Archive for février, 2015

Les voix du sang

Posted in Oulibouf on février 20th, 2015 by gerard – Be the first to comment

     La « chute » de cette nouvelle était dans ma mémoire depuis plus d’un demi-siècle. Je ne me souvenais plus du tout qui en était l’auteur à l’origine, et j’étais fort marri car il eut été séant que je le citasse pour lui rendre hommage. Mes fiévreuses recherches récentes ont été récompensées : Il s’agit de « Cruelle énigme » de l’inégalable Alphonse Allais. J’aurais dû m’en douter…voixdusang01

      Je fais un métier que j’aime : Je suis représentant de commerce en moissonneuses-batteuses-lieuses et autres monstres agricoles, dont l’unité la moins chère avoisine les 200 000 euros. Mes marges commissionnaires sont conséquentes, et lorsque je réussis à en écouler une douzaine dans une année moyenne, je réussis à vivre bien mieux que tous mes camarades de promotion d’ HEC. Malheureusement, cette année, nous sommes en pleine crise économique et les temps sont plutôt durs. Ce premier semestre, je n’ai pu fourguer qu’une seule de mes machines, et j’ai dû réduire mon train de vie.

     Je me trouve ce jour à Romorantin, et j’asticote depuis hier Eusèbe Lebouseux, riche céréalier de la région. Il faut du temps, de la persévérance et surtout une tchatche phénoménale pour convaincre ce plouc de me signer un bon de commande. Pour faire des économies, je loge, contrairement à mes habitudes, dans un très modeste hôtel coincé entre la MJC et le début de la ZUP de ce bled pompeusement qualifié de sous-préfecture. Peut-être parce qu’il y a la MJC à proximité et la vue sur les champs alentour, le proprio ne s’est pas levé l’âme pour baptiser sa crèche. « Hôtel de la Culture & de l’Agriculture réunies » que ça s’appelle… Même avec un nom aussi ronflant et le coup de Ripolin passé hier sur l’entrée, je doute qu’il puisse décoller un jour de l’unique étoile dont on l’a affublé : les tapisseries datent des années 70, et tout ce pop-art agresse vos mirettes, l’escalier est aussi étroit qu’une coursive d’ U-Boot, les chiottes, à la turque, sont communs à l’étage et surtout l’épaisseur des murs fait penser à du papier-cigarette ; c’est bien simple, si quelqu’un mange des biscottes à la cave, celui qui est au troisième et dernier étage à l’impression que c’est à côté de lui qu’on concasse des parpaings.

     Bah ! Ce soir, exceptionnellement, je crois bien que je vais me coucher de bonne heure (évidemment, il n’y a pas de télé dans la chambre). Je jette un coup d’œil par la fenêtre qui donne sur l’entrée de la MJC. Il y a déjà une petite trentaine de personnes qui poireautent à la porte. Je distingue les gros caractères d’une affiche aux couleurs criardes où on voit le portrait d’un gus en smoking et haut de forme barré d’un énorme « Le Grand Mangiacarrubo », je ne discerne pas les autres textes, mais je suppose que ce quidam doit être la vedette du spectacle de la soirée. Non, vraiment, je n’ai pas envie de descendre et de me taper le spectacle indigent de cet artiste de dernière catégorie, un olibrius qui doit faire la tournée des chefs-lieux de cantons de la France profonde. En fait, la fatigue aidant, après m’être brossé les dents et avoir enfilé mon pyjama, je me suis endormi sitôt la tête sur l’oreiller…

     …Ce sont des éclats de voix qui m’ont réveillé. Je consulte ma montre, il est deux heures du matin. C’est de la chambre contiguë à la mienne que provient tout ce ramdam. C’est d’abord une voix d’homme, grasse, profonde, mais fortement alcoolisée qui éructe : « Mado ! Je vais te défoncer l’oignon, salope ! Tu vas prendre, oh oui, qu’est-ce que tu vas prendre ! » Un filet de voix suraigüe implore alors : « Arrête Ginou ! Je ne veux pas, je ne veux plus ! Ne recommence pas tes délires d’ivrogne comme la semaine passée à Montastruc et comme il y a deux jours à Montcuq ! » Je suis alors fort étonné de compter un troisième son, celui d’un noir, très vraisemblablement : « Non missié patwon, y faut pas fai’e ça ! Li dimoizell’ elle est twès gentille, ti dois la laisser twanquill’ ! » Ma stupéfaction est à son comble quand j’entends la tirade d’un quatrième intervenant. Sans doute s’agit-il là d’un asiatique, car c’est une petite voix chafouine et très nasalisée qui supplie : « Négatif, vénélable patlon, une femme doit êtle tlaitée comme la losée du matin sul les pétales du nénuphar ! » Par le bandage herniaire de mon grand-oncle ! Mais combien sont-ils là-dedans à se monter le bourrichon ? La dispute dure encore un bon moment, jusqu’à ce que le supposé Ginou explose au milieu d’un tintamarre de bouteilles cassées : « Vous me faites tous ch… ! J’en ai marre d’être à la tête d’une bande de c… ! Cette fois, je vais tous vous crever la paillasse… » Il s’ensuit un grand fracas de meubles renversés, de claquements divers et variés, mais extrêmement sonores. Puis… plus rien ! Un silence de mort plane sur l’hôtel.

     Je suis terrorisé, le Ginou a certainement accompli l’irréparable en estourbissant ses compagnons de chambrée. Comment s’y est-il pris ? Etranglement ? Arme blanche ?… A vrai dire, je m’en fous et ne veux pas le savoir. Je me précipite vers la porte, vérifie qu’elle est fermée à clé, je pousse un lourd fauteuil contre elle, et fait des prières ferventes pour que ce forcené ne s’en prenne pas maintenant à tous les clients de l’hôtel.

     Le reste de la nuit va s’écouler dans la panique la plus complète. Je maudis Monsieur Bouygues qui m’a coupé mon portable il y a deux jours parce que j’avais oublié de payer mon abonnement. J’abomine cet antique hôtel où il n’y a même pas de téléphone intérieur dans chaque chambre. Je suis recroquevillé dans un angle de la pièce, j’ai en pogne une ridicule lampe de chevet en porcelaine que je brandis comme une massue ; en fait, c’est le seul objet que j’ai trouvé à me mettre sous la main pour éventuellement me défendre. Mon Dieu, comme les heures me paraissent longues ! Plus question de fermer l’œil, je n’ai pas envie que le Ginou ne me fasse mon affaire pendant mon sommeil. La chambre d’à côté est toujours étonnamment calme.

     Ce n’est qu’à l’aube que je commence à ouïr un certain remue-ménage dans la pièce où eut lieu le drame. Quelqu’un va et vient, on entend des pas, des bruits de douche, puis celui d’une valise qu’on zippe bruyamment. Mon assassin est prêt à mettre les voiles. Ma curiosité est la plus forte, je déplace le fauteuil, tourne très doucement la clé et entrouvre la porte juste au moment où je vois sortir, de la chambre d’à-côté, une forme sombre et massive enveloppée d’un immense manteau. C’est fait ! Le gars s’en va sur la pointe des pieds et descend l’escalier. Toujours sous le coup de la peur, j’attends un bon moment pour être sûr que le meurtrier soit bien loin de moi. Il s’écoule bien dix minutes avant que je m’enhardisse à ouvrir mon huis, faire trois pas dans le couloir et pousser fébrilement la porte de la chambre tragique.

     Ô pute borgne ! Rien ! Il n’y a rien à l’intérieur ! C’est une chambre comme une autre, d’une banalité à concurrencer le JT de Jean-Pierre Pernaut ! Pas de cadavre, pas de bris de meubles, pas de trace de lutte… C’est à peine si le lit est défait. Comment ce diable d’homme a-t-il fait pour se débarrasser de trois corps ? Rien derrière le rideau de douche (Oui, tout comme vous, j’ai vu « Psychose »), rien sous la table (Oui, comme les plus anciens, j’ai vu « La table aux crevés » avec Fernandel), rien dans l’armoire ( J’étais trop jeune pour voir « L’armoire volante », toujours avec Fernandel), rien sous le lit (lâchez-moi la grappe ; Non, je n’ai pas vu « Le lit du Diable » de Sam Pillsbury en 1994!)…

     Je n’y tiens plus, je dévale l’escalier jusqu’à la réception. Derrière son comptoir, il y a là une placide matrone auprès de laquelle Laurence Boccolini ferait figure de squelette. Vite, vite, je lui débite les péripéties de mon horrible nuit. La baleine me regarde d’un œil plein de pitié et me lâche dédaigneusement, comme à un minus habens : « Visiblement, il n’y a pas que votre voisin de chambre, monsieur Mangiacarrubo, qui aime picoler ! » Vieille truie ! En plus d’être dégoûté, je suis complètement paumé dans mes vaticinations. De très mauvaise humeur, je grimpe à ma chambre, fais ma valise en quatrième vitesse, puis je redescends pour régler ma note (effectivement, c’est very cheap, trois années dans ce clapier équivalent à une nuit au Négresco de Nice ou au Carlton de Cannes) et je m’enquiers de la gendarmerie la plus proche où on aura un peu plus de considération pour mon témoignage.

     C’est au moment de remonter dans ma voiture que j’avise l’affiche aperçue la veille. On y voit bien « Le Grand Mangiacarrubo », mais, juste au dessous, en plus petits caractères, il y a « Ventriloque et bruiteur de renommée internationale ».

Gérard – 2014

Actu-m’en diras tant Février 2015

Posted in Actualités & hors-série on février 10th, 2015 by gerard – 1 Comment

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Les titres de l’Actualité auxquels vous avez échappé (« Personne n’obligera le pot de terre à taire ce que se permet le pot de fer de faire » Jean Brasier 1910-2003):

1/ « Je ne fais pourtant de tort à personne… » : Ce qu’il s’est passé à Paris les 7 et 8 Janvier est inqualifiable. Mais on a pu observer au moins trois à-côtés aux effets surprenants : Charlie-Hebdo, d’extrême gauche (le pompeux panégyrique de Mélanchon nous l’a rappelé), a tiré à 7 millions d’exemplaires la semaine suivante.

L’attitude somme toute prévisible de notre Président l’a fait remonter de 5 (source SOFRES) à 21 points (source IFOP, soit 41% d’opinions favorables) dans les sondages.

Un puissant lavage de cerveau à l’échelle nationale nous a tous rebaptisé Charlie (Rabelais et ses moutons de Panurge pas morts!) faisant fi de notre libre-arbitre.

2/ Deux crimes de lèse-Président: Marche républicaine du Dimanche 11 Janvier – Un million de manifestants dans Paris – Un unique pigeon chie sur la foule – Qui reçoit le « colis » ? – Hollande-le-chanceux ! Ne dit-on pas depuis qu’il a la barakaka !?!?

Conférence de presse, salle des fêtes de l’Elysée, Jeudi 5 Février – Au moins 150 personnes présentes – Une seule mouche – Elle virevolte et se pose sur le front de qui? – Hollande-le-veinard! Ne dit-on pas depuis que ses propos ont fait mouche?!?!

3/ La question grecque: A/ Traitée avec humour et, en tout premier lieu, par Adhémar: Pour l’air, il s’agit de « Il était un petit navire », pour les vraies paroles du « Musée d’Athènes » elles sont inoubliables si vous avez été étudiant et/ou appelé du contingent, sinon, pour les autres: https://www.youtube.com/watch?v=6xAAxFHoguM 

Le Soviet d’Athènes

Allez donc au soviet d’Athènes,

Vous y verrez l’ vieux Démosthène

Et la carcass – cass – cass du vieux Tsipras

Dans la mélasse.

Vous y verrez le vieux Socrate

Comm’ il se désopile la rate!

Et les crétins – tins – tins de Santorin

Sortis du scrutin.

Vous y verrez la femme d’Hercule

Qui trouve tout cela ridicule***

Et le pognon – gnon – gnon escamoté

Par les rigolos du soviet.

Vous y verrez le vieil Ulysse

Horrifié par ses complices,

Et les couillons – yons – yons du Parthénon

Qu’ ont l’air trop con.

***elle n’est pas la seule!

Adhémar – 2015

Alors, naturellement, j’ai embrayé sur les pas du chantre:

Vous y verrez les cariatides
A la Bourse qui font un bide
Et les Niarchos – cos -cos
Qui roulent carross’

Refrain = Dans un cocon europhile!

Vous y verrez les fils à Vulcain*
Nous prendre pour enfants d’ p…
Que soit-disant – zan – zan
Ce s’rait nous les malfaisants !

Au refrain

Vous y verrez l’érechthéion
Gangréné par la corruption
Thessalonique – nique – nique
Aux mains des caciques

Au refrain

Tous les copains de Zoroastre
Qui ignorent c’qu’est un cadastre
Tout’ces salopes – lopes – lopes
Qui truandent l’Europe

Au refrain

Vous y verrez ceux de la Crète
L’ventre au soleil qui se la pètent
Encor’ quelqu’ milliards – liar – liar
Pour rester flambards

Au refrain

Et tous les amis des hellènes
Qui s’égosillent à perdre haleine :
« Il faut aider – dé – dé
Tous ces pédés !»

Au refrain

* = Ouais, je sais, je devrais dire Héphaïstos…

Gérard – 2015

B/ Traitée subjectivement (Pardon d’avance!): La gauche, en fait le Parti Communiste qui ne dit pas son nom, a gagné les législatives. Pour avoir une majorité parlementaire, Tsipras a fait alliance avec un parti de droite aussi europhobe que lui. C’est un peu le mariage de la carpe et du lapin, mais bon… La Bourse d’Athènes a immédiatement « plongé ». Aussitôt, on crie haut et fort que les grecs adorent l’Europe et surtout idolâtrent l’euro. Quelle importance? Le pays continuera à fonctionner comme avant car, comme en Italie, il y a toute une économie « au noir » qui permet de vivre tant bien que mal (…et plutôt bien pour les plus riches et le clergé), mais chut! Il ne faut pas le dire à Bruxelles!

Depuis plus de 3 ans, les plans d’austérité n’ont eu quasiment pas d’effets: On collecte un tout petit peu mieux les impôts, mais tout le reste est inchangé. Les grecs s’en foutent, leur économie parallèle est florissante, seuls les fonctionnaires et les « petits » ont morflé. Exploitée par les partis politiques, l’aversion contre les diktats européens qui froissaient leur orgueil national a donné les résultats que l’on sait! Non seulement ils resteront de mauvais élèves, mais ils vont la ramener pour qu’on leur prête encore des milliards qu’ils ne rembourseront jamais.

Réfléchissons deux secondes: S’il arrivait que l’europhobie l’emporte chez nous grâce aux partis de Mélenchon ou de Le Pen, la Bourse de Paris irait à l’abîme et nos emprunts seraient à des taux plus élevés. Parce que nous n’avons pas, comme les voyous grecs, italiens ou chypriotes, d’économie en doublette qui se moquerait, par exemple, de la TVA, la France serait davantage touchée par une panade inimaginable: récession sévère, chômage accru brutalement, perte de prestige international irrattrapable. Remarquez, voilà qui pourrait engendrer une révolution redoutée par les uns, espérée par les autres…

Viviane 06

Posted in Oulibouf on février 10th, 2015 by gerard – 2 Comments

L’actualité « Charlie » du mois passé avait retardé la parution du 6ème chapitre du roman de Raimondo, la chose est maintenant réparée… viviane06
Chapitre 6: Encore le hasard

     Viviane s’était donc décidée à rendre visite à son géniteur, ce détestable individu responsable de bien des maux: le décès de sa mère lâchement abandonnée à la veille de son accouchement, la vie épouvantable qu’elle-même dut subir, hébergée auprès de familles nourricières, qui recevaient des orphelins, non par philanthropie mais par utilité domestique: des bras supplémentaires dans les fermes à un tarif intéressant. Elle devait à ce Joël une enfance sans affection, privée d’un niveau d’étude que ses aptitudes pouvaient lui permettre d’atteindre et d’une profession d’un certain prestige.

     Elle fit auprès du ministère de la justice la demande nécessaire pour obtenir une entrevue avec ce prisonnier purgeant sa longue peine et se rendit à Muret, ville voisine de Toulouse, en compagnie de Maître Museau son avocat. Bien que commis d’office, ce dernier avait mis toute son énergie pour défendre ce client dont la cause semblait perdue à priori; dans cette pénible affaire, il y avait eu mort d’homme et si rien ne prouvait que Joël en soit l’auteur, il y avait été étroitement mêlé, ce qui lui valu 15 années de réclusion: impitoyable, la Justice réclame toujours un coupable. Maître Museau, le sachant sans famille et sans attache lui rendait visite à l’occasion, par souci d’humanité.

     Au parloir, l’entrevue fut dès le départ, très orageuse. Joël montra les signes d’un amour paternels excessif, qui déplurent aussitôt à Viviane: ils étaient plutôt tardifs et l’on pouvait douter de leur sincérité.

_Ma fille! Ma chérie, quel bonheur de tenir enfin dans mes bras. Viens embrasser ton père, qui se languit de toi depuis que l’on m’a fait part de ta venue.

     Il s’apprêtait à la serrer dans ses bras mais Viviane, à l’idée de sentir contre elle cet inconnu eut un mouvement de recul; elle stoppa rapidement ces effusions hors de propos.

_Doucement, doucement, cher papa, ne confonds pas paternité et coup de quéquette malheureux qui t’a rendu père malgré toi. J’ai 33 ans et durant tout ce temps tu n’as jamais cherché à savoir ce que j’étais devenue, tu as mené ta vie sans te préoccuper de la mienne, celle que j’ai menée à cause de toi dans les fermes auvergnates, les mains dans le purin, entourée de rigollots qui ne pensaient qu’à me peloter le cul!

_Seigneur! J’ai engendré une fille ingrate et vulgaire de surcroît.

_Assez! J’attendais en venant ici autre chose qu’un avis sur mon vocabulaire: une once de regret pour ton inqualifiable conduite aurait été la bienvenue.         

     C’est le baume que je pensais trouver, capable d’amoindrir la peine d’avoir été malmenée par la vie. Au lieu de cela Monsieur joue les offusqués. Saches que je regrette mon passage ici mais je suis satisfaite d’avoir eu l’occasion de te dire de vive voix, face à face, que tu n’as jamais été qu’un pauvre type, égoïste, incapable de faire face à tes responsabilité, un pauvre type malhonnête qui doit rendre des comptes à la société pour sa conduite crapuleuse.

_Mais enfin, comprends-moi…

_Je n’ai rien à comprendre, il me suffit de constater.

_On ne pourrait pas…

     Viviane n’ écouta pas la suite, elle quitta les lieux; n’attendant même pas le retour de l’avocat, resté en compagnie de Joël, elle regagna par ses propres moyens son logis toulousain afin d’y retrouver la sérénité. Elle ne comprit pas pourquoi elle éprouva alors l’envie de confier cette décevante visite à Jean Coureau, cet huissier avec lequel elle avait passé une merveilleuse nuit, et dont le souvenir lui revenait soudain à son esprit.

     Elle téléphona à l’étude de Maître Montillac dans l’espoir de converser avec Dorothée et lui faire part de sa déconvenue. Ce fut Marc qui répondit et du coup, Viviane pensa à d’autres possibles projets.

_J’ignore encore les ressources de la ville en matière de distraction mais tu dois bien connaître un endroit où il est possible de s’amuser le soir venu.

_Si tu m’accepte comme guide, je peux te conseiller quelques boites sympas.

     Ils se retrouvèrent avec plaisir dans le centre ville, se firent la bise, pas une embrassade passionnée, mais un frôlement des lèvres qui laissaient augurer mieux; la soirée s’annonçait bien. Marc avait peut-être un peu trop insisté sur « Fahrenheit 232 », mais cette fragrance ne choquait avec « Mademoiselle Coco » de Viviane.

     Comme il était tôt, ils décidèrent de commencer par un petit restau.

_Grosse faim ou petite faim? demanda Marc.

_Enorme faim!

_Alors je propose un rital dont les pâtes « al dente » sont succulentes.

     Ils se retrouvèrent chez Angelo, un Napolitain volubile qui les accueillit avec force démonstration en un excellent français teinté cependant d’un gracieux accent chantant que ne laissait aucun doute sur ses origines.

_Angelo, je te présente Viviane, une amie très chère.

_Mademoiselle, soyez la bienvenue dans ma modeste maison où tout sera fait pour vous être agréable.

     Et cérémonieusement il baisa la main que Viviane lui tendait.

_Fais attention à ce rital; il commence par baiser la main des femmes en attendant de les baiser dans son lit.

_Marco, comme le dit ta mère, tu es un garçon effronté!

     Lorsqu’ils furent attablés, Marc cru bon de préciser, qu’il soupçonnait ce loquace transalpin d’avoir été l’un des nombreux amants de sa mère. Au cours du succulent repas, il fit part de ses projets, très éloignés des études littéraires qu’un conseiller d’orientation avait suggéré: son univers était musical et il avait, avec quelques amis constitué une petite formation dans laquelle il officiait au synthétiseur. Encore à l’état d’ébauche, le groupe avait quelques ambitions et rêvait de l’avenir triomphant qu’apporterait la notoriété.

     De son côté, Viviane conta sa décevante entrevue avec Joël qu’elle avait vu pour la première et dernière fois.

_Je te remercie pour ce moment de détente dont j’avais bien besoin, pour oublier les murs gris du parloir et l’infâme personnage que j’y ai trouvé, l’archétype du veule qui ne mérite aucune considération.

    Tendrement, elle lui prit la main et la serra très fort. Elle murmura, susurra plutôt:

_Et si nous allions chez moi?

Angelo raccompagna ses hôtes sous les courbettes et mille remerciements, ponctués d’arrivederci; Marc mit fin au à l’exubérance verbale par une pique dont il avait le secret†:

_Angelo, avoue que tu as couché avec ma mère.

     Une pluie de jurons lui répondit: « mascalzone, maleducato, disgraziato. Vaffanculo » qui les fit bien rire.

     La nuit fut faste, fertile en folies amoureuses que leurs imaginations ne cessait de concevoir. Une fois de plus, Marc se révéla un amant merveilleux, veillant par les caresses et de douces paroles à enflammer une partenaire avide de plaisir. Il avait profité des leçons dispensées par les amies de sa mère, qui dès sa quinzième année, s’intéressèrent à ce bel adolescent, dont la beauté rappelait la statuaire florentine de la Renaissance. A son tour, il avait fait partager son savoir aux diverses secrétaires de l’étude paternelle; d’aucunes y perdirent leur virginité, d’autres, un peu moins jeunettes, furent ravies de ces hommages inattendus mais bienvenus. Pour tout dire, Marc avait eu très tôt, en matière de sexualité, une vie bien remplie et très débridée. Comme il disait parfois:

_Il faut bien se dégager les bronches…

     Le matin les trouva étroitement entrelacés. Dans cette période qui précède le réveil, les mains, se souvenant des douceurs de la nuit, s’égarent à la recherche d’une rondeur, d’un chaud recoin, d’un membre qui peu à peu s’anime attendant d’être malmené pour pouvoir exulter: gracieux prélude à d’aventureuses équipées.

     Mais le téléphone sonna. C’était Maître Museau qui fit part à Viviane de nouvelles alarmantes, concernant la santé de Joël, celui-ci ayant fait un malaise, au cours de la nuit.

_Désolée, Maître, je ne peux rien pour lui; je n’ai pas eu le bonheur, comme je l’aurais désiré, de faire des études de médecine, et je reste incapable de pouvoir conseiller un quelconque traitement. Si toutefois son état venait à empirer, soyez assez aimable de ne pas m’en informer, car je me moque éperdument de la santé de cet individu.

     Elle raccrocha avec brusquerie et s’en fut retrouver Marc, se donnant à lui avec une fougue et une rage inhabituelles comme si elle voulait par ses cris de jouissances évacuer le trop plein de colère qui stagnait en elle.

***

     Quelques jours plus tard, Dorothée prit contact avec Viviane. Elle voulait lui faire part des constatations qui lui étaient apparues en compulsant le carnet, que Didier, son ami albigeois lui avait remis.

     Dans ce calepin, l’assistante sociale avait noté de façon succincte les diverses interventions que sa fonction lui commandait, sans doute avant de les transcrire sur des écrits plus officiels.

     Datée du 03 novembre 1947, elle avait inscrit cette courte annotation : naissance à l’hôpital d’Albi de Jean C. enfant de père inconnu que la mère, Jeanne C. ne souhaite pas élever. Déclaration faite à l’Etat Civil. L’enfant, en excellente santé, sera confié à l’orphelinat de Rodez, tenu par des religieuses, dans l’attente de lui trouver une famille adoptive.

_Compte tenu des dates et des éléments en notre possession, serait-il possible que cette Jeanne C. et notre pharmacienne albigeoise ne soient qu’une seule et même personne?

_Et à quoi cela nous mènerait-il?

_Si tel était le cas, il existe un « Jean C », se trouvant être le fils de Joël, et par voie de conséquence votre demi-frère.

     Viviane ne savait trop que penser de ces suppositions; elle laissa à Dorothée le soin de faire les recherches qu’elle semblait vouloir mener. Elle ignorait que cette dernière prévoyait de s’en retourner à Albi, pour enquêter certes, mais surtout pour revoir Didier dont elle gardait le souvenir ému et avec lequel elle voulait retrouver les délicieux instants qu’ils avaient vécus, en une mémorable nuit d’amour.

     Les jours passant, Viviane réorganisa sa vie, élabora des projets en cette cité capitoline dans laquelle elle souhaitait résider désormais. En particulier, se souvenant de ses activités à Clermont, elle décida de poursuivre la vente de lingerie mais cette fois dans son propre magasin. De temps à autre, elle passait quelques merveilleux moments avec Marc; la monotonie ne les ayant pas encore atteints, ils se retrouvaient souvent pour des nuits enchanteresses apportant à leurs sens tout le bien-être qui convient.

     Et un matin, Dorothée se présenta triomphante, toute heureuse de révéler la réussite de ses recherches.

_Viviane, j’ai retrouvé votre frère!

     Jeanne C. était bien la pharmacienne d’Albi, ayant laissé aux services sociaux le soin de veiller sur l’enfant adultérin qu’elle avait eu avec Joël, les religieuses de Rodez trouvèrent dans leurs archives la trace de l’enfançon qui avait été recueilli par une famille aisée, capable de lui assurer une vie heureuse et lui donner une solide instruction. Dorothée avait retrouvé le petit Jean C.: il s’agissait de Maître Jean Coureau, qui tenait un important cabinet d’huissier à Clermont Ferrant.

_Putain de moine! s’exclama Viviane entendant ces révélations, j’ai baisé avec mon frère!!!

Raimondo – 2014 (à suivre)

On cherche une machine à (re)coudre…

Posted in BombayTV on février 1st, 2015 by gerard – Be the first to comment
…un peu spéciale:
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Il y a des mots qui peuvent tuer

Posted in BombayTV on février 1st, 2015 by gerard – Be the first to comment
Et il y a aussi, hélas, des tueries pour un mot:
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Le vrai visage du prophète

Posted in BombayTV on février 1st, 2015 by gerard – Be the first to comment
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L’art et la manière

Posted in Remixito on février 1st, 2015 by gerard – Be the first to comment
Des puristes de cet acabit, ça donne froid dans le dos (Attention! Ce clip n’est pas du meilleur goût; à éviter si vous ne comprenez pas le second degré!):
http://www.remixito.fr/actu/politique/ben-laden/l-art-et-la-maniere.html
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Indestructible

Posted in ClassicTV on février 1st, 2015 by gerard – Be the first to comment
Il faut bien que les enfants s’amusent:
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Tout est dans le doigté…

Posted in Abitboltv on février 1st, 2015 by gerard – Be the first to comment
…pour être un bon professionnel:
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