Viviane 24

Chapitre 4 : Paris 

Quelques années ont passé.

Viviane a atteint  la trentaine. La maturité a effacé ses traits juvéniles pour faire place à une  jolie femme que le temps a façonnée et embellie. Semblable à ces femmes de la Bible, la Salomé d’autrefois, s’est transformée en une Judith remplie   d’expérience et ce qui ne gâte rien, pleine d’attraits. Elle ne manque  pas de courtisans et répond très volontiers aux avances que sa beauté suscite.

Précisément, ce soir, dans les bras de Mattéo, son actuel amant, elle vit une passion  délicieuse  au cours de laquelle elle n’hésite pas à user d’une nouvelle caresse qui s’est répandue depuis la venue  en France de mercenaires espagnols. Viviane offre sa splendide poitrine et accueille en son sillon mammaire un sexe qui sollicite sa dose de caresse. Mattéo est jeune, plein de vie, plein d’envies. Faire l’amour avec lui, apporte à Viviane le savoureux frisson que son corps réclame sans cesse. C’est un artiste peintre en devenir ; ce florentin est  de passage à Paris avant  de rejoindre, pour parfaire son apprentissage, les ateliers flamands, dont la renommée est parvenue jusqu’en Toscane où il est né.

Viviane l’a  rencontré à Paris au cours des fêtes somptueuses données lors de la naissance du dauphin Louis, en ce mois de septembre 1601. Après l’époque troublée des luttes religieuses, Henri IV à ramené la paix et la concorde dans le royaume. Il s’est converti au catholicisme, il a octroyé l’Edit de Nantes aux protestants, on peut donc désormais songer en toute quiétude à « la poule au pot », excellente gâterie dominicale instituée par le Roi.

Marie d’Elbeuf ayant quitté son château d’Anet, Viviane ne se trouvant  plus utile en ces lieux,  décida de poursuivre sa vie dans la capitale. Après des débuts difficiles, au cours desquels elle vécut de petits métiers tout justes suffisants pour lui permettre de vivre chichement, le destin l’a conduite vers le quartier de l’Arsenal où réside le grand argentier du royaume, Sully, croisé a Anet après la bataille d’Ivry. Elle songe donc à solliciter son aide pour obtenir une audience auprès du roi. Sully l’a reconnue ; par principe, il se méfie toujours des anciennes maitresses de son maitre qui sollicitent quelques faveurs, en souvenir, voire en paiement des moments intimes qu’elles ont offerts à leur souverain. Mais aujourd’hui il  se laisse toucher par Viviane, encore plus belle qu’autrefois, du temps où elle  soigna  avec succès le brave Rambures, sauveur du roi à la bataille d’Ivry.

Sully a fait part au souverain de cette visite. Henri, se souvenant de cette gentille femme, docile, à laquelle il avait appris quelques jolies figures de l’Arétin et qui, se souvenait-il savait utiliser sa bouche avec maestria, demanda à son ami Sully de bien vouloir octroyer à Viviane une petit pension, en récompense de services rendus au royaume. L’expression fit rire le roi, mais Sully soucieux des deniers dont il avait la garde, ne partagea pas cette hilarité. Il s’exécuta néanmoins rendant la vie de Viviane plus sereine.

Ce soir, avec Mattéo, après de nombreux intermèdes amoureux, dans un moment de quiétude, elle réfléchit à la proposition que ce dernier lui a faite : l’accompagner dans son périple auprès des peintres flamands. Elle est assez favorable à ce genre de suggestion, encore que… La nuit portant conseil, et suivant son habitude elle se retourne pour dormir sur le ventre ; cette position laissant apercevoir la troublante courbure de ses reins et deux voluptueuses fesses rondes qui donnent  à Mattéo quelques libidineuses pensées.

  • — Cara mia, ton joli pétit cul, il est magnifico !… Jé peux ?
  • — Non
  • — Uné fois, jé t’en prie.
  • — Non et non, profère Viviane d’une voix ferme.

En amour, aucune caresse ne lui déplait, aucun geste  ne la rebute, sauf, celle que Mattéo désire en cet instant et qui reste l’apanage des professionnelles ou des bourgeoises qui veulent éviter une maternité lorsqu’elles s’offrent à un amant.

  • — Tou sais, cara mia, à Firenze, la signora Rénata….
  • — Tu me l’a déjà, mais ici, on est à Paris et je ne suis pas  » la signora Rénata ». Je suis ravie que mes fesses te plaisent ; j’aime quand tu les caresses, lorsque tu les couvres de tes baisers empressés, mais ne m’en demande pas plus et ne t’avise surtout pas à laisser trainer, ne serait-ce qu’un doigt, vers cet antre que « la signora Rénata » offre à tout venant.

Devant cette fin de non recevoir, Mattéo devra se contenter de lover contre ces douces et attirantes rondeurs, un sexe quémandeur. Par de doux mouvements de son corps, Viviane l’aidera à faire naitre l’exaltation qu’il recherche avant de sombrer dans un sommeil réparateur, après ces longues heures de jeux amoureux.

Quelques jours plus tard, alors que nos deux tourtereaux se préparaient à gagner la  Flandre, Viviane se rendit compte qu’elle était enceinte. Lorsqu’elle vivait auprès de Jacquotte, celle-ci lui fournissait des plantes pouvant mettre fin à une grossesse non désirée ; mais aujourd’hui elle est seule, son amie ayant quitté depuis quelques années déjà le monde des vivants.

A n’en pas douter, Mattéo est le père de cet enfant.

Tous deux s’étaient rencontrés, par hasard, sur le chantier qui faisait alors la curiosité des parisiens : l’édification d’un pont de pierre, qu’on appelait déjà le Pont Neuf, à l’extrémité de l’ile de la cité. Mis en œuvre à l’initiative du roi Henri III, les travaux avaient cessés durant la période des guerres de religion mais dès son entrée dans la capitale, Henri IV avait remis ce projet à l’ordre du jour.

Viviane avait remarqué ce beau garçon, venu se rendre compte de l’avancée des travaux et qui lui avait fait compliments sur sa beauté, sur l’éclat de son sourire, sur la blondeur de ses cheveux, sur son élégance ;  bref, il la dragua avec le savoir faire de ces éternels conquérants d’au-delà les Alpes. Les jours suivants, ils se retrouvèrent à plusieurs reprises, Mattéo se faisant de plus en plus empressé ; comme tous ces florentins il parlait avec ses mains qui, de policées devinrent entreprenantes, et une nuit ils firent plus ample connaissance sur un lit douillet. Ils échangèrent les caresses les plus tendres, les plus folles ; ils ne se quittèrent plus, évoquant même un avenir commun.

L’honnêteté de Viviane, lui faisait obligation d’annoncer à Mattéo, sa paternité, ne serait-ce que pour l’en informer. Il ne chercha à se disculper, comme auraient tendance  à le faire certains jolis-cœur, mais quelques jours plus tard, il disparut. Un gamin apporta à Viviane une missive succincte :

 » Tu aurais dû faire comme la Signora Renata… »

Cette boutade provoqua chez Viviane, un léger sourire, tout aussitôt suivi d’un rictus de tristesse. Elle avait perdu un compagnon avec lequel elle aurait aimé parcourir un bout de chemin. Sa maternité devait la rendre plus sage : elle s’abstint désormais  de tout contact avec les hommes  et lorsque ses sens la tracassaient par trop, elle s’en arrangeait comme savent si bien le faire en pareille situation tous les êtres humains quel que soit leur sexe.

Mattéo resta quelques années à Anvers dans l’atelier florissant de Brueghel le Jeune, dont les thèmes picturaux étaient à l’époque très demandés par une riche bourgeoisie commerçante. Il batifola quelque peu avec Maria, la sœur du peintre, une grassouillette flamande ayant sans doute des idées plus larges que Viviane en matière de caresses amoureuses. Cependant, Florence venant à lui manquer il déserta après quelques années les brumes du nord pour retrouver la douceur du climat toscan. L’Histoire n’a point retenu s’il y retrouva la Signora Renata…

***

Au printemps de l’année 1602, devant la porte du couvent de l’abbaye St Pierre de Montmartre, on  découvrit un couffin d’osier dans lequel sommeillait un joli poupon de quelques semaines, sous les langes duquel on trouva une lettre, qui devait sans doute donner quelques explications sur la provenance de cet enfançon. La sœur tourière prévint l’abbesse Marie-Catherine de Beauvilliers qui, dans l’immédiat mit à l’abri cet enfançon, le confiant au soin des religieuses du couvent.

L’Abbesse prit connaissance de la lettre, et dès les première lignes fut frappée par la teneur du message qu’elle contenait :

« Madame, tout comme vous, j’ai été la maitresse de notre Roi Henri, du temps où il guerroyait pour conquérir Paris… »

Ce début évoqua chez la nonne, quelques souvenirs intimes, que son esprit ne parvenait pas à oublier. A l’époque, elle n’avait pas 20 ans, et assurait son noviciat, ayant dû suivre l’injonction familiale qui la destinait à l’état monacal, alors que son jeune corps réclamait assurément d’autres conditions de vie. Le fringant Henri, qui avait établi son quartier général en l’abbaye de Montmartre, n’eut aucune difficulté à prendre dans ses filets cette jolie religieuse, qui découvrait soudain, d’autres joies de l’existence.

Malheureusement pour elle, le volage amant pris par d’autres projets s’éloigna. En remerciement cependant,  c’est là une des ses remarquables façon de se comporter avec une certaine élégance, il souhaita et obtint que cette religieuse, née de noble famille prenne, malgré son jeune âge, la direction de ce couvent et en devint donc l’Abbesse.

 » Je confie à vos soins cet enfant de l’amour, qui n’est pas l’œuvre de notre Roi, mais celui d’un peintre qui a fait vibrer mon cœur et mes sens, durant de merveilleuses semaines. Je vais me fondre désormais dans quelque couvent hospitalier de ma province natale, où je veux me rendre utile aux malades, afin d’expier mes fautes.

Madame, nous avons vécu des circonstances semblables auprès d’un grand monarque, perpétuel amoureux des femmes, de toutes les femmes. Ces imprévus de la vie ne peuvent que nous rapprocher et je reste persuadée  que cela vous incitera à prendre soin de celle qui porte mon prénom : VIVIANE ».

Marie-Catherine de Beauvilliers fut touchée par le contenu de cette lettre et durant de longues minutes resta immobile, l’esprit embrumé de souvenirs. Elle songeait à l’avenir de cet enfant que le destin lui avait confié, sans trop savoir quelle initiative prendre. Dans l’immédiat cependant, elle désira voir ce bébé tombé du ciel, en un lieu où d’ordinaire la présence des enfants n’est pas envisagée.

Sœur Marie-Christine, qui avait autrefois été maman avant de d’endosser la bure monacale  s’était occupée de la petite Viviane.  L’Abbesse découvrit une gracieuse fillette repue par le  biberon qui lui avait été donné, entourée de langes propres, souriant aux anges.

  • — Elle est belle, n’est-ce pas ma Mère, constatèrent quelques nonnes que la curiosité appelait pour découvrir cette nouvelle pensionnaire.

L’Abbesse se contenta de sourire, sans laisser paraitre sur son visage le moindre objet de ses intimes pensées. Peut-être regrettait-elle à cet instant  de n’avoir jamais à connaitre les joies de la maternité. Sœur Marie-Christine profita de sa présence, pour lui  remettre un petit cadre en bois de conception très rudimentaire qu’on avait trouvé dans le fond du berceau.

L’Abbesse, put lire, gravé dans le bois :

« VIVIANE 1602 »

Et en dessous :

« Mattéo ROSSELLI ».

Raimondo – 2018 (à suivre)

 

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