Archive for janvier, 2016

Parcours initiatique

Posted in Oulibouf on janvier 20th, 2016 by gerard – 4 Comments

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       Fin Mai 2015, au plein cœur de la grande saison des pluies en Guyane, un jet Falcon du GLAM faisait la liaison entre Kourou et l’aéroport de Cayenne-Rochambeau. A son bord, un équipage de deux hommes et six passagers : Le plus jeune sénateur français _ David Rachline, 27 ans_, deux députés de moins de 40 ans et trois attachés parlementaires, dont une femme, également assez jeunes. Ils revenaient d’une inspection sur la base aérospatiale pour faire un rapport à la Commission de la Défense à leur retour à Paris. L’avion fut malmené, le mot est faible, dans un formidable orage magnétique qui dérégla ou mit en panne tous les indicateurs de vol, radars compris bien évidemment. La visibilité, au milieu de ce maelstrom d’eau, était nulle. Un plafond bas, noir, impénétrable… Puis ce fut le drame, la foudre s’abattit violemment sur la queue de dérive de l’appareil qui devint ingouvernable. Le Commandant de bord n’hésita plus, il ordonna à tous d’enfiler un parachute, descella la porte de l’appareil et demanda à chacun de sauter. Par une chance extraordinaire, les personnes présentes étaient en excellente condition physique, certains ayant même déjà pratiqué le parachutisme auparavant. Bien regroupés, ils atterrirent tous les huit sains et saufs et… Ô miracle ! Dans une zone non arborée et tout près d’une bourgade qu’ils purent distinguer, malgré la pluie tropicale, à une centaine de mètres. Tous furent donc sauvés…

       L’avion désemparé, quant à lui, continua à planer sur une poignée de dizaines de kilomètres avant de s’abattre dans l’épaisse et luxuriante forêt vierge guyanaise. Le Chef Pilote ayant pris le soin de couper tous les circuits possibles avant d’abandonner le Falcon, l’angle de pénétration relativement plat, la dense végétation qui amortit sensiblement l’impact, l’eau qui tombait à seau… plus une heureuse fortune, tous ces facteurs firent que l’avion ni n’explosa, ni ne prit feu, ni ne se désintégra outre mesure en touchant le sol. Bien sûr, il se disloqua quelque peu offrant çà et là plusieurs béances.

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       Kapahunpoildesek, le Chef de la tribu des Kouyon-Kouyu, entendit, cette fin d’après-midi là, tout comme ses sujets, un énorme grondement un peu au-dessus de son village. Il fut étonné, mais pas plus que çà, que ce bruit ne fut pas occasionné par le tonnerre qui suit tout éclair normalement constitué, n’ayant vu aucune lueur dans les secondes antérieures. Il faut avouer que son esprit était préoccupé par un autre problème depuis des lunes. Son fils, Kasspaléweps, venait d’entrer dans sa treizième année et il aurait à subir bientôt les rites initiatiques de passage à l’âge adulte comme il était de tradition chez les Kouyon-Kouyu depuis la nuit des temps.

       Il faut dire que Kasspaléweps était le fils unique qu’il avait eu avec sa deuxième épouse Akeukoukou, cette dernière et les trois autres femmes du chef ne lui avaient donné que des filles. Mais si ces demoiselles étaient toutes bâties comme des Sumos femelles, il n’en était pas de même pour son héritier, loin de là… Bien que joli garçon, il n’était pas bien épais, rêveur et pas téméraire pour deux sous. En contrepartie, il était malin, peut-être était-ce dû à ce missionnaire barbu qui, il y a un an, était resté dans la tribu presque cinq mois à faire la causette avec quelques enfants du village; il avait appris alors leur dialecte mais, en retour, il leur avait enseigné un tas de petites choses qui se révélèrent astucieuses pour améliorer la vie de tous les jours. Evidemment, tous savaient ce qu’était un homme blanc. Sur une trentaine d’années, la tribu avait été visitée deux fois (trois, si on compte le missionnaire). Ce qui était considérable par rapport à feu le grand-père de Kasspaléweps qui, lui, n’en avait jamais vu. Tous savaient aussi qu’ils n’avaient rien à craindre de ces oiseaux ou libellules de fer qu’ils voyaient exceptionnellement dans le ciel, et même de ces énormes torches qui filaient de temps en temps vers les étoiles, là-bas, du côté de la mer.

       Kapahunpoildesek était dubitatif, les anciens et le sorcier ne lui feraient pas de cadeau pour l’initiation de Kasspaléweps. Etant appelé à lui succéder un jour, ces salauds allaient certainement lui mitonner des épreuves plus terribles les unes que les autres. Et si le fiston ne s’en sortait pas en déclarant forfait, le malheureux adolescent serait castré, sodomisé, ravalé au rang d’esclave dans le meilleur des cas, ou boulotté quasiment tout cru dans la pire éventualité. D’autant plus que, pour ce qui le concernait personnellement, son charisme de Chef en prendrait un sacré coup et que l’avènement d’un prétendant-dominant, comme Konhanplin, son rival de toujours, n’était pas à exclure. On a fait des révolutions pour moins que ça !

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       « Zoziau kapout ! Zoziau kapout ! » Ce cri, entonné par quelques jeunes, le fit sortir de ses amères pensées. Ils étaient en train de rameuter les villageois en leur signifiant le crash de l’avion. Malgré qu’il plût des lianes, le Chef et quelques autres gravirent la colline pour aller sur le lieu de l’accident. Avec empressement, ils investirent la carlingue à la recherche de victimes. Mais, va te faire f…, ils ne trouvèrent personne. Kapahunpoildesek prononça alors de sages paroles : Ce tas de ferraille-fantôme serait encore là demain, la nuit n’allait pas tarder à tomber, il pleuvait comme pécari qui pisse, rendez-vous donc de tous les guerriers valides autour de l’épave au prochain lever du soleil.

       En fait, le lendemain, le soleil était revenu et c’est quasiment tout le village qui était en cercle autour du Falcon. Malgré son jeune âge, Tatou-Konpri, l’ami de Kasspaléweps, demanda à prendre la parole. Il déclara qu’il avait été le meilleur élève du missionnaire et qu’il connaissait certains secrets des blancs. Il y avait dans ce tas de décombres deux caissettes orangées qui permettraient, par une quelconque diablerie, aux libellules de fer de repérer instantanément l’appareil. Pour être tranquille avant tout pillage, la priorité serait de retrouver ces deux objets et de les détruire. Le Chef approuva, tous se précipitèrent, qui avec des madriers, qui avec des machettes et même un qui avait déjà récupéré une hache d’incendie. Moins de dix minutes de recherche et les deux caisses que ces cons de blancs appelaient « boîtes noires » gisaient aux pieds du Chef. Mais il fut impossible de les ouvrir, on utilisa alors de grosses pierres, mais les armatures d’acier furent à peine cabossées. Un vieux sage, Kulotakaka, exposa alors son idée : On mettrait les deux engins sur la pirogue la plus pourrie du village, on positionnerait ladite pirogue au milieu de leur large rivière qui était un affluent de la Sinnamary; il y aurait dès lors deux possibilités : Soit la pirogue finirait par couler et s’enfoncerait dans l’épaisse vase du lit, soit elle tiendrait le coup pendant environ trois kilomètres en aval jusqu’aux impressionnantes chutes d’Akwaland, et là ce serait aussi makache pour que les blancs, à la condition miraculeuse qu’ils retrouvent lesdites boîtes, puissent comprendre ce qui avait bien pu se passer. Ainsi fut fait…

       De nouveau, tous les villageois se retrouvèrent autour de la carlingue et le Chef ordonna le début du sac. Ce fut une ruée sauvage ! Les plus forts bousculaient les plus faibles, des cris, des empoignades… Le grand nettoyage avait commencé. On se jeta d’abord sur les valises pour en voler toute la lingerie. Puis ce fut le tour des armoires que l’on vida des bouteilles d’alcool non brisées au moment de l’impact. Beaucoup s’envoyèrent des rasades conséquentes de whisky, de cognac, de pastis pur, de calvados, etc… et même de l’aftershave ou du 5 de Chanel des bagages et de l’alcool à 90° de l’armoire à pharmacie. Ils ne tardèrent pas à être aussi ronds qu’un tatou se mettant en boule. D’autres saccagèrent les cartables, mallettes et attaché-cases et firent main basse sur des liasses et des liasses de papiers. Pendant des semaines, ils se torchèrent avec des feuilles tamponnées « Top classified », « Confidentiel-Défense », « Plans d’Ariane 23-Ultra Secret », voire même avec des pages comportant la signature prestigieuse de Monsieur le Président de la République… Puis vint le tour des femmes suivies des enfants. Elles se précipitèrent sur les rideaux des hublots et commencèrent à entamer la moquette. Kasspaléweps se fit durement bousculer par une de ses sœurs, ou demi-sœur (?), ou « double-sœur » (?) qui arracha un fauteuil aussi facilement qu’elle aurait plumé un toucan. Jusqu’à présent, il n’avait pu récupérer pour son compte que deux magazines qui traînaient ; il fut jeté au sol par toutes ces furies. A plat ventre, il constata que les fauteuils s’enlevaient maintenant aussi vite que des places pour un match PSG-OM. Dans cet espace nouvellement dégagé, il aperçut alors un petit objet métallique oblong gisant sur le plancher, il s’en saisit prestement. Cela ferait une amulette originale pendue à son cou. Il n’était d’ailleurs pas le seul à vouloir ce genre de colifichet, et il faut dire que le tableau de bord du poste de pilotage combla tous les amateurs du genre. Des parures « new look » firent leur apparition dans la tribu : Un tel se baladait avec le cadran de l’altimètre, tel autre exhibait fièrement le manomètre de pression d’huile, tel autre encore se fit un joli collier avec les indicateurs de niveaux de kérosène, le plus chic fut tout de même celui qui réussit à se mettre en bandoulière le distributeur de papier hygiénique des toilettes.

       Complètement récurée, au bout de deux heures de temps, l’épave, ou du moins ce qu’il en restait, n’aurait même pas intéressé un quelconque percepteur métropolitain. Certaines plaques métalliques furent également arrachées pour consolider les toitures des cases. Bientôt, la végétation recouvrirait entièrement tout ça, et bien finaud serait l’observateur aérien qui pourrait repérer quelque chose. D’ailleurs, il n’en fut pas question. Un hélicoptère (= libellule de fer) fit bien quelques rotations dans la semaine qui suivit, mais c’était très à l’ouest et jamais un aéronef ne passa au-dessus du village. Ceux qui organisèrent les recherches, sachant qu’il n’y avait pas eu de victime, ne trouvèrent pas les « boîtes noires » et ils finirent par se dire que, plutôt que de chercher une aiguille dans une botte de foin et de dépenser à perte l’argent du contribuable, il valait mieux abandonner leur quête. L’avion, perdu à jamais dans la forêt amazonienne, serait de toute façon bientôt phagocyté par l’inextricable végétation.

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       Au village, après trois ou quatre jours d’euphorie, la vie reprenait son cours. Parmi les trésors raflés dans l’épave, Konhanplin avait eu son heure de gloire. Il s’était emparé d’une lampe torche et il suscitait l’étonnement émerveillé de tous, sorcier compris, en la faisant fonctionner. Même le Chef avait tremblé pendant 24 heures que cet abruti ne lui prenne sa place grâce à l’aura sacrée de sa trouvaille. Le hic vint de ce que son rival n’arrêtait pas de faire « jour-nuit » à la moindre demande, et même qu’il laissa la lampe allumée le premier soir à l’entrée de sa case. Bien évidemment, la pile de l’ustensile avait rendu l’âme au petit matin. Il passa de nouveau pour un… imbécile, mais Kapahunpoildesek avait eu chaud !

       Kasspaléweps était observateur, il s’était alors rendu compte que les appareils magiques des blancs ne devaient être utilisés qu’en cas de réelle nécessité ou qu’il y avait à l’intérieur de ces objets un génie qui avait forcément une vie limitée. Il avait conservé ses deux magazines et, en l’affublant d’une cordelette, s’était pendu sa rapine au cou (…et non pas au c..!). C’était en fait un lecteur MP3 muni d’un haut-parleur ; mais bien sûr, il ignorait l’usage d’un tel grigri.

       Le cinquième matin d’après la chute de l’avion, très tôt, à l’écart du village, bien isolé, il examina de plus près l’objet. Outre des trous qui faisaient un cercle, il repéra deux boutons et une roue à molette. Il appuya sur le premier bouton qui était rouge : Une voix inepte et incompréhensible sortit alors des trous noirs. Comme c’était particulièrement chiant, il appuya sur le second bouton, une autre voix se fit entendre, tout aussi ennuyeuse que la première. Il actionna alors la molette et constata qu’il pouvait régler le volume sonore comme il voulait en faisant tourner, dans un sens ou dans l’autre, la roue crantée.

       C’étaient deux extraits de discours de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Se considérant comme particulièrement malchanceux dans la ventilation du butin, Kasspaléweps était bien déçu et appuya de nouveau sur le bouton rouge. L’appareil s’arrêta de fonctionner. Il en déduisit que le premier bouton _ le rouge _ mettait en œuvre le bouzin, que le second délivrait au hasard des tissus de conneries plus grosses les unes que les autres, et que la roue permettait de varier l’intensité du son. Entre nous, il avait presque tout compris à part que le second bouton était un sélecteur de programmes mais… qu’est-ce qu’il en avait à f… ! Il y avait encore d’autres boutons mais il se jura de ne jamais les utiliser tant le peu de valeur de son soit-disant talisman lui sautait aux yeux. C’est à ce moment-là qu’il entendit la voix de son copain Tatou-Konpri qui l’appelait. Il se signala alors, son pote lui dit que le grand jour était arrivé pour lui et qu’on l’attendait sur la place du village. Avant peu, ou il serait devenu un homme, ou il n’aurait plus qu’à prier les Dieux de disparaître en douceur de la surface de la Terre.

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       Kasspaléweps était impressionné, tous les habitants faisaient un large cordon autour de la place. Au centre, se trouvait la totalité des guerriers les plus forts en gueule de la tribu. Le sorcier s’avança vers lui et lui dit qu’on allait d’abord tester l’ascendant qu’il pouvait avoir sur une troupe survoltée en tentant de la calmer. Au signal du sorcier, les guerriers se mirent à vociférer, à brandir leurs lances, à l’invectiver grossièrement et à le rudoyer en le poussant rudement de ci, de là comme au jeu de la bouteille saoule. Vite, vite, Kasspaléweps commença alors à déchirer toutes les pages de son premier magazine et à les distribuer çà et là, à chaque homme. Jaillirent alors des « Ofandechichourl’ », des « Rogntudju ! », des « Wâlasalop’ ! », des « Oputindemerd’ ! », etc, etc… Les guerriers quittèrent alors subrepticement les lieux pour aller se masturber dans un coin tranquille. Tous, sauf un résidu au milieu de la place, ce pauvre Okilékon, l’albinos demeuré de la tribu, résultat déplorable de consanguinités multiples. Kasspaléweps déchira alors une page du deuxième magazine et la lui tendit. Les yeux exorbités, il cria plus fort que ses petits copains en se lançant dans une branlette sévère et ostentatoire, mais qui prouvait un contentement bien supérieur aux autres hommes.

       Toutes les pages venaient d’un numéro spécial XXX-Hard de « Sexy-Parade », sauf Okilékon qui avait hérité d’un portrait récent de Jeanne Moreau. En tout cas, force était de constater que le digne fils du Chef avait bel et bien réussi sa première épreuve, la place étant devenue rapidement aussi calme qu’une session plénière du Sénat.

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       « Bon, cépatoussa, passonhahot’choz ! » déclara alors le sorcier sur un ton sentencieux. La deuxième épreuve les amena à un marigot vaste mais peu profond bien au Sud du village. Le fils du Chef devait se constituer un frêle esquif à partir de six branches de spongiodium, pas plus, reliées entre elles par deux simples cordes. Avec un long bâton, debout sur sa sorte de « planche », Kasspaléweps devait traverser le marigot dans sa plus grande largeur. Kapahunpoildesek blêmit, cet endroit était connu pour être infesté de caïmans voraces qui ne tarderaient pas à renverser le micro-radeau et à dépecer son malheureux fils. Ce dernier n’en menait effectivement pas large, et il serrait les fesses autant que Mère Térésa l’aurait fait en fendant un groupe de sodomites. A peine avait-il quitté la rive que des dizaines de « Plouf ! » se firent entendre. Une bonne trentaine de sauriens s’était mise à l’eau et de longues gueules effilées se dirigeaient droit sur lui. Paniqué (mais presque*), le pauvre garçon porta alors sa main à son cou. En hâte, il appuya sur le bouton rouge, tapota fébrilement sur le deuxième bouton et tourna la molette à fond. Le résultat fut prodigieux, jamais on entendit une telle sirène d’alerte se déclencher ainsi. Ça gueulait, ça vociférait, ça hurlait dans tous les azimuts ! Il y eut bien un moment d’affolement pour les gens restés sur la berge, et tous se bouchèrent les oreilles de leur mieux. Mais l’effet de ces stridulations tonitruantes fut encore plus extraordinaire sur les caïmans. Quand ils perçurent ce vacarme, ils firent rapidement demi-tour pour s’éloigner le plus loin possible de cette formidable source sonore. Tout à son étonnement, Kasspaléweps mena ainsi sans difficulté son embarcation jusqu’à la rive opposée, puis manoeuvra sa perche à deux mains pour la faire tourner. C’est à cet instant qu’il eut la plus grande frousse de sa vie : Voilà-ti pas que le morceau de boucan était fini, il y eut quelques secondes d’un silence mortel seulement interrompu par des dizaines de « Plouf ! ». Les caïmans revenaient à la charge et il était bien incapable, occupé par le demi-tour, de retoucher à son fétiche. Bien lui en prit, car un fracas aussi épouvantable que tout à l’heure se remit à s’échapper de son bidule. C’était un tapage sur un tempo un peu différent , mais ce deuxième morceau était tout aussi terrifiant que le premier. La réaction des cruels reptiles fut alors identique, et Kasspaléweps put rejoindre ses frères dont certains l’acclamèrent, mais surtout, tous le supplièrent à genoux de cesser ces monstruosités vocales. Il appuya donc sur le bouton rouge.

        Il est bien évident, tout le monde l’aura aisément compris, qu’à l’aller, on avait eu droit à « Mon credo » de Mireille Mathieu, et au retour à « Je t’aime » de Lara Fabian.

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       En cortège, on se rendit alors vers le lieu de la troisième épreuve. C’était extrêmement risqué. Il s’agissait de traverser le bosquet des singes hurleurs. Plusieurs clans de ces animaux avaient en effet choisi d’élire domicile dans un endroit bien délimité de la forêt. En soi, un singe hurleur est presque inoffensif, mais ces bestioles-là détestent au plus haut point deux choses : Qu’on les regarde droit dans les yeux et que l’on soit sur leur territoire. Là, en plus des vociférations qui les caractérisent, ils peuvent se montrer très agressifs et vous tomber sur le paletot par dizaines. Et quand on sait que leurs mâchoires puissantes sont munies de dents particulièrement coupantes, il faut craindre de douloureuses morsures à répétition qui peuvent, dans les trois-quarts des cas, entraîner une mort spécialement affreuse par hémorragies multiples. La belle-mère de Kapahunpoildesek, Nakunnfess, en savait quelque chose ! Elle avait été cruellement mordue au fondement dans sa jeunesse par un seul singe, et il lui manquait, depuis, une bonne partie de l’arrière-train. Elle avait surtout recommandé à son petit-fils de faire encore moins de bruit qu’un pet de moustique. Le silence le plus absolu était de rigueur si on voulait avoir quelque chance d’en réchapper. Kasspaléweps se dit alors qu’il ne serait pas question d’utiliser son amulette magique, bien au contraire. Il s’engagea à pas feutrés dans le bosquet avec le second magazine ouvert à moitié sur la tête. Cela lui servirait de visière pour éviter d’affronter la prunelle des simiesques. Il n’avait pas fait trois enjambées dans le fourré maudit que les hurlements décuplèrent, les singes l’avaient repéré et quatre d’entre eux s’avançaient effrontément vers lui en exhibant leurs énormes canines baveuses et en gesticulant, faisant des sauts prodigieux, bondissant de branche en branche. L’infortuné gamin se dit alors que c’était râpé pour l’effet de surprise et qu’il allait être consommé sur le champ. N’ayant plus rien à perdre, il prit sa revue, en déchira hâtivement quatre pages au hasard et les distribua aux quatre mahousses-costauds qui en étaient maintenant pratiquement à toucher ses mollets. Chacun se saisit d’une page, roula des yeux, expectora bruyamment et bondit sur une branche en lançant un puissant cri de ralliement en direction de ses congénères. Quatre groupes se formèrent alors dans les ramées, au centre se tenait le singe hurleur possédant un feuillet, d’autres l’entouraient, à droite, à gauche, au-dessus, zyeutant par-dessus les épaules les illustrations. Il y eut d’abord un léger remous de borgborygmes d’interrogation, mais cela ne dura pas. Tout à coup, l’un d’entre eux laissa échapper un petit gloussement qui ne tarda pas à s’enfler et surtout à s’étendre à toute la colonie. Aux ricanements du début succédèrent des rires franchement sonores. Et ça ne s’arrêta pas là; les singes se tapaient sur les cuisses, il suffisait d’un nouveau coup d’oeil sur la feuille pour qu’ils s’envoyassent de grandes tapes dans le dos en se bidonnant comme c’est pas permis. Et vas-y que je pouffe, vas-y que tu te gondoles, vas-y qu’il se tord, vas-y que nous nous estrassons, vas-y que vous vous poilez, vas-y qu’ils s’esclaffent… C’était l’hilarité générale ! Les larmes aux yeux et les côtes tressautantes, ils laissèrent très volontiers Kasspaléweps traverser leur aire de cantonnement. L’adolescent en était tout ébaubi d’ailleurs, il consulta le reste de son « Gala » mais la trombine rébarbative de la Reine d’Angleterre ou Johnny Hallyday en ruine décrépite ne le déridèrent pas vraiment. Franchement, il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer…

       En fait il s’agissait d’un article sur Bernard-Henri Lévy où de nombreuses photos le montraient, avec ou sans tarte sur la tronche.

Note de la Rédaction : Très récemment, un groupe de zoologues en exploration dans la forêt guyanaise a fait la découverte d’une toute nouvelle race de singe jamais observée auparavant. Compte tenu de leurs caractéristiques bien particulières, ils ont baptisé cette sous-catégorie de primates : Les singes rigoleurs.

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       La quatrième et dernière épreuve de l’initiation de Kasspaléweps était la plus redoutable. Elle demandait aussi quelque préparation. C’est pourquoi elle n’eut lieu que le lendemain après-midi. Le matin de bonne heure, tous les guerriers de la tribu avaient battu la forêt pour débusquer le plus gros félin du continent américain : Le jaguar. En martelant leurs lances sur le sol en rythme et en tapant sur des troncs creux, ils avaient réussi à en débusquer et traquer un. Par de savantes manœuvres, ils l’avaient encerclé et acculé à la falaise moussue de Tuvakrevé. Le challenge était d’affronter la bête et de la tuer ou de la capturer. On avait tendu de lourds et hauts filets de lianes en demi-cercle au pied de la falaise, formant ainsi une sorte d’arène.

       Kapahunpoildesek eut beau protester en disant que ce genre de brimade n’avait jamais été programmée pour quiconque auparavant, que c’était pas de jeu ; que son fils, même muni d’une corde et d’un javelot, ne s’en sortirait pas et que si on voulait sa mort, on n’avait qu’à le dire tout de suite. Il lui fut répondu par le sarcastique sorcier que l’initiation d’un futur Chef de tribu était conséquemment plus difficile, et que s’il voulait qu’on s’arrête là, il n’avait qu’à abdiquer illico presto, et à remettre son pouvoir à quelqu’un d’autre, à Konhanplin par exemple ! Les clins d’oeil qu’échangèrent sorcier et Konhanplin firent comprendre au Chef qu’il était victime d’un complot. Il était piégé. Pour garder son job, il fit alors des adieux émouvants à son fiston avant que celui-ci ne rentre dans l’arène improvisée ; il songeait aussi à prendre bientôt une cinquième épouse qui lui donnerait peut-être un autre garçon. Parce que, pour ce qui était de Kasspaléweps, il le voyait déjà mort, donc non coté à l’Argus des chefs de tribus…

       En manipulant les filets, les hommes faisaient en sorte que l’aire du combat soit de moins en moins importante, et ce qui devait arriver arriva. Le jeune garçon se trouva bientôt à quelques mètres du jaguar. C’était un spécimen magnifique, un superbe mâle tout en muscles puissants, feulant et crachant sa colère. Kasspaléweps visa de son mieux et lança son javelot. Peine perdue, l’animal évita sans difficulté ce tir en faisant un bond sur le côté. Il se souvint alors de son fétiche qu’il n’avait plus touché depuis le marigot et actionna le bouton rouge. L’organe destructeur de Pavarotti gêna tout le monde sauf le jaguar qui, davantage énervé, se faisait encore plus menaçant en se rapprochant de lui. Kasspaléweps déchira une feuille de son « Gala » et en fit deux boulettes de papier avec l’intention de les introduire dans ses oreilles, mais le félin avançait toujours. Voyant que la recette précédente n’opérait pas, il tapota de nouveau nerveusement l’autre bouton, tellement fort d’ailleurs que ce dernier finit par rester enfoncé. Pas de chance! Ce qui s’échappa des trous noirs ressemblait à ses deux premiers essais de la veille; c’était un monologue encore plus fastidieux, une longue diarrhée verbale sans queue ni tête qui ne pourrait, en aucun cas, stopper un jaguar furieux. Fataliste et résigné, il se résolut au sacrifice suprême: Il se positionna ses deux bouchons de papier et ferma les yeux pour ne pas entendre, ni voir la mort qui venait. Il ne faudrait qu’une demi-seconde au jaguar pour lui sauter à la gorge et le faire passer de vie à trépas. Pourtant, le temps sembla s’éterniser, il rouvrit les yeux. Il perçut alors un changement dans l’attitude du carnassier, celui-ci marchait toujours vers lui, mais de plus en plus lentement et même en zigzaguant légèrement. Il était comme envahi par une sorte de torpeur, il avait des difficultés à conserver son regard menaçant, les paupières du monstre semblaient devenir lourdes, lourdes, lourdes… Et paf! Le jaguar s’écroula à ses pieds, ronflant comme un sonneur.

       Kasspaléweps ne chercha pas le pourquoi du comment. Avec sa corde, il rassembla en quatrième vitesse les pattes de l’animal et les ligota bien fort. C’en était fini, ainsi solidement entravé, la bête ne pourrait plus bouger. Le regard victorieux, il se tourna alors vers ceux de sa tribu. Stupeur ! Ils dormaient tous ! Son père, le sorcier, les guerriers aux lances effilées affalés sur les filets. Quel était donc ce prodige ? Kasspaléweps appuya sur le bouton rouge et enleva ses bouchons d’oreille.

       Il secoua alors tous les gens pour les réveiller. Ceux-ci émergèrent de leurs songes et constatèrent le succès éclatant du jeune garçon. Même le sorcier dut homologuer l’exploit et déclarer solennellement que Kasspaléweps était désormais un homme. Le père était fier comme un oiseau-lyre et il étreignit son héroïque fils avec une émotion non feinte, la pérennité de sa lignée au sein des Kouyon-Kouyu était assurée…

       …Plein de reconnaissance, et bien après que les batteries de l’engin soient mortes, Kasspaléweps pensa pendant très longtemps : « La magie des blancs, ça y’en a être bon ! »  Jamais Kasspaléweps ne sut qu’il devait la vie sauve à un discours de Jean-Claude Gaudin.

Gérard – 2015

*: Désolé, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de la resservir celle-là.

parcoursInitiatique02

Note de l’auteur : Les ceusses qui en viendraient à souiller davantage le portrait de Mlle Moreau sont priés de se faire connaître pour que je les radie à jamais de la liste des visiteurs de Gigaproduction. C’est un blog sérieux ici, quoi m…!

Actu-m’en diras tant Janvier 2016

Posted in Actualités & hors-série on janvier 10th, 2016 by gerard – 1 Comment

actu1601

Les titres de l’Actualité auxquels vous avez échappé (« Personne n’obligera le pot de terre à taire ce que se permet le pot de fer de faire » (Jean Brasier 1910-2003):

1/ On nous anesthésie : Une méga-ultra extrême droite fascisante a gagné les Régionales en Corse ! On nous bourre le mou, ce qui vient de se passer en Corse est de première importance : Discours en langue corse sous le drapeau tricolore de la République, lors des incidents de Noël à Ajaccio les nervis, enrôlés sous la bannière à tête de maure, ont aussi crié (on peut le vérifier dans plusieurs vidéos) « Les français dehors ! » Je répète ce que j’ai toujours dit : Je suis absolument d’accord pour l’indépendance de cette île. On leur laissera tout : les infrastructures de communication, les monuments, les bâtiments publics, et même les sites militaires… Rien ne sera détruit, en retour, une seule et unique condition : IL NE DOIT PAS Y AVOIR DE DOUBLE NATIONALITE ! Car sinon, ça ne servirait à rien et les abus actuels continueraient: Un binational pourrait alors bénéficier des pensions, des allocations diverses et de la protection sociale de la France en se la coulant douce au pays. Ne rien faire et profiter des largesses de la République est le sport national de trop de personnes là-bas. Le nombre superfétatoire de fonctionnaires est honteux : Cela obligera ces fainéants à se reconvertir, dans le tourisme par exemple … « On est chez nous ! » clament-ils ; d’accord messieurs, mais si on va au bout de votre logique, il faut refuser ce qui ne vient pas de chez vous ! Bonne chance !

2/ « Le grand jeu » de Nicolas Pariser: Ce film français est sorti en Août 2015, je ne l’ai pas vu, mais, au cours de mes lectures, j’ai découvert une critique féroce de Philippe Carrese qui vaut son pesant d’acide nitrique. Je vous la livre in-extenso, c’est tellement « too much » que ça donne presque envie de le voir:

« A un moment, y’a un long fondu au noir. Après, on se retrouve avec une communauté de nouilles de l’ultragauche qui arrivent quand même à clouer deux planches ensemble après avoir théorisé trois heures sur les maoïstes léninistes dissidents autour d’un potage bio sans gluten. A un moment, ils dansent mais c’est vraiment bizarre, ça doit être l’effet du potage bio communautaire. A un moment, y’a un type qui se casse au Brésil, j’ai pas compris pourquoi, mais comme c’est au début, ça devait avoir une importance. A un moment, mais là, c’est vers la fin, y’a une poursuite ridicule où quatre mecs énervés courent après un autre, mais heureusement y’a un renfoncement dans une porte. A un moment, y’a une fille, tu crois qu’elle est morte debout, mais en fait, non, juste elle joue l’émotion amoureuse d’une gourde de l’ultra-gauche-anarchiste-bio-communautaire. A un moment, y’a aussi une librairie, rayon philo, mais c’est les soldes. Et c’est vraiment pas sexy, une librairie au rayon philo. Surtout au cinéma. Y’a aussi une galerie d’art alternative, un coup oui, un coup non. Là, c’est plutôt non. Y’a un général mais en civil et dans un salon à dorures. Y’a aussi un écrivain qui a écrit un livre et qui arrive à vivre dix ans sur ses droits d’auteurs, et là tu vois que c’est vraiment une fiction. Y’a Robert Boulin qui se noie dans un verre d’eau. Y’a aussi une lumière pourrie et une image un peu minable qui rappelle les reportages de la télé régionale quand ils tournaient encore en 16mm inversible et qu’ils mettaient le flash dans la gueule des gens qu’ils filmaient. Y’a des vagues comédiens qui articulent tellement pas que tu captes rien aux dialogues, mais comme c’est du charabia de révolutionnaires de la rive gauche, tu te doutes bien du contenu. Y’a aussi le plan moyen le plus long de l’histoire du cinéma avec le couple le moins charismatique du début du XXeme siècle qui énonce des banalités à un point qu’on en perd le fil et ses camarades de projection qui s’enfoncent dans un profond sommeil. Y’a aussi la première femme du héros qui ne sourit jamais, mais quand tu écoutes la rhétorique rébarbative du héros, tu comprends pourquoi d’une elle sourit jamais et deux pourquoi elle a divorcé. Et puis y’a André Dussolier qui est génial (mais vraiment) dans son rôle, et là tu te dis que c’est un grand gâchis. A partir d’un sujet en or et d’une situation à la fois d’actualité et passionnante, arriver à gâcher un film à ce point, c’est désespérant.
Ça s’appelle ‘le grand jeu », ça aurait pu être le film nécessaire du cinéma français actuel qui te raconte la classe politique d’aujourd’hui avec ses aberrations et sa bande de branlos prêts à déclencher une guerre civile pour des histoires d’ego et de petits pouvoirs, scénarisé à partir d’un fait réel et contemporain, l’affaire de Tarnac, mais non, c’est juste un navet. »

 

Viviane 12

Posted in Oulibouf on janvier 10th, 2016 by gerard – 1 Comment

viviane12

Chapitre 6 : De Cumières au palais royal

      Sans se presser, Arnoul, quitta  la terrasse du donjon et appela le personnel du château pour  annoncer le terrible et mortel accident qui s’était  produit : imprudemment penché sur la  rambarde, le Baron avait malencontreusement perdu l’équilibre. Les réactions du petit personnel furent diverses, mais aucun ne sembla regretter un maitre qui s’était toujours montré dur et intransigeant avec ses employés ; chacun, du régisseur au plus humble des domestique se souciait plutôt d’un incertain devenir. Arnoul les rassura à ce sujet,  garantissant qu’il allait se charger de régler les problèmes soulevés par la disparition du Baron de Cumières.

      A l’auberge, Viviane attendait le retour de son frère avec impatience. Adeline, quant à elle, craignant surtout les réactions violentes du Baron et d’une rixe toujours possible, se souciait avant tout pour la santé de son bel amant. Dès qu’elles l’aperçurent elles se jetèrent dans ses bras avec enthousiasme. Viviane comprit, à certaines attitudes, à d’intimes gestes, le type de rapport qui s’était établis entre son frère et la belle aubergiste, mais se retint de faire la moindre remarque à ce sujet.

        Sachez que le Baron est désormais dans l’impossibilité de nuire à qui que se soit. Le pauvre homme a fait une chute malheureuse du haut de son donjon. Paix à ses cendres.

      S’il évoqua la triste fin d’Aldemar, il resta cependant muet sur les détails précis des circonstances ; c’était un accident, il fallait s’en tenir à cela : triste  rigueur d’un implacable  destin.

      Lorsqu’ils se retrouvèrent dans l’intimité de leur chambre d’amour, Adeline, sans tergiverser fut directe dans ses propos :

        Tu nous as servi de bien belles balivernes, mais j’aimerais savoir ce qui s’est réellement passé au château. Ton histoire d’accident n’a pas réussi à me convaincre.

      Et devant le silence d’Arnoul :

        Dis-moi la vérité ou je me verrais obligée, pour te punir, de te faire subir l’affreux supplice de la « peine à jouir »…

        Peut-on savoir en quoi cela consiste ?

        Du regret que tu vas éprouver, en passant à côté de bien bonnes réjouissances.

        Je t’en prie, sois plus claire.

       Elle le fut.

     Elle prit le sexe encore flaccide dans sa main, le caressa avec ferveur, approcha une bouche gourmande, mit en branle une langue fouineuse, bref toute une série de gentillesses aptes à réveiller la plus récalcitrante des bites. On était au bord de l’explosion, quand, cessant ses fructueuses gâteries Adeline se retourna pour dormir, souhaitant d’une voix câline, la bonne  nuit.

        Tu es ignoble, tu ne vas pas me laisser comme ça.

        Mais si mon chéri.

        Enfin, cela ne se fait pas, ce serait indigne de toi.

        Crois-moi, il y a bien longtemps que je ne me soucie plus de ma dignité.

        Adeline, ma douce ! Implora-t-il

        Raconte.

     Et, devant un tel dictat, il conta par le menu le véritable déroulement des évènements.

     Et Adeline ne prolongea pas plus longtemps son horrible supplice.

     Et elle reprit ses multiples gentillesses.

     Et ils poursuivirent une bonne partie de la nuit de bien joyeux ébats.

     Et tout cela fut délicieusement agréable, les deux amants n’évitant aucune privauté, pour se satisfaire mutuellement. 

     Au réveil, après de sympathiques retrouvailles durant lesquelles on ne ménagea pas quelques ardeurs matinales, Arnoul fit part de ses projets : se rendre auprès du Comte de Champagne, le suzerain d’Adelmar de Cumières, sans toutefois préciser la teneur de ses projets et se refusa à en dire davantage malgré les câlineries d’Adeline.

     Arnoul se dirigea donc vers Provins, où résidait le Comte de Champagne en une magnifique cité fortifiée. Il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer ce puissant féodal mais ne doutait pas qu’il serait reçu avec courtoisie. Il n’en fut rien : le Comte ayant appris le décès d’Aldemar, se préparait à se rendre à Cumières pour y installer un fils bâtard, qu’il souhaitait établir dans le domaine. C’était à l’époque la façon de régler à moindre frais les situations un peu particulières de ce genre.

     La nouvelle déconcerta Arnoul qui entrevoyait un autre arrangement logique selon lui : transmettre les biens du Baron à un héritier légitime, l’enfant que portait sa sœur Viviane. Faute de pouvoir évoquer cette solution avec le Comte champenois qui refusait de le recevoir, Arnoul sans tarder, se décida à en référer à son seul maitre, le Roi.

***

     A Paris, à la fin de son conseil journalier, le Roi se dirigea vers les appartements  de la Reine, ainsi qu’il avait coutume de le faire chaque jour, en fin d’après midi ; il aimait, après ces réunions parfois fastidieuses, se détendre auprès d’une épouse bienveillante qui savait se montrer attentive à ses royaux soucis. Et ce jour d’hui,  le souverain était d’une humeur massacrante.

        Décidément, les français sont des « veaux » : les flamants pactisent par trop à mon goût, avec les Anglais, sous prétexte de raisons commerciales, les bretons se complaisent dans leur isolement, alors que je tends vers eux une main généreuse, quand aux champenois, je n’entends pas parler d’eux, et cela me soucie.

        N’aviez vous pas, Sire mon époux, demandé à Arnoul de vous tenir informé de la situation en ce comté.

        Certes, mais jusqu’ici je n’ai aucune nouvelle de lui et cela ne me dit rien qui vaille.

        Je vous en prie, calmez-vous mon Roi, venez auprès de votre épouse qui vous aime et qui se tient prête à apaiser vos peines.

     Et en bonne épouse, elle tenta, avec ses tendres moyens de calmer l’ire royale. Sa dextre trouva le chemin  de l’intime recoin qu’elle souhaiter éveiller par ses diligents soins. Mais ce jour-là ses gentillesses, caresses coquines ou va et vient délicats ne réussirent point à sortir de sa torpeur un vit désespérément paresseux qui tardait à prendre son envol. Malgré les efforts de la Reine, le Roi, accablé sans doute par les soucis de sa charge, et le désolant constat de l’incurie de son peuple, restait en état d’anérection ; entendez par là, qu’il était incapable de bander.

     La Reine, on le sait, n’avait jamais osé prodiguer sur son époux, la délicieuse succion, prélude à l’explosion des sens, mais ce jour-là, elle n’hésita pas à user des grands moyens pour palier les carences de la bite royale. Sa bouche câline se mit à l’ouvrage, sa langue se fit courageuse, pugnace, alerte, et le miracle attendu se produisit : le souverain banda  et son souffle court montra qu’il appréciait cet exquis traitement. La Reine, consciencieuse, poursuivit sans ses lasser l’intime gâterie qu’elle souhaitait mener à son terme,  jusqu’au moment ou une chaude sève viendrait flatter ses papilles buccales.  Enfin, le cri du Roi, attesta du grand bonheur qu’il avait éprouvé. Ce qui ne l’empêcha pas de faire une judicieuse remarque.

        Mais, dites-moi très chère, qui donc vous a appris cette fantastique cajolerie ?

     Le ton mi figue mi raisin du souverain pouvait laisser entendre  qu’il subodorait, de la part de son épouse, quelque infidélité, avec un amant de passage qui lui aurait enseigné pareille attitude. Si cela était le cas, les choses allaient mal tourner pour la Reine. Elle s’en avisa bien vite, la finaude, mais ne se démonta pas pour autant : femme est ainsi faite, qui trouve toujours réponse, même dans les cas désespérés.

        Sachez, très cher époux que je n’ai nul besoin de conseil pour être agréable à mon Roi et seul l’amour profond que je lui porte m’a inspiré ce divertissement que vous semblez avoir apprécié. Elle appuya sur le mot « amour » avec force et conviction : le Roi son mari, en resta marri.

        Ma mie, vous êtes une épouse exceptionnelle et je bénis le ciel de vous avoir placée à mes côtés.

     Pour la remercier, le souverain, à son tour usa de méthode analogue pour apporter du bienêtre à son épouse, et afin d’agrémenter les choses, il n’hésita pas à laisser errer ses petits doigts curieux vers une chaude et moite intimité. La Reine connaissait cette gâterie qu’elle avait eu l’occasion de découvrir par ailleurs, mais pour la première fois, ce jour là, ce fut le cadeau de son Roi : elle poussa un hurlement de satisfaction, certainement  un peu trop exagéré, pour en remercier le généreux donateur.

     Alors qu’ils reprenaient haleine on frappa discrètement à la porte :

        Sire, un messager demande à s’entretenir avec vous.

        Qu’on ne m’importune point, je règle avec la Reine des problèmes ménagers et ne tiens pas à être dérangé.

     L’importun s’éloigna et le Roi ragaillardi sans doute par un premier  acte magnifique, s’apprêtait  à entamer le second quand de nouveau on gratta à la porte.

        Sire, le messager dit s’appeler Arnoul et arrive de Champagne.

        Qu’on le conduise vite au petit salon, où je le rejoindrai dès que possible.

     Et il ajouta, se tournant vers la Reine :

        Excusez-moi très chère, les affaires du royaume m’appellent. Et merci encore pour la délicieuse gentillesse dont vous avez   preuve à mon égard.

        Sire mon époux, vous avez su me combler également et de ce fait, vous n’êtes pas en reste.

     Sans le savoir, en cette lointaine époque médiévale, le Roi et la Reine du moment, venaient d’établir au sein de leur couple, les premiers rudiments de la contraception.

***

     Arnoul rapporta au Roi les évènements qui s’étaient déroulés durant son périple champenois : son entrevue avec Aldemar de Cumières, honteux séducteur de sa sœur Viviane, ainsi que le malheureux accident dont il ne cacha pas le moindre détail, justifiant  son geste un peu brusque par la rage irrépressible  qui monta alors en lui, face à la vilenie de ce malfaisant suborneur. Cela fit sourire le Roi.

        J’ai ouï parler de cet obscur hobereau, qui n’était pas un personnage recommandable. La terre champenoise compte maintenant un félon de moins.

        Mais il y a une suite qui, à coup sûr, intéressera votre majesté.

     Ainsi, le Roi apprit que le Comte Thibaut comptait se mettre en route pour regagner Cumières  et y installer un fils bâtard, qui bénéficierait des revenus de ce fief.

        Et cela sans m’en aviser, s’écria le Roi en colère. Ce champenois de malheur ne connait-il pas les principes  établis par les lois féodales ? Ne se sait-il pas que tout transfert de fief  doit être soumis à mon autorité ? Décidément ce Comte est bien comme son lointain aïeul, Thibaut le Tricheur, une tête de mule qu’il me faut ramener dans le droit chemin.

        Peut-être faudrait-il également songer à la pénible situation dans laquelle se trouve ma pauvre sœur du fait de la félonie d’Adelmar.

        Nous y pourvoirons mon cher Arnoul. Mais pour l’heure, il est temps de songer au repos, et comme le disait un grand penseur romain : « nox portam concilium ».

     Le Roi avait autrefois apprit le latin, mais faute de le pratiquer, il n’usait désormais qu’un latin de cuisine.

Raimondo (à suivre) – 2015

Voeux 2016

Posted in Oulibouf on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

Commençons d’abord avec un petit quelque chose agréable. C’est Raimondo qui vous offre cette petite historiette de « La gent nobiliaire », réjouissez-vous:

haute15

2016

La Marquise était nue et offrait ses gros seins
Aux caresses appuyées du Comte, son cousin.
Ces deux là autrefois avaient des jeux d’enfants,
Jouant à la dînette ou à papa maman,
Mais ces temps révolus, aujourd’hui les menaient
Vers de nouveaux refrains et vers d’autres couplets ;
Ils s’adonnaient aux jeux de la concupiscence
Très loin en vérité de ceux de leur enfance
Et recherchaient toujours avec avidité
L’exquis contentement que l’amour peut donner.
Il aimait caresser les sublimes rondeurs
D’un buste généreux aux tétons enjôleurs
Palpés adroitement avec un tel doigté
Que la Marquise alors en était chavirée :
Elle feulait de plaisir sous la tendre caresse
Et exprimait sa joie par des cris d’allégresse.
Alors, comme autrefois la compagne d’Hector,
Andromaque la belle, aux très longs cheveux d’or,
Elle vint chevaucher ce généreux amant
Pour enfouir en son corps un gros vit turgescent,
Et là, par la chaleur de ses lents va et vient,
Elle fit exploser dans son antre pubien
Un sexe stimulé par ces effleurements
Qui délesta sa sève en de longs jets brûlants.

Et l’homme satisfait de tant de privautés
S’endormit en rêvant de la nouvelle année.

Raimondo – 1er Janvier 2016

Adoncques, Adhémar, Raimondo et moi renouvelons nos meilleurs souhaits d’heureuse année 2016 pour tous les visiteurs du site. Malheureusement, ça ne débute pas trop bien pour ce qui me concerne: Graphéine a supprimé les clips Bmovie-TV et Abitbol-TV, ce qui fait que les choix de clips se limitent de plus en plus. Il ne reste que BombayTv et ClassikTv, déjà bien usés jusqu’à la corde… Espérons de belles surprises pour l’avenir.

Femme vraiment excédée

Posted in Remixito on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

Bon, ici,  j’avoue que j’ai chargé un peu la barque, mais il faut bien en rire de temps en temps ; sinon, ça serait vraiment trop déprimant :

http://www.remixito.fr/actu/buzz/leave-her-alone/femme-vraiment-excedee.html

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Vrais démocrates

Posted in BombayTV on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

Des mesures de Salut Public ?

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-b46098a4cf959d18037a670a3242913e.html

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« Gâteries » footballistiques

Posted in Remixito on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

Pourvu que ça ne donne pas de l’éczéma à Benzema…

http://www.remixito.fr/tv-cinema/dessin-anime/olive-et-tom/gateries-footballistiques.html

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Un Ministre aussi inutile qu’un autre…

Posted in BombayTV on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

…ou aussi utile, c’est du pareil au même :

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-8dd8421e8f9ac0d92dd869dc8a679daa.html

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NB: Et on aurait pu ajouter J-P Papin, Michel Sapin, Dominique de Villepin, Christine Boutin, etc, etc…

Propos d’un ex-Président

Posted in Remixito on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

Aussi explicite que du jus de boudin:

http://www.remixito.fr/tv-cinema/scene-culte/taxi-driver/propos-d-un-ex-president.html

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Devinette

Posted in BombayTV on janvier 1st, 2016 by gerard – Be the first to comment

La mémoire et l’éthylisme, ça va pas bien ensemble :

http://www.grapheine.com/bombaytv/movie-fr-c855d9004c5251354bd38cd07560e686.html

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