Archive for juin, 2009

Une bataille oubliée de Napoléon

Posted in Perlouzes solitaires on juin 14th, 2009 by gerard – 9 Comments

A mon vieux Maître d’Arts Plastiques
Louis Frégier (1929 – 2014)
Qui fut longtemps peintre officiel des Armées,
notamment pour la période napoléonienne
et dont le sens de l’humour et l’esprit de la gaudriole
étaient légendaires.

LA NON-BATAILLE DE MÄTCHNÜLH

28 Juillet 1812

 Depuis des générations, nous nous passons, dans la famille, un infâme morceau de papier jauni, souvenir d’un lointain ancêtre, de ce qui devait être, à l’origine, extrait d’une sorte de « Journal ». Amable Cagopieu, un obscur arrière-grand-oncle (au moins), a noté, à la plume d’oie, d’une écriture quasi-enfantine et avec une orthographe plus qu’approximative, textuellement les propos sibyllins qui suivent: crepi03

C’est court, difficilement déchiffrable et ça ne veut rien dire; c’est du moins ce qu’on s’est transmis de père en fils en ajoutant que le tonton Amable était surtout connu pour être à la dernière étape de l’intempérance, et qu’il devait en tenir une bonne ce jour-là! Machenoule n’étant mentionné nulle part, il était familialement admis qu’un « delirium tremens » très gros avait eu raison de sa raison, point barre.

Moi, vous me connaissez, je suis curieux comme une musaraigne périgourdine: « mangeurs de chandelles, Alexandre», bon, ça ce sont des russes ou je veux bien être pendu; « la poudre, la Ligne », well, c’est une guerre d’il y a longtemps ou je veux bien voter Sarko; si on met en relation ces indices et compte tenu du mois, on en déduit un affrontement franco-russe au tout début de la Campagne de Russie en 1812; eh oui, mon tout beau, sous l’Empire! J’envoie une lettre au Service Historique des Armées au château de Vincennes pour en avoir le coeur net et demander des précisions. En réponse, je reçois une missive très embarrassée où l’on me dit qu’on ne communique pas par courrier ce genre d’information mais que… euh! Bon… compte tenu de ma qualité d’Officier de Réserve, du niveau de mes études universitaires et surtout de mes relations étroites avec le voisin de palier du deuxième témoin au mariage de la bru du frère du jardinier de feu l’ancien sénateur Simon Cussonet (Tussorel _ Eure_), on veut bien me faire consulter, mais sur-place, un certain nombre de documents. Bon, ça m’a coûté un voyage à Paris, mais je ne l’ai pas regretté puisque j’ai fait la découverte d’une bataille ignorée du vulgum pecus. Après maints recoupements, j’en livre ce jour la synthèse que j’ai mitonné pour votre gouverne et pour que vous vous couchiez moins fada ce soir.

Le contexte:Le tsar Alexandre Ier a rompu le traité de Tilsit et rejoint la 6ème coalition, Napoléon est contraint d’aller lui tirer les oreilles. La Grande Armée, massée auparavant en Pologne et dans les pays baltes, passe le Niémen, fleuve frontière, le 24 Juin 1812 à Kovno et pénètre en Biélorussie. Le 26, l’Empereur prend Wilno, le 23 Juillet, il défait les russes à Mohilev, le 24 à Vitebsk, les 25 et 26 Murat est vainqueur à Ostrovno. Le 29, Davout (…ou Oudinot, va-t’en savoir avec tous ces noms à coucher dehors!)l’emporte à Jakoubov mais doit retraiter le lendemain à Kliastitsy, ce qui n’empêchera pas d’autres batailles et d’autres victoires jusqu’à la prise de Smolensk le 17 Août, la route de Moscou est alors ouverte! …Est-ce à dire qu’il ne s’est rien passé le 28 Juillet? Oh que si! Et pas de l’escarmouche, mon bon monsieur, une vraie bataille Napoléon-Koutousov, avec des dizaines de milliers de soldats, des blessés, des morts, et tout et tout… Jusqu’à présent, ce n’était que les armées de gauche(Maréchal Oudinot) et de droite(Maréchal Davout) qui avaient affronté l’ennemi; là, les deux gros noyaux centraux France et Russie se rencontraient pour la première fois.

map1812

Le champ de bataille: La toponymie des lieux était encore très saxonne à l’époque. Mätchnülh, aujourd’hui russifié en Zerozero, n’est qu’un moyen village biélorusse situé près de Polatsk. Un bassin s’étend au S-O de la bourgade, il est relativement plat et couvert de blé et de houblonnières. Une petite rivière, la Schlingue_la Fékaka de nos jours_, pratiquement guéable presque partout est renforcée par un ruisseau, le Walou_le Nietniet today_. La particularité ancestrale de l’eau de la Schlingue est d’être fortement laxative et, accessoirement en été, très aphrodisiaque. Un micro-village, pour ne pas dire un hameau_Embourb-le-Petit_, un couvent de bonnes soeurs et quelques fermes isolées complètent la géographie humaine du site.

champ01

 A l’origine, c’était De Tolly qui commandait l’Armée-Centre, mais, ces jours-ci, il est au lit avec la fièvre. C’est le vieux Koutousov qui le remplace. Ce dernier a soigneusement choisi le terrain, et son dispositif est en place dès le 26 Juillet, Pour mieux « couvrir » le terrain, il a décidé de partager son parc d’artillerie en deux moitiés égales(cf triangles rouges marqués A sur les cartes). Napoléon n’arrive que tard dans l’après-midi du 27, il « s’aligne » sur les échelons russes: Artillerie dédoublée, Cavalerie sur les ailes(cf carrés bleus marqués C). Il s’installe sur les hauteurs du plateau Aphromaj, tout près du couvent des Popelines qui lui font bon accueil en lui offrant le pain et le sel. Il les assure qu’elles n’auront pas à s’inquiéter pendant la bataille et garantit leur sécurité.

Le plan initial de l’offensive russe: Koutousov est aux anges, Napoléon prend exactement les positions qu’il souhaitait. Son plan est d’attaquer en force le centre français, scindant ainsi en deux la Grande Armée, et lui coupant toute retraite en contrôlant la route de l’Ouest. Avec sa supériorité numérique(230 000 hommes), il pourra alors réduire et anéantir l’un après l’autre ces 2 abcès de fixation. La victoire devrait être totale et marquerait la fin de la campagne.

champ02

L’ordre de bataille de Napoléon: L’Empereur se considère un peu trop près de la droite russe, son aile gauche (Cavalerie et Infanterie) devra donc faire reculer les russes, dans un premier temps, pour lui « donner du champ ». Si les pertes ne sont pas trop sensibles (Napoléon ne peut aligner qu’environ 150 000 soldats), cette même aile gauche obliquera alors plein Sud pour essayer d’envelopper l’armée russe et la réduire progressivement.

Mardi 28 Juillet 1812, 7H 30: Nous sommes en plein été, la journée s’annonce belle et très chaude. On est dans un classicisme guerrier ultra-conventionnel. Napoléon fait engager très tôt, comme prévu, son aile gauche.

champ03

7H 40: Koutousov était prêt, toute l’armée russe se met en branle (sans connotation péjorative) vers l’Ouest avec un centre renforcé et très mobile.

champ04

8H:Napoléon fait charger « à mitraille » ses canons et ordonne à ses batteries de tirer sur les russes en train de courir vers les français qui ne sont pas encore à portée de fusil. Le feu français cause des saignées conséquentes dans les lignes russes.

NB: Les étoiles bleues marquent la limite des portées des canons français:

champ05

 8H 45: Napoléon comprend au quart de tour que son centre est trop exposé, et qu’il risque de céder. Il prend alors une décision: Faire intervenir La Garde pour renforcer le centre! Jamais auparavant elle n’avait été si tôt engagée dans une bataille, c’était contraire à l’éthique de l’époque de faire donner ses réserves pratiquement en début d’affrontement. A partir de là, il faut bien avouer que tout part en « live »… L’Etat-Major russe se récrie en disant que « c’est pas de jeu! », que leur petit stagiaire Clausewitz ferait bien de noter tout ça dans son carnet à spirale, que le petit corse n’est qu’un sale tricheur, que son père était certainement sodomite, que sa mère avait eu commerce avec des suidés de la pire espèce, que son épouse mériterait de le faire cocu(Pauvres innocents, s’ils savaient pour la première! Pour la seconde, il faudra attendre un peu, Neipperg ne mettra ses oeufs dans le nid de l’Aigle qu’en 1814) etc, etc…

De 9H à midi: Koutousov, se sentant personnellement menacé, déplace son poste de commandement à Embourb et fait manoeuvrer sa réserve en écran de protection. Les mêlées devenant confuses, Napoléon fait se replier son Artillerie, devenue inutile pour l’instant, car elle ferait autant de dégâts chez les siens que chez l’ennemi. Il la positionne sur la route qui protègerait sa retraite si l’affaire tournait mal. C’est vrai que ça devient un pataquès inouï! Le Colonel Marielle, commandant le 6ème Voltigeur-Léger aux aguets dans Le Petit-Bosquet, surgit des fourrés, l’épée à la main, en s’écriant: « Sapristi! Mais c’est qui qui fait le chat?»

champ06

Croyant s’assurer de la personne même de l’Empereur, les russes font aussi le forcing vers le couvent des Popelines. Mais Napoléon a déjà déménagé son Quartier Général, il se contente de suivre son aile gauche qui enfonce la cavalerie russe et s’empare de leurs batteries du Nord dont il fait aussitôt enclouer les canons (On ne sait jamais, des fois qu’on devrait déguerpir dare-dare, et puis… y’a bon la tradition!). Il se coule dans les pénates des russes qui occupaient encore Mätchnülh il y a une paire d’heures.

champ07

A part les cavaleries situées au Sud du champ de bataille, on peut dire que, dès ce moment, on ne peut plus parler d’unités constituées manoeuvrant comme à la parade.

korakor01

Cela se transforme en un pastis pas possible où l’imbrication des régiments devient telle que la transmission des ordres devient un casse-tête incroyable pour les 2 stratèges.

champ08

 Heureusement, on est alors sur le coup de midi et Koutousov, un peu à court d’inspiration tactique, ordonne à ses clairons de sonner « A la trêve! »; Napoléon ne se le fait pas dire deux fois et fait répondre par le même canal qu’il est d’accord. Un modus vivendi est rapidement réglé: tous les combattants feront la pause-déjeuner à l’endroit où ils sont, suspension des hostilités jusqu’à 14h, les berges de la Schlingue sont déclarées no man’s land où hommes et chevaux pourront se désaltérer quelle que soit leur nationalité. Il faut dire que le soleil est au zénith et qu’il fait une canicule accablante pour tous.

Midi-14H = La pause: On assiste alors à une ruée vers l’eau et chacun boit à s’en faire péter la sous-ventrière. Pour l’Empereur, pas question de ce genre de côtoiement, il se contente, comme d’habitude, d’un frugal repas arrosé d’un Montracher léger. Aujourd’hui, il y a des oeufs durs au menu, et Sa Majesté commence à rouscailler: « Roustan! Saperlipopette, où est passé le sel?». Un bras muni d’une salière se tend: « Tiens tovaritch, sers-toi!»… Au bout de ce bras, un cosaque au rictus carnassier… « Putana!_pense Napoléon_ C’est ben vrai qu’on est un peu trop emmêlés là!»

Dans l’unique et fort modeste auberge d’Embourb-le-Petit, Koutousov s’apprête, de son côté, à déguster un boeuf Strogonoff, mais sans boeuf et sans Strogonoff parti en perme la veille. De facto, il était en train de se couper une tranche conséquente d’un cierge pascal de belle dimension quand tout à coup, depuis le bas des escaliers de la cave, un tumulte de voix et de piétinement lui parvint, dominé par une exhortation : « Palsambleu! Mais c’est qui qui fait le ch…» « Clac!»Ses officiers n’eurent que le temps d’abaisser violemment la lourde trappe sur la gueule des gueulards venant de la cave.

Dès 12h05, le Maréchal Macdonald et ses hommes, habitués à se restaurer rapidement, commencèrent à trouver le temps long…

Pour eux et tous les autres, les vertus des eaux de la Schlingue commençaient à faire leur premier effet viagresque, mais ils l’ignoraient encore…

14H-16H: Les trompettes sonnent « Au charbon! » à 14 heures précises; il est temps de se remettre à l’étripage mutuel! Mais, comme attiré par un aimant, le centre de gravité de la bataille se déplace curieusement vers le couvent.

champ09

 Les 2 commandants en chef, éberlués, constatent que leurs ordres ne sont pas suivis. En fait, les culottes affichant d’inconvenantes protubérances, il s’avère que chacun court vers les nonnettes pour… y célébrer un office aussi mémorable que particulier. On commence, la queue à la main, à faire la queue aux portes des cellules des moniales pour leur faire crier « Vive la France! » ou « Karacho devant! », au choix. Il s’ensuit même des débuts de fraternisation parmi les hommes de troupe, soit en comparant les longueurs de leurs appendices, soit en échangeant des blagues belges contre des blagues polonaises. Les bonnes soeurs se mettent à brailler « Au viol! » dans toutes les langues possibles et imaginables. Bons princes, les français enseignent alors à leurs collègues russes comment (en)clouer le bec des cloîtrées grâce à une spécialité bien de chez nous. Un calme relatif s’installera alors, à part une galopade effrénée du 6ème Voltigeur-Léger dont le chef vocifère dans les couloirs du couvent « Cristi! Mais c’est qui qui s’fait la chatte? »

Napoléon, ignorant de la réalité, ne décolère pas devant ce foutoir et s’enquiert, auprès de ses généraux, de ce qui peut bien motiver un tel manquement à ses directives. « Sire, nos soldats sont en train de tirer des coups!» se risque à l’informer le Maréchal Berthier. L’Empereur explose: « Ce sont d’autres coups que je veux entendre! Envoyez sur l’heure la Prévôté rameuter ces bougres de ramoneurs de popelines avec leurs pipelines(1) et qu’ils les ramènent au taf, avec ou sans leur paf, me ne frego, sinon y’aura de la décimation de calbards dans l’air, moi j’vous l’dis!» A la même heure, Koutousov éructait à peu près la même chose, mais en russe, à ses Gendarmes…

(1): Napoléon était un précurseur en tout, le fait qu’il utilise ici un terme qui n’existait théoriquement pas à l’époque a donné la migraine à bien des grammairiens, sémantologues et autres lexicologues; tant d’hypothèses furent échafaudées…

16H-18H30: Tant bien que mal, et leurs bourses allégées, tout le monde se retrouve bientôt dans la plaine de Mätchnülh, mais c’est la chienlit_ terme prémonitoire_ la plus totale dans un enchevêtrement inextricable de Régiments, d’Escadrons, de Sections, d’Escouades, de Patrouilles, etc… Les artilleries respectives envoient leurs boulets un peu n’importe où; les baïonnettes et les briquets français ou russes s’utilisent dans tous les azimuts. C’est une foire d’empoigne indescriptible et, naturellement, sanglante jusque vers les 16 heures 15…

champ10

 En effet, le délai de digestion ayant fait son oeuvre, les eaux de la Schlingue vont révèler, comme les bonbons Kiss-Cool, leur double-effet. Hélas aussi, le plus funeste!

Tout comme les hommes, les chevaux, avec ou sans selle, commencent, eux aussi, à aller à la selle. Des envies irrépressibles tenaillent les entrailles des combattants obligés, dans l’urgence, de s’accroupir sur place pour se soulager. C’est un spectacle surréaliste: des dizaines de milliers de lunes apparaissent sous le soleil de plomb.

essling01

Traversant la mêlée, dans le sillage de son Colonel, le 6ème Voltigeur-Léger fournit un court intermè(r)de quelque peu drolatique aux guerriers: « Merde! Mais c’est qui qui fait la chiasse?». Or, dans le tonnerre des airains et le cliquetis des aciers et des platines de fusil, ce même soleil_de plomb, rappelons-le_ finit par agir sur tous ces bronzes, et des exhalaisons innommables s’élèvent de partout du champ de bataille(1).

(1):A ce spectacle, si l’on est trop à pied, à l’unanimité, on reste éteint (Mais l’est-on vraiment alors qu’il y a tant à faire à cheval?).

18H30-21H: Ce merdier_terme « postmonitoire »_ commençant à devenir le « grand n’importe quoi », Koutousov se résout à faire sonner « A la trêve! » pour la deuxième fois de la journée. Napoléon n’en espérait pas tant et s’empresse d’accepter. On demande aux hommes de former les carrés et les faisceaux tout en se tenant sur la défensive en attendant l’issue des pourparlers quémandés par les russkofs.

champ11

Etant le plus jeune, c’est Napoléon qui se rend, à pied (les chevaux étant momentanément indisponibles pour cause de vidange exagérée), auprès de Koutousov avec quelques officiers. Tout ce beau monde slalome entre les étrons (mais ce dernier terme étant sans doute un peu trop cru, les chroniqueurs clandestins(1) de l’époque lui substituèrent celui de « sentinelles »(2), mot qui fit florès par la suite) ; chemin faisant, l’Empereur se penche vers son compagnon de droite et lui glisse à l’oreille: « Il y a pourtant là matière à se souvenir de cette journée! _ Oui Sire, j’essaierai de m’en rappeler au moment opportun.» répond le Général Cambronne.

(1)= Pourquoi « clandestins »? Voir plus loin…

(2)= NDLR: Seule, la langue provençale saura faire la synthèse des 2 termes par une appellation imagée: « sentibelli ».

Koutousov, avec sa franchise de vieux soudard, l’accueille en ces termes:« Jamais vu un pareil boxon! ». «_ Tu l’as dit bouffi! » se met au diapason l’Empereur. Sur les bases d’une fraternité inhérente à la soldatesque, les négociations commencent.

Les russes voulaient, à toute force, offrir le thé dans leurs beaux samovars d’argent, mais on commençait à se méfier grandement de l’eau de la région, et Napoléon bredouilla un « Niet spassiba! » avec un tel accent méditerranéen que cela détendit instantanément l’atmosphère, c’est donc à la vodka qu’on régla l’affaire.

En gros _ je résume _, on tombe d’accord pour confirmer que c’était une journée de merde, qu’on ne sortirait pas grandi, devant la postérité(et derrière tant de postérieurs), de ce qui s’était passé, que cela ne saurait porter de fruits à personne (sauf peut-être aux nonnettes d’ici 9 mois; mais bon, ce sont les malheurs de la guerre!), que les russes allaient se retirer sur la pointe des pieds vers l’Est parce que le pays est grand et que_ p…!_ ce n’était que partie remise pour foutre une branlée aux mangeurs d’escargots et de grenouilles, que les français s’engageaient, sur l’honneur, à ne pas faire mouvement avant 36 heures; que ce même honneur devrait garantir qu’il n’y aurait aucun battage(bulletins, courriers officiels, articles de journaux, etc…) ni contre-propagande à propos de ce que l’on venait de vivre. On fut unanime pour convenir qu’on allait tout mettre en oeuvre pour faire en sorte que cette bataille n’ait jamais existé, qu’il fallait vite la chasser de nos mémoires et que personne, plus tard, n’y fît la moindre allusion. « Tope-là tovaritch! » s’exclama, satisfait, Koutousov. « Je veux bien, répondit le Petit Caporal, mais, pour la prochaine fois, j’exige un rapport d’analyse des eaux sur les aires où nous nous rencontrerons!»

Sur le chemin du retour, Napoléon avouera à son entourage: « Mon Dieu! Vous avez vu combien cet antique débris a vieilli?» Plus tard dans la soirée, et à un cercle d’intimes plus réduit, il aurait dit (mais l’information n’est pas formellement authentifiée, et même certainement apocryphe): « Si j’aurai su, j’aurai pas v’nu! » De son côté, Koutousov confessera à son staff: « Par Saint Vladimir! Qu’il est petit et laid! J’espère que jamais plus les français ne confieront leur destinée à un nabot!…» « …Léon!» plussoya finement un des officiers qui maîtrisaient tous un français impeccable, en tout cas, mieux qu’un certain Cagopieu de ma connaissance! Cela fit beaucoup rire, l’attrait de la nouveauté sans doute…

De 21H à 23H: Comme convenu, les russes se retirent et les français bivouaquent. L’ardent soleil n’est plus qu’un souvenir, la nuit enveloppe ce décor qui pue encore la crotte et le crottin à 10 verstes à la ronde(les récoltes de l’année suivante furent, paraît-il, magnifiques!). On entend le râle des agonisants, le râle de pâmoison des Popelines dans leur couvent et là-bas, là-bas, fort loin dans la plaine un Colonel qui court, suivi de son régiment, et qui râle encore: « Bordel! Mais c’est qui qui fait le chat?»…

 Paroles tenues: Russes et français tinrent scrupuleusement leurs engagements. Koutousov ne rendit même pas compte de cet étrange affrontement à son supérieur hiérarchique, le Tsar. Les ordres de mission, la levée des plans des lieux par les cartographes militaires, toutes les traces-papier furent envoyées aux Archives Impériales à Moscou où elles brûleront moins de 2 mois plus tard dans l’incendie de la capitale russe. Napoléon fit, lui aussi, expédier tout ce qui avait pu être écrit, le jour de la bataille, à son service d’archivage à Paris, en recommandant expressément « d’enterrer » tout ce fatras dans les recoins les plus inaccessibles. Muselant de main de maître son bureau de propagande, voici ce qui fut officiellement transmis pour l’information de la nation:

bulletin5

Pas l’oubli, mais presque: Toute allusion à cette déplorable journée étant interdite, l’évènement tomba peu à peu dans les oubliettes, Napoléon n’en soufflera mot dans son « Mémorial de Sainte-Hélène ».

 Seule, une tradition persista quelque temps au 6ème Voltigeur-Léger, la fougue de ses combattants fit qu’on les surnomma « les diables », en y ajoutant « par la queue »(allusion à leur passage remarqué dans un certain couvent). Mais le régiment fut dissous à la Restauration et jamais reconstitué. Le Colonel Marielle, connu pour son amour des félins et devenu un très vieux monsieur, fut le 1er administrateur du parc Montsouris (Ben tiens! Tu m’étonnes!) sous le Second Empire. Un de ses descendants, Jean-Pierre Marielle, deviendra acteur et arrivera à placer, une unique fois, dans un film(« Le diable par la queue » de Philippe de Broca, 1968, avec aussi Yves Montand) la célèbre phrase qui est devenue la devise de sa famille.

Les associations du genre «Souvenir napoléonien » ont bien d’autres évènements à commémorer plus intéressants que la pagaille du 28 Juillet 1812. Il n’y eut, à ma connaissance, qu’une seule « reconstitution historique» organisée par « Le Joyeux Escadron des Diarrhéiques Impériaux »(J.E.D.I., Association de type loi 1901), pour célébrer le cent-cinquantenaire de la bataille, en 1962. Mais l’actif de leur trésorerie étant plus que modique et le fait qu’on était encore en pleine Guerre Froide ont eu pour effet que cet anniversaire ne s’est pas passé sur les lieux mêmes des combats, mais plus prosaïquement dans l’hexagone, à Montastruc-la-Conseillère(Haute-Garonne). A défaut de cours d’eau « ad hoc » coulant à proximité et pour empêcher que la fête ne se transforme en une monstrueuse orgie, on évita de faire ingurgiter aux participants quoi que ce fut qui put éveiller leur libido; par contre, ils furent gavés de Senokot, Dulcolax et autre Duphalac à tel point qu’ils repeignirent la rue principale de la localité dans des ocres très bigarrés:

fantassin05

 Bon enfant, la Municipalité assura que les montastrucois n’avaient marché que « dans du bonheur » pendant presque quinze jours, et qu’elle était prête à renouveler l’expérience… dans 150 ans!(Faut pas déconner non plus!) …Ce n’est donc pas demain la veille que vous verrez le retour du J.E.D.I.!…

napomad

Remerciements: Je tiens à remercier vivement le Général De Guerlass, Commandant le S.H.A.(Service Historique des Armées), et spécialement le Lieutenant-Colonel Nicaise Crogne-Nieux, Chef des Archives, qui a retrouvé, pour moi, des documents inédits, véritable trésor d’informations en tout genre et une mine inépuisable d’anecdotes qui lèvent le voile sur un épisode quasiment inconnu de la Campagne de Russie.

Ajout du 15 Juin 2009:

Un lecteur hyper-cartésien m’a dit rester sceptique sur le fait que plus de 300 000 bonshommes aient pu, en 2 heures de temps, assouvir leurs pulsions sexuelles. Je m’attendais un peu à cette question et, Dieu merci, les archives explicites et détaillées de Vincennes sont venues à mon secours.

Primo, le couvent étant quelquefois fort éloigné, beaucoup « calèrent » en chemin et, comme en ont témoigné Jean-Roch Coignet ou d’autres douaniers, se sont soignés à la Veuve Poignet. Secundo, le couvent des popelines avait un fort effectif, et le nombre de novices ou de jeunes soeurs fraîches et jolies était important, elles assurèrent un max d’abattage pour «éponger» cette occasionnelle clientèle. Enfin, tertio, restait le problème des nonnes vieilles et moches, d’une frigidité sibérienne, et dont le berlingot était sous permafrost (Oups! J’ai failli écrire « spermafrost »!)depuis des décennies! Pour se donner du coeur à l’ouvrage en montant à l’assaut de ces inlandsis, le fantassin français de base, toujours gouailleur, improvisa alors:

(Pour l’air, cf http://www.brigade-napoleon.org/ovlplf.mp3 )

« On va se gercer le gland

Reste en plan Popeline (bis)

Dégèle ma p… » etc, etc…

Vous le voyez, cher lecteur, il y a toujours une explication rationnelle lorsqu’on parle vrai et sincère.

Nouveau! Les voix de synthèse

Posted in BombayTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment

Hé hé, 2 nouveautés ce mois-ci:

1- Depuis le 5 mai, outre les sous-titrages classiques ou un enregistrement à partir de votre webcam, on a maintenant une troisième possibilité sur BombayTv: Mettre des voix de synthèse (homme, femme). C’est un peu impersonnel comme intonation, mais il y a sans doute des choses intéressantes à faire… Dorénavant, lorsque j’utiliserai ce procédé, je vous le signalerai en spécifiant « VS ».

TRES IMPORTANT: On a intérêt a mettre le son assez fort, on distinguera mieux les paroles!

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-859098ffb09a77a01afa365748dbe1a4.html

2- Depuis la mi-Mai, on a de nouveau l’occasion de faire des couvertures délirantes avec « Martine »: http://www.cafe-philo.net/index.php?f=3&p=6&s= Ce serait bête de vous en priver! Té mon brave, un pitchoun exemple:

martinemarseille01

« Faut tout que je fasse ici! »

Posted in ClassicTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment
« Pardon, pardon, pardon… » Inspiré par les photos d’A.: Ségolène l’affirme: « Faut tout que je fasse ici ! », si le bouton « Marche » n’apparaît pas, cliquez sur celui de « Retour en arrière », ça sera OK; de la même façon, en cliquant sur « Pause » le logo « Marche » réapparaîtra (les voies de l’informatique sont impénétrables…):
pardonssego01

« J’avais bousé… »

Posted in BombayTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment

VS- Des couleurs et des matières, ça ne se discute pas… Sans que je comprenne vraiment pourquoi, ce clip a été retenu par Bombaytv dans la compèt’ des « meilleurs films », si ça vous dit, vous pouvez voter… :

http://www.grapheine.com/bombaytv/index.php?module=competition&code=afc222519ee0550ef086503b7432016a

Chez la conseillère conjugale

Posted in ClassicTV on juin 1st, 2009 by gerard – 2 Comments

Un vieux couple s’invective, il n’y a pas que chez les jeunes qu’il y a des problèmes:

Loi Hadopi, loi scélérate

Posted in ClassicTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment

Fail!…Et dire qu’il y a des milliers de Bébert !!! (…et qu’un seul Marcel, Dieu merci!):

http://www.grapheine.com/classiktv/index.php?module=see&lang=fr&code=f14ec0e91e91b64abc82848ec2a387aa

Nos néo-Rois fainéants sont de pauvres gens!

Posted in BombayTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment

Extrêmement difficile d’y entrer, mais une fois que tu y es, tu peux glander, sans contrainte de résultat,  jusqu’à la retraite (qu’ils prolongent quasiment tous jusqu’à 65 ans, la différence Vie active-Retraite n’existant pas!). Comme il faut plaindre ces « Jabba-the-Hutt » si utiles au pays:

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-4514934275ee469113f0c63e7bb7f650.html

Correspondance bigote… ou pas!

Posted in BombayTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment

VS-  Beau ouaïe pour les ouailles en perspective: 

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-e3d63f75fa978e8b38f2160d0c07ad87.html

Cuisine pour Intromission

Posted in BombayTV on juin 1st, 2009 by gerard – Be the first to comment

Madame sait mitonner de bons petits plats aphrodisiaques, Monsieur en profite… :

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-d85a8f21e9befec139a8609b6093c06f.html