Archive for octobre, 2017

Le Maître du Monde

Posted in Oulibouf on octobre 20th, 2017 by gerard – 1 Comment

Je dédie cette bêtise à mon ami
Adhémar
pour que, de là-haut,
il puisse encore rigoler
un bon coup de nos couillonnades !

« Les cons ça ose tout, c’est même à çà qu’on les reconnait »

(Michel Audiard -« Les tontons flingueurs »-1963)

–0O0–

             Fulgence Cudognoli est né en 1990 à Casamaccioli, dans la haute vallée du Golo, en Haute-Corse. Le recensement de cette année-là indiquait une population de seulement 91 habitants sur tout le territoire de la commune. Autrement dit, un quasi-désert ; de plus, sa situation à l’ubac des hauteurs environnantes n’en faisait pas une villégiature recherchée, on se pelait de froid dès Octobre et ça durait jusqu’en Avril. Le faible nombre d’habitants donnait comme résultat qu’ils étaient tous cousins plus ou moins éloignés ; Fulgence n’échappa pas à ces malédictions liées à la consanguinité. Il était… comment dirais-je… très « Forrest Gump » si vous voyez ce que je veux vous faire comprendre, et même avec un cran nettement au-dessous du héros du film. De facto, son quotient intellectuel avoisinait celui des débiles plus que légers. Sa scolarité fit le désespoir de ses parents, d’abord à l ‘école primaire du village, puis au collège Giovanangeli Empapaouta du chef-lieu de canton voisin. Avec ses nombreux redoublements, il se trouvait encore en triplement de 6ème l’année de ses 16 ans. Sa famille n’insista pas, elle le retira alors du milieu scolaire pour l’envoyer garder les moutons. Mais le métier était en train de disparaître et on lui faisait de moins en moins confiance, car on l’avait repéré plusieurs fois en train de se livrer à des actes indélicats sur diverses brebis (pour parler avec euphémisme), sinon franchement zoophiles (pour parler à ceux qui ont la compremette paresseuse).

             Si autrui avait bien conscience que Fulgence était « différent », il n’en était pas de même pour l’intéressé. Il lui arrivait souvent, et notamment au moment du lever, de se dire qu’il avait presque conscience de n’être pas tout à fait « normal », il appréhendait alors la réalité comme vous et moi. Mais cela ne durait que très peu de temps, moins d’une minute en général. Très vite, il repartait alors dans des vaticinations cérébrales où, cette fois, la réalité était totalement absente. C’est ainsi qu’il se mit en tête de pouvoir, de par sa seule volonté, commander à l’humanité tout entière.

             Oh, ce concept n’est pas venu tout seul ! Il mit longtemps à le faire mûrir et à le finaliser. Il faut dire que cela lui demandait une grande concentration et une canalisation d’énergie qui l’épuisaient physiquement, souvent pendant plusieurs jours, voire plusieurs mois… C’est d’ailleurs à cause de ces regrettables conséquences sanitaires qu’il commit en fait peu de démonstrations de son pouvoir.

             La première fois ce fut pour ses treize ans , lorsqu’il avait doublé le CM2 de Mademoiselle Assunta Poilaufrifri, il déclencha le processus de blépharoplégie pour tous les terriens. Quoi, qu’es-aco, allez-vous me dire ? J’explique, braves gens : Il s’agit de l’absence de nictations (= clignements des yeux), une sorte d’apraxie bien spécifique d’une partie de la face. Il réussit ce tour de force pour que, sur toute la surface de notre planète, personne _ je dis bien personne _ ne clignât des yeux pendant 11 secondes et 2 dixièmes. Il s’évanouit derechef après cet exploit et garda le lit une semaine. Bien sûr, il n’eut aucun écho d’une quelconque homologation de son exploit, mais il savait qu’il avait réussi et cette seule certitude le comblait d’aise.

             Parce qu’il avait pu récupérer des forces suffisamment vite, il s’attacha à concrétiser un second challenge à l’été 2007 pendant qu’il gardait les moutons à l’estive. Il avait auprès de lui sa brebis préférée qu’il avait surnommée Shakira (NDLR : On a les fantasmes qu’on peut!) et pendant quasiment un mois il se prépara à donner un ordre démoniaque aux hommes : Celui de ne pas flatuler pendant cinq minutes ! Ce fut prodigieux ! Personne ne péta sur notre bonne vieille Terre pendant 300 secondes, du moins en était-il persuadé ! Il tomba aussitôt dans une léthargie profonde de plusieurs heures et, grâce à sa « chérie » qui lui lâcha un « pétoulié » sérieux sur la tronche, il put enfin émerger de son égarement total. Même au milieu des crottes, il arborait un sourire béat de satisfaction. Il était bien évidemment ravi de sa puissance, mais déplorait que sa santé ait si cher à payer pour ce résultat.

             Shakira avait réussi à le ranimer et il en garda une reconnaissance émue pour elle en particulier, et un amour pour tous les animaux en général. De là, lui vint alors l’idée d’étendre son commandement à toutes les espèces vivantes de nos sols et de nos océans. Mais il fallait se remettre en condition, et pour être au summun de sa libération de chakras, il pensa fort justement qu’il faudrait bien qu’il s’écoulât au moins une année avant de recommencer.

             Ce ne fut finalement qu’à l’automne 2011 qu’il put lancer sa grande imprécation. Il avait rechargé ses « batteries » au top-niveau et se sentait de nouveau d’attaque pour intimer l’ordre à toute la diversité biologique d’ici-bas de ne pas lâcher le moindre vent pendant un temps qu’il avait raccourci volontairement, étant donné les ennuis physiques qu’il contractait post-ordem, à trois minutes. Et ça fonctionna du feu de Dieu ! Selon lui, aucun organisme vivant ne relâcha dans l’atmosphère la pestilence d’une caisse de bon aloi. Mais, rendez-vous compte, mettre en place un tel vœu fut éreintant au dernier degré et, littéralement vidé de toute énergie, il dut s’aliter pour une durée de six semaines. Son pronostic vital était d’ailleurs engagé avait assuré le docteur de famille, le brave Toussaint Tuttufancciulo, un vieil original qui ne se déplaçait que dans une Méhari hors d’âge vers tous les trous du cul du monde (…et il n’en manquait pas!) de ces contreforts du Monte Cinto. Comme l’alerte avait été chaude, Fulgence se promit de ne plus rien tenter pour régenter le monde avant quelques années.

             A la fin de sa convalescence, son père s’enquit de lui trouver un métier pour que, ainsi rémunéré, il puisse voler de ses propres ailes et ne plus emmerder le monde de l’humble logis familial. Grâce à « l’appui » (là encore, euphémisme de bon ton pour qualifier un piston phénoménal) du suppléant d’un ex-député qui était cousin au troisième degré du parrain de la plus jeune sœur de la mère de Fulgence, qui se prénommait Marinachetti, on tenta de lui dégoter une occupation. N’ayant rien à espérer comme emploi dans ces trous perdus, c’est finalement à Corte qu’on le bombarda du titre ronflant de Sous-archiviste Auxiliaire de Troisième Classe. En fait, il s’occupait, au sous-sol des locaux universitaires, de la photocopieuse. Attention ! Ne vous extasiez pas sur cette activité ! Trop peu « armé » intellectuellement pour en assurer la maintenance ou un entretien basique, il lui était seulement demandé de faire des tirages pour les étudiants et les professeurs.

             Son salaire était bien modeste, mais il avait su s’en accommoder et vivait petitement. Il avait réussi à dénicher une location, pas très loin de la faculté, une ancienne remise que l’avide propriétaire avait aménagé avec l’électricité, un point d’eau et un poêle à bois. En hiver, la « chambre », trop haute de plafond, rendait le plancher quasiment inchauffable, et le pauvre Fulgence n’avait pas moins de trois couvertures sur son lit pour bénéficier d’un sommeil tout juste douillet. Qu’importe ! Il avait été élevé à la dure et cela ne l’affectait guère…

             Par contre, ce qui le tourmentait davantage, c’était le regard porté sur lui par les étudiants. Il sentait bien que toutes ces têtes bien pleines le méprisaient au plus haut degré, et il en eut un extrême ressentiment qui ne fit que grandir au fil des mois. Ces mêmes étudiants, sans penser vraiment à mal, lui faisaient de petites niches en trafiquant sa photocopieuse : ils lui bloquaient son compteur, ils mettaient du toner rouge là où il aurait fallu du noir, ils se torchaient avec une feuille A4 qu’ils repositionnaient ensuite avec précaution dans les ramettes, etc… Surtout, ils n’oubliaient jamais de l’apostropher avec un vocabulaire qui meurtrissait Fulgence : « Alienatu, scemu, lombatu, tontu, mattu, etc… »… Et même, une fois sur deux, en français avec des périphrases comportant souvent des noms de volatiles colorés. Il se dit un soir que ça ne pouvait plus durer, et qu’il allait mettre en branle son Grand Oeuvre pour mettre fin à ces vexations, et commença à réfléchir pour y parvenir…

             Et d’abord, il fallait cibler ceux qui allaient encourir sa vindicte. C’était facile, et il n’eut pas à cogiter longtemps : Tous ces malfaisants qui lui pourrissaient la vie et des millions d’autres de par le monde qui faisaient pareil pour empoisonner l’existence des citoyens gentils, à savoir les cons ! Haro sur tous ces stupides crétins dont on croise les spécimens les plus variés plusieurs fois par jour ! « Les cons, les cons, les cons ! » répétait-il en se martelant cet objectif dans sa tête. Oui, mais qu’en faire ?

             Les rayer du monde des vivants aurait sans doute demandé une poigne dynamique qu’il était incapable de fournir, il y aurait laissé sa santé définitivement, voire même sa vie. Peu à peu lui vint l’idée de rendre les cons différents des autres humains, pas dans l’intellect bien sûr, ils étaient cons et c’était déjà bien suffisant, il était donc inutile de les rendre plus cons qu’ils ne l’étaient déjà. Non, non, c’est dans l’apparence qu’il fallait agir. Il pensa un moment leur donner une pigmentation de peau bleue, ou verte, ou caca d’oie… Mais il abandonna bien vite cette option, les cons auraient su sans difficulté se maquiller l’épiderme pour abuser leur entourage. Lui vint alors l’idée de les rendre petits, tout petits, plus nains que les nains les plus rase-bitume. On aurait pu presque les écraser comme des crottes de chien sans y prendre garde. Et c’est là que le bât blessait : Fulgence voulait, bien au contraire, que les cons signalent leur présence de façon tellement évidente qu’on ne pourrait que se dire, lorsqu’on en croiserait un : « Tiens, voilà un grand con ! »

             Donc, par déduction, il fallait les rendre géants, énormes, cyclopéens… Bref, qu’on ne puisse surtout pas les rater dans tous les lieux publics. Il arrêta alors sa décision dans la soirée du 20 Octobre 2017 et, gonflant les veines de ses tempes à les faire quasiment éclater, il lança son terrible anathème : « Que tous les cons de ce monde prennent désormais des mensurations gigantesques ! » Il eut à peine terminé sa phrase qu’il s’écroula sur son lit, sur le dos, les bras en croix et vidé de toute vigueur. C’est une véritable chiffe qui plongea alors dans un très mauvais sommeil, une sorte de narcose sans nerf, sans ressort… Il était comme un pantin privé de substance qui frôlait le coma à chaque seconde… Et cela perdura toute une longue nuit…

             …Avant même de rouvrir les yeux, Fulgence pressentit qu’on devait être au petit matin car une fraîcheur toute caractéristique semblait le lui indiquer sur ses membres refroidis. Il eut alors sa petite minute quotidienne de lucidité et pensa : « Là, j’ai voulu faire trop fort ! Il est impossible que ma mission soit accomplie, malgré que je sois fourbu comme je ne l’avais jamais été auparavant. Allons, mon vieux, lève-toi et poursuis ton chemin de croix auprès de ces maudits étudiants. »

              Il souleva la tête de son oreiller, et blam !… son front heurta le plafond.

Gérard – 2017

 

Actu m’en diras tant Octobre 2017

Posted in Actualités & hors-série on octobre 10th, 2017 by gerard – Be the first to comment

Les titres de l’Actualité auxquels vous avez échappé (« Personne n’obligera le pot de terre à taire ce que se permet le pot de fer de faire » Jean Brasier 1910-2003):

Kim & Donald: Certes, le leader de la Corée du Nord n’est pas un modèle de démocrate, mais on peut le comprendre. Son pays est « squeezé » à mort par tous les pays occidentaux et, à part le « grand frère » chinois, il est considéré comme un ennemi. La Chine est de plus en plus embarrassée de devoir réparer les gaffes de Kim Jung Un, car pour cette superpuissance économique rien n’a plus d’importance désormais que le business et le profit sous toutes ses formes. Alors mettons-nous un instant dans la peau de Kim: Son pays ne fera pas le poids face à la panoplie militaro-industrielle des USA, mais il est en mesure d’infliger à ses ennemis des dommages sérieux en cas d’attaque. Cela a été prôné il y a des décennies par un certain Charles De Gaulle; on pourrait résumer la formule à « Oui, tu peux m’emmerder et me faire du mal, mais j’ai la possibilité de te rendre un mal identique, alors réfléchis à deux fois avant de venir me casser les c… ! » Cela s’appelait la DISSUASION et ça a fonctionné. Kim n’est pas assez fada pour attaquer en premier, mais il veut bien nous faire comprendre qu’il a de quoi répondre à tout agresseur. Et puis, à supposer que les yankees lui balancent quelques bombes de plusieurs mégatonnes, il faudra ensuite occuper le terrain et, malgré qu’elle ait été fortement amoindrie, il y aura le reliquat d’une armée de 1, 5 millions de soldats qu’il faudra soumettre. Et dans ce cas de figure, le Donald s’enliserait dans une guerre interminable.

Viviane 22

Posted in Oulibouf on octobre 10th, 2017 by gerard – Be the first to comment

22e épisode

Chapitre 2 : Rambures

             Après quelques jours passés  à Anet, Henri IV se dirigea vers Paris.

S’il voulait être reconnu comme Roi de France, il lui fallait au minimum investir sa capitale ; mais les parisiens, tout comme les Ligueurs, ne voulaient  toujours pas admettre  à la tête du royaume un souverain  protestant. A la suite de sa victoire à Ivry, il se dirigea donc sur Paris. Mais la ville, confortablement protégée par ses fortifications demeura imprenable. Le Roi organisa un siège autour de la cité  afin d’empêcher les vivres de parvenir et de réduire  les habitants  à la famine. Autrefois, c’était une façon d’agir très courante : les sièges constituaient une tactique guerrière dont on ne se privait pas.

Au bout de six mois, les parisiens qui  possédait suffisamment de réserves vivrières ne cédant pas,  le Roi, jugea préférable de se retirer, d’autant qu’on annonçait l’arrivée de troupes espagnole venant au secours des Ligueurs.

Le Brave Rambures, le sauveur d’Henri IV, ne participa point à l’équipée, sa blessure au bras, qui avait du mal à se cicatriser, le faisait terriblement souffrir.  Le Roi lui-même ordonna qu’il puisse se reposer dans la demeure  familiale, un magnifique château d’architecture médiévale situé aux sud d’Abbeville.

A cours de son voyage, Charles de Rambures, qu’on avait confortablement installé dans un coche, eut le plaisir de voyager avec celle qui, à Anet lui avait prodigué des soins : Viviane. La jeune femme qui souhaitait se consacrer à son blessé quitta Anet, sans hésiter après avoir seulement prévenu Jacquotte. Elle s’était nantie  de toute une panoplie d’herbes et de juleps afin de poursuivre les soins indispensables.  Viviane avait trouvé ce moyen commode pour s’éloigner d’un mari qui ne lui apportait guère de satisfaction dans la vie courante, et qui au lit n’avait ni l’imagination ni les  audaces qu’elle avait découvertes auprès du Roi Henri.

Le voyage permit à Charles et Viviane de mieux se connaitre. Le Brave Rambures était un jeune militaire, d’à peine 20 ans, initié depuis son plus  jeune âge à l’art du combat, dans lequel il se montra vite courageux et même téméraire ;  n’avait-il pas, au risque de sa vie, porté secours au roi Henri à Ivry ? Viviane, à quelques mois près, était sa cadette. Elle le trouvait bel homme, admirant son corps musclé par les combats, sensible au charme de son sourire ; bref, il ne lui était pas indifférent

Le voyage pouvant se révéler un peu long et éprouvant pour le blessé, on décida de faire halte à proximité de Rouen dans une auberge au bord de la Seine. Après un bon souper et avant le repos nocturne, Viviane voulu vérifier l’état de la blessure et s’employa à renouveler les soins journaliers. Penchée sur la plaie, elle offrait à Charles la  jolie vue d’un charmant  buste que le décolleté de sa robe cachait mal. Charles s’en délecta, bien sûr :

_ Vous êtes très jolie.

Depuis longtemps Viviane connaissait  par expérience tous les sous entendus   qu’une telle phrase recelait et si autrefois elle avait coutume de répondre par un sourire railleur aux avances de quelque galant, ce soir, la remarque  de Charles de Rambures la toucha profondément. Elle décida de se montrer généreuse envers ce soldat blessé souhaitant lui apporter un peu de réconfort. Une menotte s’insinua à la recherche d’un sexe qui s’éveilla aussitôt sous l’effet d’un heureux va et vient. Charles aurait aimé prendre sa place dans ce concert amoureux, mais handicapé par sa blessure il fut contraint de s’abandonner à la délicieuse caresse prodiguée par cette femme, gardant seulement en l’esprit l’image  de ses magnifiques seins qu’il avait furtivement entrevus. Viviane n’attendait rien ; elle souhaitait simplement apporter par sa tendresse, la détente et « le repos du guerrier ».

Apaisé, Charles de Rambures s’est endormi ; Viviane a regagné sa chambre. Elle a du mal à trouver le sommeil ; trop d’images encombrent son esprit. Elle aurait tant aimé que Charles puisse la prendre dans ses bras, lui témoigner, sinon de l’amour au moins de la tendresse, en exprimant  l’envie qu’il ressentait pour elle, par des baisers d’affectueux et quelques troublantes privautés capable de l’enflammer. Morphée lui apporta quelques merveilleuses images qui  hélas, n’étaient qu’irréelles rêveries.

Le lendemain, le voyage se poursuivit, d’abord dans le silence. Après quelques lieues, Charles se décida à parler :

_Pourquoi avez-vous agi comme cela hier soir ?

_Vous n’avez pas aimé ?_Ne soyez pas sotte, vous avez bien senti que j’étais ravi de cette caresse !

_Donc, soyez satisfait, et ne vous posez pas de question.

_Mais…

Et de nouveau le silence s’installa, toujours pesant, silence qui n’empêchait pas Charles et Viviane de revivre en pensée tous les évènements qui s’étaient déroulés depuis ce 14 mars,  jour de la bataille d’Ivry. Charles rompit le silence, alors qu’au loin se profilait les tours d’un magnifique manoir.

_Voici Rambures, le château de famille transmis aux ainés depuis un demi-millénaire ; je vous y souhaite la bienvenue et espère me montrer, en reprenant un peu de santé, un hôte que vous trouverez agréable.

Le manoir de Rambures, en ce 16e siècle finissant gardait toujours son aspect médiéval : un bâtiment central flanqué de quatre tours, protégé par des douves encore remplies d’eau pour l’isoler d’une attaque possible. Il était entouré d’un parc à la verdure luxuriante qui ajoutait à son charme. Certes, il datait un peu ;  on avait oublié que le Moyen Age était loin et que désormais le style  Renaissance prévalait. Viviane fut cependant  agréablement surprise par  cette bâtisse d’une toute autre facture que celle d’Anet.

Charles de Rambures, retrouva son vieux père, Jean, devenu grabataire,  qui n’avait plus que quelques mois à vivre avant  de léguer le patrimoine au glorieux combattant d’Ivry. Pour l’heure, la domesticité se mit à l’ouvrage afin de préparer un festin pour fêter dignement le  retour du héros.

***

Et pendant ce temps là, à Anet, Abel Lerouge recherche vainement son épouse, mystérieusement disparue depuis le départ du Roi Henri et de ses lieutenants. Il se doutait  que Jacquotte devait certainement en savoir plus à ce sujet et il s’en vint la trouver. Il ne tira à priori aucun renseignement de cette femme qui, en bonne rusée, jura ses grands dieux  ne rien savoir à propos de Viviane. Mais Lebel qui ne l’entendait pas de cette oreille, haussa le ton, pour effrayer la vieille femme qu’il croyait apeurer par une attitude mâle et déterminée.

–Allons Lerouge, ne crois surtout pas me faire peur avec tes airs de matamore. Si ta femme a disparu, c’est que tu n’as pas été assez intelligent pour la retenir auprès de toi ; et c’est dommage car Viviane est une fille bien, mais il est un peu tard pour t’en apercevoir.

–Vous savez donc ce qu’elle est devenue ?
–Bien sûr ! Mais ne compte pas sur moi pour te dire quoi que ce soit.

Entendant ces propos, Lerouge fou de rage se précipita vers Jacquotte, dans l’intention de la frapper. Il n’avait pas compté sur la présence d’un chien d’apparence débonnaire, qui pour défendre sa maitresse avait pris dans sa gueule le bras de l’agresseur.

–Calme-toi Lerouge ; je n’ai qu’un mot à dire pour que ton bras devienne inutilisable.

Sur un signe de sa maîtresse, le chien se calma et Lerouge, comme un péteux quitta les lieux, remâchant sa colère ; satisfait tout de même de s’en tirer à bon compte.

***

A Rambures, les soins assidus de Viviane ont apporté un mieux qui, de jour en jour, active la cicatrisation des blessures de Charles. Il souffre moins et réussi à mouvoir son bras avec une certaine aisance. Aujourd’hui, il à montré à Viviane le magnifique parc ou croissent, en cette période printanière, des plantes à fleurs soigneusement entretenues par de nombreux jardiniers. Viviane fait l’admiration de son hôte pour les connaissances qui sont les siennes en matière de botanique. Décidément cette jeune femme n’a pas fini de l’étonner.

Un soir après un succulent souper, il l’entraine dans une aile du manoir qu’elle ne connaissait pas.

–Voici, lui dit-il, la chambre du Roi.

On le sait surement, mais tout châtelain se devait autrefois  de réserver une pièce somptueusement décorée, afin de donner asile au Roi, s’il venait à faire halte au château. A Rambures la chambre royale est parée de tapisseries, un peu vieillottes certes, mais encore soigneusement entretenues, qui illustrent les exploits guerriers d’un lointain aïeul durant les croisades.

Ce soir, on n’attend pas le Roi et pourtant dans la cheminée quelques bûches se consument apportant une douce tiédeur à cette pièce. Viviane imagine ce qui va survenir ; ce n’est pas pour lui déplaire : on ne dédaigne pas les attentions d’un bel homme, surtout lorsqu’on a été privé d’amour depuis quelques semaines.

Lentement elle s’est parée d’une nudité que Charles admire. Elle s’offre sans retenue au Brave Rambures qui se révèle un amant attentionné ; peut être manque-t-il encore d’une certaine expérience que le temps lui apportera, mais Viviane n’en fait pas cas. Elle se laisse dorloter, s’abandonne aux désirs de cet homme qui la caresse avec douceur et laisse errer ces lèvres sur les rondeurs d’un buste qui l’émerveille. Viviane prendra l’initiative de guider dans sa chaude intimité le sexe érigé ; elle apportera par les frémissements de son corps en liesse la conclusion de cet intermède amoureux qui les comblera de plaisir.

Dans les bras l’un de l’autre, muets, ils goûtent la quiétude des amants apaisés par la jouissance : ils sont heureux. Charles n’a jamais vécu d’aussi intenses moments. Comme tous les hommes de guerre il n’a connu que de sordides aventures avec ces femmes qui suivent les troupes, leur apportant la fausse sérénité des amours vénales. Il découvre un bonheur tout nouveau pour lui ; son esprit, un peu fruste n’imagine pas qu’il est en train de vivre les premiers frémissements de l’amour.  Mais est-il fait pour l’amour lui qui ne connait que la guerre ?

Près de lui Viviane est songeuse. Son corps a éprouvé la détente qu’elle désirait ardemment mais  son esprit ne cherche pas à enjoliver la réalité : Charles est noble et dans son avenir une modeste roturière n’a pas sa place. Après tout, seul compte le plaisir qu’ils prennent ensemble, et Viviane ne résiste pas à entreprendre une nouvelle cavalcade qui va les mener une fois encore au pinacle.

Alors qu’ils se font mille caresses et gentillesses de toute sorte, le majordome du manoir frappe discrètement à la porte :

–Monsieur le Comte, un cavalier demande à vous voir !
–Et qui est-il ce cavalier ?
–Il ne veut dire son nom qu’à vous-même. Dois- je faire baisser le pont-levis ?

Charles de Rambures n’aura pas, pour l’heure, l’occasion de répondre. Un violent mais délicieux orgasme le secoue vivement, plaisir provoqué par la bouche accueillante de la gentille Viviane.

Raimondo – 2017 – à suivre

Comic-strips par paires 01

Posted in Actualités & hors-série on octobre 1st, 2017 by gerard – Be the first to comment

Quelquefois, il arrive que seulement deux images créent une situation drôle; c’est ce que je me suis appliqué à faire dans les 7 exemples suivants. Attention, pour certaines paires, ce n’est qu’une traduction de doublettes déjà vues sur Internet:20170810paires

Blagues Octobre 2017

Posted in Actualités & hors-série on octobre 1st, 2017 by gerard – Be the first to comment