, il pondit une circulaire intimant l’ordre de passer à la déchiqueteuse toutes les copies, devenues inutiles à ses yeux, de Brevets, français à l’origine, mais rachetés par des pays étrangers. Pour couronner le tout, l’arpète-multifonction-polyvalent de l’ancienne entreprise « Sulfon » attrapa, durant l’hiver 57, la terrible grippe asiatique. Il en sorti très diminué, en fait il était devenu Alzheimer 100% garanti bon teint, mais comme on ne savait pas diagnostiquer cette maladie à l’époque, on disait alors qu’il était retombé en enfance, ramollo du ciboulot, flagada des neurones ou rachitique du bulbe. Inutile après cela de lui poser une question sérieuse ou pas, la réponse étant invariablement la même: « Aghâââ! Aghâââ! »

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Les composants du Sulfon étaient bel et bien perdus à tout jamais!!!
A franchement parler, je dis des bêtises(6), on connaît parfaitement les ingrédients de cette panacée universelle, mais ce qui a été perdu c’est le dosage de chacun d’entre-eux au microgramme près et, surtout, l’art et la manière _ bref, le savoir-faire _ pour élaborer le produit tant convoité.
Après s’être aperçu de leur connerie au moment de la « ré-émergence » du Sida, Bayer, Squibb, Hoffman-Laroche, Rhône-Poulenc, Hoechst et bien d’autres ont tous lancé leurs laboratoires de recherche dans la course au Sulfon primitif. Mais va te faire f… , aucun, à ce jour, n’y est parvenu…
Tout ce qu’on a pu trouver, c’est un ersatz inefficace voire dangereux contre le Sida mais, à ce qu’on dit, opérationnel pour soigner les bégonias de Tante Eulalie ou les rhododendrons de votre belle-mère. Ce supplément vitaminique pour vos plantes a été baptisé d’un nom proche de celui que toute la planète cherche, mais la similitude s’arrête là:sulfon04

Il ne reste plus, à l’humanité souffrante, qu’à lancer ce SOS de la dernière chance: Allez vite fouiller dans les affaires de Pépé _qu’il soit défuncté ou encore vivant est optionnel_ pour voir s’il ne resterait pas UN exemplaire de ce produit miracle. On retrouverait alors bien vite, grâce aux analyses spectrales à base d’étrontium 69, le diagramme de fabrication du Sulfon. Outre que vous obtiendriez immanquablement le Prix Nobel, vous auriez assez de royalties pour finir vos jours comme le Sultan de Bruneï ou Bill Gates!

Gérard – 2008

1=A – « Touche pas au grisbi salope! », Les tontons flingueurs 1963 avec Lino Ventura; « Bouche pas mon freesbee la lope! », Si ça vous tante… avec Jean Marais 1964; « Louche pas mon Gigi, ça loupe! » L’amoroso avec Dalida 1970; « Couche toi pas avec le grizzli le pope! » Alaska, terre vierge avec Brigitte Bardot 1971; « Douche toi pas au lit, c’est pas top! » Canicule avec Lee Marvin 1984. « Mouche toi à l’isba salie! Hop! » Michel Strogoff avec Curd Jurgens 1956, etc…sulfon05

B – « En Pologne!!! Vous serez fusillé(e) 3 fois par jour jusqu’à ce que mort s’en suive! » en Papa Schultz, dans Babette s’en va-t-en guerre 1959 avec Brigitte Bardot:sulfon06

2=Interprétation toute personnelle.

3=À l’heure actuelle, le sulfanilamide est prescrit comme antiseptique bactériostatique sous forme de poudre pour application locale. Parmi les dérivés du sulfanilamide, on trouve la sulfapyridine, sous forme de pommade, employée dans le traitement symptomatique des dermatoses infectées. Le sulfaméthoxazole et le sulfadiazine, associés au triméthoprime, sont utilisés dans le cas d’infections urogénitales, bronchopulmonaires ou digestives, en particulier la fièvre typhoïde. Le sulfadiazine seul est efficace contre les infections à méningocoques (bien que le traitement de choix soit les antibiotiques du groupe des bêtalactamines), la toxoplasmose et certaines infections bronchiques. La sulfaguanidine est un antidiarrhéique et un désinfectant intestinal. L’association sulfadoxine-pyriméthamine est un antipaludéen réservé au paludisme à Plasmodium falciparum, en cas de résistance aux aminoquinoléines (Que de poésie dans tout ça!).

4=C’était toujours l’époque où la France avait un Empire colonial conséquent.

5=C’est ça les jeunes, courez à vos dicos pour voir ce que cet allumé de Gérard a bien pu vouloir dire, et lorsque vous vous coucherez moins c.. ce soir, n’oubliez pas, dans vos prières, de remercier Gigaproduction!

6=Non, sans blââââgue!

ICONOGRAPHIE ADDITIONNELLE

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     Francis Blanche était aussi un inventeur de génie, on le voit ci-dessus avec une toute nouvelle trouvaille de son c(r)u: La seringue à injecter « DTC » les suppositoires Sulfon. Rapide, efficace, indolore, le procédé a été pourtant boudé par le milieu médical. D’éminents proctologues réactionnaires ayant déclaré que cette « Sulfateuse sulfoneuse manquait de… doigté » (sic).