Viviane 21

QUATRIEME PARTIE

La jolie Viviane née à la fin du XVe siècle au château de Tournehem a eu de nombreux descendants durant le siècle suivant. Le prénom de Viviane n’étant plus à la mode, on l’oublia durant quelques décennies, ce qui n’empêcha pas les dames de cette famille, l’hérédité ne perdant pas ses droits, de vivre quelques belles aventures où chacune sut faire honneur au jeu du trou-madame. L’aimable prénom réapparu avec la femme d’un régisseur qui officiait à Anet, dans la magnifique propriété de la belle Diane de Poitiers.  C’est cette Viviane, qui un jour croisa le chemin du Vert Galant.

Elle ne fut pas déçue de la rencontre…viviane21

Chapitre 1 : Ivry 

             Le 14 mars 1590 eut lieu la  bataille  d’Ivry, bien connue historiquement car un certain Henri IV, y menait ses troupes en les priant de se rallier à son panache blanc, à savoir quelques plumes d’oie qu’il avait plantées dans son couvre-chef. L’anecdote, très contestée, demeure cependant dans les mémoires et les Malet, Isaac et autres grands historiens s’évertuent à la divulguer.

Henri de Bourbon, devenu le Roi Henri IV l’année précédente, d’obédience protestante,  voyait son titre contesté par la plupart de ses sujet, bons catholiques depuis Clovis. L’Histoire nous réserve toujours quelques paradoxe car pour régler des problèmes de religion, dont la philosophie repose sur la magnanimité et l’indulgence, on n’hésita pas à prendre les armes ;  c’est ainsi que l’armée royale se retrouva  à Ivry, face aux ligueurs catholiques conduits par le duc de Mayenne. Ce dernier regretta d’avoir engagé un combat au cours duquel son armée, pourtant supérieure en nombre subit une mémorable défaite.

Au soir de cette victoire, Henri IV convia tous ses chefs de guerre à fêter l’événement, en faisant bombance. On peut imaginer,  les chroniqueurs restant avare au sujet de ce même événement, qu’il se  fit ce soir-là une formidable ripaille bien arrosée, à laquelle les serveuses participèrent à leur manière, en  se mettant en quatre (pattes, peut-être…)  pour assurer le repos des guerriers.

C’est au cours de ce repas que François de Montpensier, l’un des convives présents suggéra au souverain, qu’on puisse s’accorder quelques jours de repos.

  • Que nenni mon ami, répliqua le Roi avec son remarquable accent béarnais, demain j’irai à la chasse. Qui m’aime me suive !

Il fut difficile à quiconque de ne pas montrer l’amour qu’il portait au Roi…Et le lendemain, le souverain s’en alla chasser le chevreuil entouré de ses fidèles lieutenants. Maximilien de Béthune, que la postérité honorera sous le nom de Sully, s’était chargé d’organiser une chasse dans le massif forestier proche d’Yvry,  celui du domaine d’Anet, appartenant à Louise de Brézé, qui en avait hérité de sa mère Diane de Poitiers, favorite du Roi Henri II.

Lorsqu’ Henri IV, vit le magnifique château, construit et embelli par les plus grands artistes de la Renaissance, il décida de s’y installer momentanément pour mettre au point son entrée dans Paris, sa capitale,  qu’il se devait de conquérir afin d’affirmer manu militari le titre royal qu’on lui contestait. Et comme les propriétaires du domaine ne résidaient pas dans le lieu en ces jours là, il décida d’y prendre ses aises durant quelques semaines.

Le régisseur chargé de gérer le patrimoine, un certain Abel Lerouge, patronyme que portait  la famille depuis de nombreuses générations, du fait d’un lointain aïeul aux cheveux rouquins, tenta bien de s’interposer à cette occupation, qu’il jugeait illégale,  mais on lui fit comprendre que son opposition n’avait aucune importance ; le maréchal de Biron lui fit même une remarque, cinglante :

  • Dites-moi, mon ami, avec une telle attitude, vous risquez de vous retrouver sous la plus haute branche d’un chêne,

Ajoutant au bout de quelques secondes :

  • Au bout d’une corde…

La remarque amusa tous les guerriers présents, sauf bien sûr Abel Lerouge et une très jeune femme qui se trouvait à ses côtés, son épouse Viviane.

***

             Viviane était la fille d’un bûcheron du domaine d’Anet. C’était, avait-on coutume de dire, un garçon manqué. Dès son plus jeune âge, elle avait pris le pli d’accompagner son père en forêt ; curieuse de tout ce qui concerne la nature, elle  apprit à reconnaitre les essences qui croissaient dans la région : les chênes, les hêtres et toutes les espèces de feuillus que son père lui avait fait connaitre. Une vieille rebouteuse, Jacquotte, qui vivait en troglodyte dans une galerie  souterraine de la forêt, lui apprit le secret des plantes qui  soignent  les maux et les blessures. Elle parvint même à lui inculquer quelques rudiments de lecture et de calcul.  Sa fine oreille lui permit de reconnaitre les oiseaux suivant leur chant ; elle pouvait distinguer  le croulement de la bécasse, ou le pituitement du rossignol voire le turlutement de l’alouette. Elle grandit ainsi, un peu  comme une sauvageonne, mais on s’aperçut bien vite que cette sauvageonne devenait avec le temps une magnifique jeune fille ; ses longs cheveux bruns et ses yeux verts ensorcelaient déjà les garçons mais lorsqu’ils s’aperçurent que son buste prenait une allure agréable que le décolleté de son bliaut mettait en valeur, ils commencèrent à tourner autour d’elle, lui proposant quelque promenade dans les halliers déserts. Viviane restait indifférente à ses attentions ; tout juste acceptait-elle, rarement d’ailleurs, un petit baiser sur la joue ou sur la main, mais savait rabrouer vertement, le malotru dont les mains baladeuses s’aventuraient vers des rondeurs, attirantes certes, mais interdites.

Le père de Viviane craignant pour la virginité de sa fille, jugea utile de « l’établir », entendez par là, de la marier au plus vite. L’occasion se présenta, puisque le régisseur Abel Lerouge, veuf depuis peu, sollicita sa main. Il avait besoin d’une femme pour tenir sa maison et évacuer son trop plein d’énergie. Bien sûr, on ne demanda pas l’avis de cette  jeune fille de 18 ans ; cette union ne la satisfaisait guère, mais Viviane se disait qu’elle avait en elle suffisamment d’énergie pour ne pas se laisser trop dominer par un époux presque quinquagénaire qui bénéficiait d’une certaine aisance, ce dernier argument  n’étant pas à négliger.

***

             Abel Lerouge n’osa pas répliquer face au châtiment que lui laissait entrevoir le maréchal de Biron ; il s’éloigna tout penaud et regagna son logis, alors que Viviane resta sur place. Le Roi et ses hommes se rendirent compte alors de la présence de cette ravissante jeune femme et l’œil du souverain s’éclaira à la vue de cette beauté. Des pensées coquines firent bouillonner son esprit et plus encore, comme à chaque fois qu’il croisait un joli minois. Viviane se rendit compte de l’intérêt que le souverain  lui portait ; elle était au courant des anecdotes que l’on  contait à son sujet, sur sa vie amoureuses  pour le moins tumultueuse mais ne pouvait   imaginer qu’il puisse lui porter un quelconque intérêt.  Par contre, elle constata que parmi les guerriers présents, un jeune écuyer, avait au niveau du bras, la manche de son habit ensanglantée. Elle se permit alors de s’adresser à lui.

  • Monsieur, le sang que je remarque sur votre habit donne à penser que vous êtes blessé au bras. Si vous le permettez, j’aimerai voir cette blessure afin d’y apporter quelques remèdes dont j’ai le secret.

Le Roi applaudit à cette secourable  intervention, le blessé étant Charles de Rambures un jeune nobliaux qui avait montré un grand courage durant la bataille et avait même sauvé son souverain sur le point d’être assailli par l’ennemi.

Viviane, à l’aide de ses potions naturelles soigna une plaie qui loin de se refermer présentait un très mauvaise aspect. Le jeune homme d’ailleurs était brûlant de fièvre et il était grand  temps d’intervenir. Soigné et pansé, Charles de Rambures avait toute chance de  reprendre des forces. On l’installa  dans l’une des splendides  chambres du château dans laquelle il s’endormit promptement.

Le Roi étant aux anges sachant le sauveur de ses jours en bonne voie de guérison, tint à remercier la jeune et jolie femme pour ses soins diligents. Il lui fit l’honneur de la convier à son souper. Viviane en fut flattée et pour faire honneur à son Roi, choisit parmi ses effets la parure la plus jolie qu’elle puisse posséder. Son mari s’en offusqua.

  • Voilà des manières qui ne me plaisent guère ; tu te conduis comme une gourgandine et d’ailleurs cette invitation ne me dit rien qui vaille.
  • Mon cher mari, s’opposer au bon vouloir du Roi ne me parait pas une bonne attitude. Souvenez-vous de la remarque du fringant maréchal.
  • Quelle remarque ?
  • N’était-il pas question de la plus haute branche d’un chêne ?

Les époux n’allèrent pas plus loin dans la discussion, la réflexion s’avérait explicite et Abel eut la sagesse de s’en tenir là.  Viviane, parée d’un  magnifique bliaud de soie, se rendit donc à l’invitation royale. Le repas y fut exquis : un vrai festin de roi.

Bien sûr, c’était à prévoir, et Viviane se doutait que cela se produirait, le Roi  l’entraina dans une splendide chambre, bien chauffée par d’énormes bûches qui se consumaient dans une immense cheminée parée aux armoiries de la belle Diane de Poitiers. Le Roi se montra galant ; avec délicatesse il dévêtit sa jolie partenaire qui ne chercha surtout pas à s’opposer  aux désirs du souverain. Admiratif, il contemplait ce joli corps à la blanche peau satinée, caressant les voluptueuses formes  qu’il découvrait, ravi.  Longuement, il prodigua de sensuelles caresses et Viviane se réjouissait de ces attentions que son piètre mari n’avait jamais eu l’idée de pratiquer ; il était du genre, en avant toute et on fait dodo. La jeune femme sentait monter en elle, un frisson tout nouveau, une onde inconnue s’emparait de son corps. Le Roi fit durer ces sublimes instants et lorsqu’il la pénétra, la jolie Viviane, pour la première fois de sa vie, ressentit le fabuleux plaisir provoqué par l’orgasme.

Jusqu’à une heure avancée de la nuit les réjouissances perdurèrent, à la grande satisfaction de Viviane qui découvrait enfin ce qu’étaient les larmes de jouissance.

Dès le lendemain, avant même de rejoindre son logis, elle alla raconter à Jacquotte, devenue sa confidente, la bonne nouvelle. Les deux femmes, depuis le mariage de Viviane, avait pris l’habitude de partager leurs petits secrets féminins et souvent Jacquotte avait évoqué quelques vieux souvenirs laissant entendre que dans sa jeunesse elle avait bien profité des plaisirs de la vie. Viviane était on ne peut plus radieuse après la nuit passée auprès du Roi et songeait même à un avenir radieux, éloigné de ce qu’elle avait connu jusqu’à présent. Jacquotte eut le bon sens de tempérer ses enthousiasmes et de lui signifier que passer la nuit dans le lit du Roi ne faisait pas d’elle une reine de France. Et comme Viviane était loin d’être sotte elle comprit très bien l’allusion.

Il y eut cependant une autre nuit, tout aussi réjouissante que la première ; elle y apprit quelques jolies séquences, tout aussi ravissantes…

Quelques jours plus tard,  le Roi et ses hommes  quittèrent le château, partant à l’assaut de Paris. Anet retrouva son calme ; Abel Lerouge avait évité la pendaison, mais dans l’aventure Viviane avait disparu.

Raimondo – à suivre

  1. Romera dit :

    Quel talent. Que voilà une belle façon de faire aimer l’histoire. L’impatience me guette. A quand la suite ?

  2. oswaldo dit :

    Que cette histoire est joliment contée!

    Et alors? Alors?

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