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Emeline et Adalbert 20

Posted in Oulibouf on janvier 10th, 2014 by gerard – 1 Comment

     Et voilà le dernier chapître du fabuleux roman médiéval de ce sacripan de Raimondo. Merci l’ami! On a bien ri, on a bien été émoustillé, et même on a appris bien des choses sur cette période. Je vous invite tous à laisser un petit commentaire sur ces parutions depuis Novembre 2010. Cela fera certainement chaud au coeur de l’auteur.

     Mais vous allez retrouver bientôt d’autres pages de Raimondo dans le droit-fil de toute la verdeur des propos dont il est coutumier. Je n’en dis pas plus, ce sera une surprise…emelineT

 XX

       Et les ans ont passé.

     Le marquis Adalbert Flavien Gaétan de Courcy, Grand Veneur royal, frise la soixantaine. Il n’a plus la superbe d’autrefois ; ses longues équipées à cheval ont fragilisé ses reins qui de temps à autre le font souffrir. Aussi use-t-il désormais pour se déplacer d’une litière, assez large pour y accueillir  une jolie fille chargée de lui tenir compagnie ou  lui offrir une petite gâterie qu’il apprécie à sa juste valeur. Certes, en matière de quéquette, il n’a plus la vigueur d’autrefois mais il se révèle tout de même un amant dont on apprécie le savoir-faire, à cela près que   les interludes sont plus nombreux et durent de plus en plus longtemps.

     Emeline, son épouse bien aimée, de vingt ans sa cadette a atteint la maturité mais reste toujours aussi pimpante ; on cherche vainement le moindre signe disgracieux sur sa peau, ses délicieuses rondeurs font toujours recette et sur le plan de l’amour elle reste très  performante,  une prouesse qui ravit ses nombreux admirateurs et aux nombre de ceux-ci : Guillaume.

     Le notaire a épousé la fille d’un collègue des environs, une union concertée, charge au couple de faire un héritier, qui reprendra le moment venu, l’Etude notariale. Cette brave Noémie, ainsi se nomme cette conjointe,  n’a absolument rien de bandant, et les efforts de son mari n’ont jamais réussi à la faire exulter. Ses amies lui avaient pourtant dit que l’on ressentait, dans ces moments d’intimité, de bien délicieuses sensations, mais elle n’eut jamais l’occasion de s’en rendre compte et ne chercha même pas à faire preuve d’imagination pour parvenir à améliorer les choses. Aussi, face à une désespérante situation, Guillaume n’hésita pas à se réserver quelques bons moments avec son amie Emeline, qui ne demandait pas mieux de se faire lutiner le minou, titiller le tétin ou ramoner le fessier.

     Suivant sa bonne vieille habitude, la marquise n’hésite pas à apporter, en matière d’amour, toutes les lumières de son expérience à de jeunes adolescents qui découvrent avec une telle pédagogue, les grandes joies de l’existence. Emeline s’est réservé  dans les combles du château une accueillante salle de classe ou elle dispense un enseignement de qualité qui a ravi bien des écuyers des environs. Si cette chambrette pouvait parler, elle conterait tout ce qu’elle a pu voir durant des années : des sucettes, des branlettes, des levrettes et autres galipettes, toutes ces figures de l’amour, qui pour n’être pas  courtois, apportait grande satisfaction  à ceux et celles qui le pratiquaient.

     Florian a organisé, au grand contentement de son roi, la place forte de Pouancé, dont il est désormais par édit royal, devenu le Comte.  Plusieurs fois par an, il vient à Coursy, afin de rendre visite à  sa fille, la petite Ondine, qui a trouvé refuge auprès de Renaud et Albine et leurs enfants Arnoul et Viviane. Les 3 rejetons ont grandi ensemble, instruits par un savant précepteur,  moine dans un  couvent voisin ; ils ont partagés les jeux de l’enfance puis ceux de la jeunesse. Aujourd’hui, il semble que d’autres jeux attirent particulièrement Arnoul et Ondine, jeux qui ont dépassé le stade de l’amour fraternel, pour celui d’une plus chaude intimité. A plusieurs reprises Emeline les a surpris  en quelque recoin du château, dans une attitude ne laissant aucun doute sur l’existence d’intimes relations.  Passade ou sentiment plus profond, Emeline et Albine se sont concertées au sujet de cette relation.

–         Oui Marquise Emeline, j’ai moi aussi constaté que leurs relations avaient pris un tour nouveau : des chuchotements, des promenades de plus en plus fréquentes   dans les jardins ou des retours de plus en plus tardifs, m’ont alerté. Renaud mon cher mari semble faire fi de mes craintes, mais j’appréhende, quant à moi  que cette amourette ne devienne pour nous, source de problèmes.

–         Mais enfin, quels problèmes craindrais-tu ?

–         Une naissance inattendue et en tout cas hors de propos.

–         Et pourquoi donc hors de propos ?

–          Parce que notre petite Ondine, que nous avons élevée et que aimons comme  notre fille, a tout de même un père ; il souhaite peut-être pour elle une union plus conforme à son rang.

–         Je ne sache pas que Florian se pose de tels problèmes, mais à sa prochaine visite nous lui en parlerons.

–         Il va sans dire que dans l’immédiat j’aurai un entretien avec mon fils à ce sujet. D’ailleurs je suis trop jeune encore pour devenir grand-mère.

     L’expression fit bien rire les deux femmes.

     Aude et ses baladins ont souventes fois, l’occasion de faire halte à Coursy à la grande joie d’Emilie. Les deux femmes se réservent alors quelques  moments de cette douce intimité qui perdure au fil des  années. Emeline aurait aimé que son amie reste au château et devienne sa dame de compagnie, à la suite du décès de la vieille Aglaé, mais trop habituée à la vie itinérante des bateleurs, elle n’a pu se résoudre encore à opter pour une vie sédentaire.

     L’arrivée de ces saltimbanques ravit toujours la jeune Viviane qui s’émerveille de leurs prestations, rêvant secrètement de participer à leurs jeux ; la jeune fille a sans doute hérité des chromosomes d’une  maman issue de la tribu des gens du voyage.

* * *

     Emeline profite toujours de la douce intimité du lit pour deviser avec Adalbert et l’informer sur la vie et les évènements se déroulant au château. C’est ainsi que ce soir, après quelques savoureuses gâteries, elle a abordé le sujet des amours, d’Arnoul et Ondine.

     Apprenant ce fait, Adalbert garda le silence durant un long moment, songeant sans doute aux conséquences possibles de cette nouvelle. Emeline, attendait une réponse, un avis, et pour rompre ce mutisme, pour inciter son époux à parler enfin,  elle entreprit ce délicieux va et vient qui, en général, incite aux confidences. 

–         Finalement, ces deux jouvenceaux ont devancé un projet que je ressasse depuis quelques temps. 

–         Un projet dont vous ne m’aviez pas entretenue, fit Emeline, en suspendant sa caresse.

–         J’attendais le moment opportun pour vous en faire part, très chère. Donc, dès demain nous nous rendrons chez votre ami Guillaume le notaire, afin d’y consigner, noir sur blanc, quelques dispositions.

–         Pourrais-je enfin les connaitre, si cela n’est pas trop vous demander ?

–         Ma mie, ne soyez pas si pressée, sachez prendre votre temps, et dans l’immédiat, poursuivez avec votre délicieuse bouche, la caresse que vous aviez entreprise il y a un instant.

     Emeline répondit aux désirs de son époux, tout en songeant à la sibylline expression qu’il avait prononcée : « votre ami Guillaume ». Que voulait-il faire entendre par-là ?  Elle poursuivit cependant sa besogne avec application jusqu’à ce que survienne le bienfaisant orgasme, qui mit fin à toute conversation.   

     Au réveil, ce fut Adalbert qui reprit l’entretien de la nuit.

–         Ma très chère épouse, le Ciel n’a pas voulu que nous ayons des descendants et à présent,  mon âge ne me permet plus d’espérer un héritier. Aussi serait-il bon de prévoir l’avenir ; je veux éviter que ce fief légué par mes aïeux ne soit purement et simplement  intégré au domaine royal, faute d’un porteur du nom pour me succéder.

–         Y a-t-il alors un moyen d’éviter cette confiscation possible ?

–         Il en existe, à coup sûr, et c’est la raison pour laquelle, nous allons nous rendre auprès de Guillaume le notaire,  pour y recueillir un avis circonstancié. A ce que j’en sais, c’est un homme bien sur lequel on peut se fier.

     Autrefois, cette conversation matinale se serait soldée par quelques fantaisies de bon aloi. Hélas! A cette époque, les matins d’Adalbert n’étaient plus aussi triomphants…   

     Quelques semaines plus tard le marquis, suivant les sages conseils de Guillaume signa un document, sorte de testament chargé de régler une situation post mortem.

Je, soussigné, Adalbert Flavien Gaétan de Courcy, en l’absence d’hoir, déclare vouloir reconnaitre pour fils adoptif, Arnoul l’enfant  de Renaud mon majordome et de son épouse, et lui léguer à mon décès mes biens et titres et s’il plait au Roi ma charge de Grand Veneur. A cette  donation est jointe Ondine, la fille de mon cousin Florian de Pouancé qui deviendra son épouse, ainsi que les descendants légitimes de cette union.

Les bénéficiaires assureront à mon épouse un usufruit prélevé sur les revenus  de la propriété, afin qu’elle puisse vivre décemment jusqu’à la fin de ses jours.

     Suivaient la signature d’Adalbert le donateur, et celles d’Emeline et Florian, témoins consentants des termes de cette donation.

     Cette formalité accomplie, et pour répondre au sentiment profond qui unissait Arnoul et Ondine, on songea à préparer le mariage des tourtereaux. On profita de l’occasion pour rénover la chapelle du château assurant des réparations que l’on avait trop négligées jusqu’ici. Les religieuses du couvent voisin des Clarisses s’attachèrent à broder un trousseau pour la jeune mariée et confectionner une robe blanche ornée de dentelle. On était en été et Emeline se fit confectionner pour la circonstance  une fine robe de tulle qui mettait en valeur ses rondes beautés corporelles. Florian et Adalbert mirent sans compter la main à l’escarcelle, ne lésinant jamais sur les frais que cette fête pouvait entrainer. Au cours de ces mois de préparation, Adalbert ressentit quelques malaises qui inquiétèrent son épouse, des étourdissements qui nécessitèrent l’intervention d’un apothicaire.  Ses juleps apportèrent un léger mieux, mais au fond de lui, le Marquis craignait de ne pouvoir assister à ce mariage. Il hâta donc les choses   avant que l’inéluctable ne se produise.

     Enfin le grand jour arriva ; Florian conduisit sa fille à l’autel et devant une nombreuse assistance les mariés prononcèrent le « Oui » sacramentel. L’évêque d’Orléans prononça une homélie de haute volée, souhaitant aux nouveaux époux tout le bonheur du monde au cours d’une longue vie illuminée par la présence d’une nombreuse descendance.

     Puis on fit ripaille : on dégusta les volailles rôties et la venaison fruit des battues que l’on avait effectuées dans la forêt voisine. La boisson coula à flot : le vin offert par le duc de Bourgogne, et l’élixir du Père Not que le chevalier Géraud, invité pour la circonstance, apporta en guise de cadeau. Puis on dansa la carole ; à l’époque, le branle n’avait pas encore été inventé, mais la branlette avait cours et dans les bosquets du parc quelques invités, à l’abri des frondaisons, n’hésitèrent pas à l’utiliser pour se donner du bon temps.

     A la nuit tombée, on accompagna en grande pompe les nouveaux époux jusqu’à la plus belle chambre du château, d’ordinaire réservée au roi, pour faire face à toute visite inopinée du souverain. Ondine avait revêtu, comme cela se faisait autrefois, une longue chemise de nuit en linon, nantie au niveau du bas ventre d’une large ouverture. Ce vêtement destiné  à ménager la pudeur de la jeune mariée, laissait cependant au mari la possibilité d’atteindre sans encombre le petit recoin secret qu’il avait enfin le droit de visiter. (*)

(*) Cette lingerie existait effectivement autrefois et il me faut remercier le propriétaire du château de Fontariol dans l’Allier qui m’en a  fait connaitre l’existence.

     Ondine eut tôt fait de se débarrasser de cet encombrant vêtement pour mieux ressentir les caresses de son Arnoul, qui à plusieurs reprises firent merveille.

     Quelques semaines plus tard, Adalbert ressentit de nouveaux malaises qui le contraignirent à garder le lit. Plus les jours passaient, plus il s’affaiblissait et bientôt, il entra en agonie. De temps à autre, il semblait reprendre vie, échangeant quelques paroles avec ceux et celles qui le veillaient. C’est ainsi qu’un soir, alors qu’Albine se trouvait à ses côté, il murmura dans un souffle :

–         Ma jolie Albine, tu es toujours aussi belle, comme au bon vieux temps où je t’ai connue palais du sultan Tacule. Combien  je regrette de n’avoir pu alors faire l’amour avec toi…

     D’un tendre geste, il  posa sa main sur les seins de cette femme qu’il connaissait depuis bien longtemps, mais dont il n’avait jamais gouté au plaisir de la serrer dans ses bras.  Quelque peu gênée, Albine n’eut pas  la cruauté  de repousser cette caresse, laissant à l’agonisant un dernier petit bonheur terrestre. Durant la nuit, son esprit s’en fut retrouver ses aïeux, au pays des trépassés.

     On lui fit de somptueuses funérailles, auxquelles participa, pour honorer sa fonction de Grand Veneur un équipage de vènerie, et c’est au son des cors de chasse que le cercueil d’Adalbert fut conduit jusqu’à la crypte de l’église paroissiale.

     Emeline ressentit amèrement la disparition de son compagnon pour lequel, malgré une vie parfois dissolue, elle vouait un profond amour. Durant plusieurs mois elle se comporta en honnête veuve s’obligeant à une parfaite continence, évitant de se montrer coquette avec les hommes de son entourage, vêtue de parure blanche selon l’ancestrale tradition. Mais petit à petit la solitude lui fut difficile à supporter et son  minou, laissé à l’abandon, semblait vouloir réclamer un peu d’attention. Elle eut bientôt  recours à ses petits doigts agiles, puis un matin, n’y tenant plus, elle se rendit chez Guillaume qui assura à son amie un retour à l’équilibre.

     Et la vie continua.

    Viviane, depuis le mariage de son frère, ressentait une solitude qu’elle supportait de plus en plus mal. Un matin on s’aperçut qu’elle avait quitté le château sans même avoir avisé quiconque. On la rechercha vainement ; elle avait sans doute, incitée par l’exemple de ses aïeux, pris la voie d’une vie errante.

      Mais ceci est une autre histoire. 

Raimondo – La Courneuve/Vincennes – 2010/2013emelineU

Emeline et Adalbert 19

Posted in Oulibouf on novembre 10th, 2013 by gerard – Be the first to comment

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XIX  

Florian, entendit le hurlement de douleur du roi de Chypre.

   Depuis un moment, derrière la porte du cabinet où le monarque  et Odinette s’étaient retirés, il attendait en compagnie de la reine qu’il avait conviée afin d’être le témoin de prévisibles évènements.

   Le royal cri de douleur confirma qu’un fait nouveau s’était produit ; il était temps d’intervenir.

***

   Et pendant ce temps, la marquise Emeline de Coursy se faisait ramoner son petit nid d’amour par le pimpant chevalier Géraud. En effet, lasse d’une vie un peu monotone, elle avait décidé de voyager et en particulier, aller rendre une petite visite de courtoisie au chevalier Géraud. Elle profita du passage d’Aude et de sa troupe de baladins qui allaient vers le pays d’oc, pour faire route avec eux. Bien sûr, les deux amies se retrouvèrent avec grand plaisir, ne négligeant pas toutes les gentillesses qu’elles pouvaient s’offrir lorsqu’elles avaient l’occasion de se revoir.

   Le chevalier Géraud fut ravi du retour d’Emeline et pour renouveler le moment bienheureux  qu’ils avaient vécu autrefois, nos deux amis se retrouvèrent dans cet étroit escalier en colimaçon témoin d’une mémorable levrette. Géraud fut de nouveau émerveillé par le charmant spectacle de la croupe ravissante qui s’offrait à lui.

–         – Marquise, votre  cul est toujours aussi ensorcelant.

–         – Je vous en prie, chevalier, laissez agir le sortilège…

   Et il laissa agir le sortilège, et Emeline apprécia.

   La nuit fut fertile en évènements, d’autant que la belle Aude vint se mêler à l’intime fête. Géraud, avait déjà connu au cours de  sa vie amoureuse diverses agréables expériences, mais  il découvrit avec satisfaction le plaisir, nouveau pour lui de l’amour à trois. Le castel résonna sous les « aaaaaaaah !!!! » les « ooooooooh !!!! » les « encore !!! », les « que c’est bon !!!! » et autres réflexions tout aussi originales.

   La veille de leur départ, la troupe de baladins offrit en plein air un spectacle de qualité, apprécié par les nombreux nobliaux des alentours conviés par Géraud. On fit bombance ; on usa, et même abusa, de la fameuse boisson anisée du révérend père Not, et la plupart des invités s’endormit  malgré les accents lyriques d’un troubadour, un  certain Gauvin (ou Gaudin, les historiens ne sont pas d’accord à ce sujet)  récitant quelques fabliaux de l’époque. Géraud, que ces récits ne semblaient pas spécialement  passionner outre mesure, en profita pour lutiner une accorte soubrette qui passait par là, et qui ne demandait pas mieux que de s’offrir aux câlineries du fougueux chevalier.

D’aucuns  pensent que ce joyeux interlude a pu produire la descendance bâtarde du chevalier, descendance qui perdure de nos jours, comme il déjà été fait mention. (Note de l’éditeur)

* * *

   Et pendant ce temps-là, en Méditerranée, la reine de ces lieux, soudain s’est écriée :

–         – Que vois-je ? Le roi mon mari, en train de forniquer avec une nonne !

–         – Disons plutôt, intervint Odinette, pour rétablir la vérité, que votre cher époux tentait de me violenter. Il m’a fallu agir avec rudesse pour m’éviter le traitement qu’une religieuse n’est pas en droit d’attendre.

–         – Gédéon mon roi, (le roi de Chypre de l’époque portait en effet ce ridicule prénom), est-ce bien ainsi que les choses se sont passées ?

   Le monarque ne répondit rien, tout occupé à masser ses parties génitales qui le faisaient terriblement souffrir.

   Ce silence permit à Florian d’informer la reine de  tous les évènements qui motivaient sa présence ici.  Ainsi  apprit-elle l’existence de Renata, son enfance dans une famille d’accueil, la décision royale de la faire disparaître en la cloitrant dans un monastère vénitien, ainsi que son actuel devenir. Odinette confirma la version des faits. On laissa en tête à tête les époux royaux pour leur permettre de régler leur problèmes conjugaux.

   Quand ils furent seuls, et contre toute attente, Odinette fondit en larmes. Florian s’empressa, la serrant affectueusement contre lui en attendant qu’elle se calme.

–         – Tu ne peux imaginer, l’horreur qui m’a saisie lorsque cet abject personnage a posé ses mains sur moi ; et lorsqu’il a tenté de fouiller mon intimité cela dépassa tout. Certes, il m’est souvent arrivé dans la vie, d’octroyer mes faveurs  pour obtenir un renseignement ou réussir une mission, mais aujourd’hui cela me fut impossible.

–         – Tu n’avais pourtant pas à priori écarté cette possibilité.

–         – Oui, mais depuis que je te connais, les choses ont bien changé…

   N’était-ce pas là une déclaration d’amour ? Nos deux héros n’étaient-ils pas en train de succomber aux charmes d’une ardente flamme qui allait générer pour eux un nouveau destin ? Le silence qui suivit les laissa chacun à d’intimes réflexions sur un devenir commun.

   Le roi, dont les couilles endolories commençaient à le faire moins souffrir, dut s’expliquer auprès de la reine qui n’avait pas apprécié,  et l’existence de Renata et le petit intermède qui s’était déroulé avec la sœur Sidonie. La souveraine laissant entrevoir une séparation qu’elle comptait demander sans plus tarder auprès du tribunal papal, le piètre Gédéon s’enferra dans de vagues explications et reconnu finalement, pour mettre fin à la fureur de son épouse, que cette Renata n’était peut-être pas  une sienne fille et qu’il valait mieux oublier son existence. Quant à son attitude avec la nonne il admit qu’il avait, par on se sait quelle intervention satanique, perdu l’esprit durant un instant.  Pour se faire pardonner il entreprit de se montrer galant avec son épouse.

   Ce doux rapprochement régla une fois pour toute,  les problèmes du couple. La reine fut trop heureuse de se laisser chahuter le minou par son époux ;  à plusieurs reprises elle succomba  aux frôlements continus de ses rondeurs et aux bienfaits d’un sexe envahissant. Elle n’hésita pas, lorsque la royale quéquette semblait perdre de la vigueur, à user de ses douces mains pour de revitalisants va-et-vient qui firent merveille. Cette heureuse initiative affirma sa volonté de donner désormais à l’intimité de leur couple,  une tournure plus éclatante et   plus variée. 

   On remercia Florian, et par son intermédiaire le roi de France qui l’avait dépêché à Chypre : l’affaire Renata était close. La reine sut gré à sœur Sidonie de ne point  garder rancune à son époux pour son inqualifiable conduite.  En d’autres temps, Odinette aurait regretté de n’avoir pas subi les derniers outrages, mais désormais elle s’était trop attachée à Florian pour succomber aux caresses d’un autre, fut-il roi.

   De nombreux mois plus tard, nos deux compagnons, mission accomplie, arrivèrent à Dijon. Il était temps,  Odinette était sur le point d’accoucher : fruit d’une passion partagée, un enfant allait naitre pour leur plus grande joie. 

   Mais le mauvais sort intervint et après avoir donné le jour à une magnifique fillette, Odinette s’en alla au pays des anges, laissant Florian dans la tristesse et le désespoir. Certes il trouva quelque réconfort auprès de la duchesse de Bourgogne qui l’entoura de sa sollicitude, mais la disparition de la belle au suave parfum le toucha bien plus qu’on aurait pu l’imaginer. Désormais il se devait de songer au devenir de la petite « Ondine » qui se promettait d’être aussi belle que sa maman.

* * *

   Son escapade en Provence terminée, Emeline regagna Coursy. Elle  fit, en cours de route, quelques succulentes rencontres, bien nécessaires pour calmer les ardeurs d’un corps toujours aussi demandeur de ces gentillesses qui sont le sel de la vie.  Elle apprécia la brouette ardéchoise ainsi que le chimpanzé en rut et montra à ces amants de passage les bienfaits d’une langue inquisitrice ou la douceur des caresses de sa blonde chevelure.

   A son  arrivée au  château, elle fit la connaissance de la jolie Viviane, fille de Renaud et Albine qui s’éveillait à la vie. Aglaé, fidèle au poste, se pressa de lui  préparer un bain chaud durant lequel Emeline lui conta toutes les belles aventures qu’elle avait vécues durant son voyage. Les deux femmes gardaient toujours cette complicité qui les unissait de longue date.  Aux cuisines on se hâta  de  confectionner un bon diner pour célébrer le retour de la maitresse de maison.

   Dans les jours qui suivirent, la marquise se rendit à l’étude notariale, où régnait une certaine effervescence. En effet on préparait le mariage de  Guillemette avec son ami Roland, un mariage forcé que le père dut se résoudre à accepter lorsqu’il découvrit, tout à fait incidemment dans un des salons privés de la maison, sa fille, tout vêtement retroussé, manifestant son plaisir sous les coups de boutoir de son amoureux. Cette posture ne laissait aucun doute sur l’état des rapports de sa fille avec son ami, et pour éviter d’avoir à affronter une maternité hors mariage, il s’était résolu à accepter l’union de ces deux jeunes gens. Après tout, le père de Roland, le riche meunier de la région, gratifiant son fils d’une coquette rétribution financière, les choses allaient pour le mieux.  Quoi qu’en dise le proverbe, l’argent participe au bonheur des individus…

   Guillaume s’octroya un moment de répit pour offrir à la marquise son amie, quelques bienfaisantes douceurs qu’elle accepta avec grand plaisir. Après tout n’était-elle pas venue ici pour y chercher ce petit bonheur. Comme à chaque fois qu’ils se retrouvaient, les deux amants retrouvaient la complicité habituelle dont ils étaient friands.

   Dans les jours qui suivirent, et comme l’automne touchait à sa fin, et de ce fait l’arrêt des chasses royales,  Adalbert s’en revint dans ses terres. Bien sûr son épouse lui fit fête et comme à chaque retrouvaille les deux époux, durant plusieurs jours quittèrent très peu le lit conjugal, tout à la joie de se mignoter, de se papouiller, de se suçoter, de se faire toutes les  gâteries habituelles propres à renouer leur chaude intimité.

   Il fallut, malheureusement faire face aux aléas de la vie et le passage de Florian à Coursy apporta les tristes nouvelles. Nul ici n’avait eu l’occasion de connaitre Odinette, mais sa disparition peina tout un chacun. Albine, toujours aussi raisonnable et nantie d’un bon sens  pratique,  s’enquit  du devenir de la  petite Ondine.

–         – Elle est pour l’heure auprès de la Duchesse de Bourgogne, nourrie par les soins d’une nourrice, une plantureuse bourguignonne, ayant du lait à revendre. Lorsqu’elle sera sevrée, peut-être la conduirais-je dans ma famille, en Anjou, où ma vieille marraine pourra  sans doute veiller sur elle.

–         – Mais mon cher Florian, intervint Emeline, ta famille est ici et c’est à Coursy que la petite Ondine grandira.

–         – Avec nos enfants, ajoutèrent presque ensemble, Renaud et Albine.  

   Ce soir-là, face à la cheminée du grand salon, régnait le  souffle d’une profonde amitié ; à la chaleur de l’ âtre, se mêlait celle du tendre attachement qui unissait tous ces héros, heureux d’évoquer les souvenirs communs de leurs équipées d’autrefois.  

   On se quitta pour la nuit. Florian, seul dans son lit, ressentit comme chaque soir le poids de la solitude : il fut long à s’endormir. Et soudain, était-ce un rêve ou la réalité, il discerna  près de lui, la douce présence d’un ange tutélaire : Aglaé avait rejoint sa couche et le tenait serré contre elle avec tendresse d’une mère et la passion d’une amante.  Au matin, Florian s’aperçu que ses draps étaient souillés.

   Dans les jours qui suivirent on mit sur pied quelques projets. Emeline et Adalbert s’étaient  décidés à  voyager un peu afin de rendre visite à Marco et à Renata. Emeline avait émis  cette bonne idée, acceptée aussitôt par son époux alors qu’ils étaient  occupés, sur un confortable fauteuil, au petit jeu du A dada sur mon bidet,  lorsque la marquise se souvint des bons moments passés avec le brave Marco, dépucelé par ses soins délicats.

   Il était temps pour Florian d’aller rendre compte au roi de France, des suites de son ambassade à Chypre. Au palais, le roi fut soulagé d’apprendre le succès de sa mission.

–         – Voilà qui est parfait, car  ce roitelet commençait vraiment à me gâcher la vie avec sa bâtarde.   

–         – Soyez assuré qu’il n’en sera plus question désormais. Vous n’avez plus rien à craindre de ce velléitaire, pas plus que de l’intervention des turcs, empêtrés actuellement dans leurs problèmes de succession.

    C’est le roi lui-même qui  apprit à Florian le trépas, au cours d’une chasse, de son père et de son frère ainé. Ces décès faisaient de lui l’héritier du fief familial, une seigneurie aux confins de l’ Anjou, autour de la ville de Pouancé. 

   Ce domaine situé sur des terres relevant de l’ autorité du roi de France, se trouvait très proche de la Bretagne, indépendante, dont les comtes lorgnaient, depuis longtemps les terres françaises et nourrissaient des rêves d’extension. Derrière ses fortifications et son château,  Pouancé se trouvait à l’abri d’un envahisseur. Le roi décida d’en faire une place forte, dont Florian assurerait la mise en place et le commandement. Habitué à la vie aventureuse qu’il avait menée jusqu’à présent, celui-ci se demandait si cette nouvelle vie lui conviendrait ; mais l’autorité royale ayant dit, il  lui fallait obéir.

   Avant de quitter Paris, il prit le temps de flâner dans les rues de la capitale. Par hasard, dans une étroite venelle, il fut attiré par une lanterne diffusant une lueur rougeâtre. Il sourit, se souvenant que  lors de son séjour à Montpellier, il avait fréquenté ces lieux dits de mauvaise vie. Il songea qu’il était peut-être temps, sans effacer toutefois le souvenir d’Odinette, de reprendre quelque  goût à la vie.

   En compagnie d’une jeune femme au charme ravageur, il passa un long moment, retrouvant les gestes tendres de l’ amant qui s’épanouit sous les caresses expertes de cette magicienne de l’amour. Ce très agréable intermède lui fit oublier un moment,  la peine immense  qui l’étreignait encore.

Raimondo (à suivre) – 2013

Emeline et Adalbert 18

Posted in Oulibouf on septembre 10th, 2013 by gerard – Be the first to comment

emelineRXVIII

Florian avait donc pris la route du sud afin de regagner Marseille et pouvoir par la mer se diriger vers Chypre. Il avait revêtu le costume rouge et bleu des messagers royaux, habit qui le distinguait et lui assurait aide en toutes occasions de la part des membres de l’administration royale A plusieurs reprises, il fit étape dans quelques castelets où on lui assurait le gite et le couvert.

Il avait fait halte à Dijon dans l’espoir de passer un agréable moment avec Odinette, dont il appréciait de plus en plus le charme évident ; il fut déçu de ne l’y point trouver, la Duchesse de Bourgogne lui ayant confié quelque tâche à accomplir  sous  d’autres cieux. Cette absence, on s’en doute le contraria fortement, et la pâle compensation que put lui procurer une suivante de la duchesse, ne lui apporta qu’une détente hygiénique, loin de laisser un impérissable souvenir.

Amer et dépité  par sa décevante étape dijonnaise, il reprit bien vite son chemin, songeant qu’Odinette tenait de plus en plus de pace en son esprit. Il est vrai qu’elle ne manquait pas de qualités et dans la vie courante elle savait faire face à la moindre situation si délicate soit-elle ; et au lit… Florian évitait de trop penser à de très intimes souvenirs qui le chaviraient énormément et lui mettait le sexe en ébullition.

Puisqu’il allait devoir informer le roi de Chypre de la vie de sa fille, il songea qu’une halte à Chambéry serait une excellente initiative. On se souvient que Renata, cette fille naturelle du souverain cypriote, avait épousé Humbert, bâtard du comte de Savoie ; Florian se donna donc l’occasion d’avoir de fraîches nouvelles de cette jeune femme  soustraite grâce à lui à l’avenir monacal qu’on lui destinait. Il n’oubliait pas non plus qu’il avait éveillé Renata aux mystères de l’amour et à sa souvenance il gardait le souvenir d’une partenaire d’excellence tenue.

Nos deux amis se retrouvèrent avec plaisir et s’étreignirent tout à la joie d’être à nouveau réunis après de longs mois. Florian profita de cet intime moment pour laisser s’égarer ses mains çà et là sur le corps toujours aussi désirable de la savoureuse Renata. Mais celle-ci eut un geste de recul :

–         Florian, sois raisonnable, je suis une épouse fidèle et loyale envers son époux : restons bon amis désormais.

Ce qui en d’autres termes signifiait : « Nous avons bien baisé ensemble autrefois, ce n’était pas mauvais, mais aujourd’hui, je baise avec un autre et cela suffit à mon bonheur ».

Pauvre Florian, décidément ses étapes ne lui apportaient, en matière d’amour, que de cruelles déceptions ; il écouta d’une oreille distraite le récit de son amie contant sa vie à la cour de Savoie, mais avait grand hâte de reprendre au plus vite son chemin  vers les régions phocéennes.

 Il allait se remettre en route, déclinant l’offre de gite qui lui fut faite, lorsque raisonna dans la cour du château, le pas d’un cheval monté par quelque messager. Par un de ces miracles que réserve la vie, le messager était en fait une messagère : une nonne. On l’aura compris, il s’agissait d’Odinette, partie à la recherche de Florian. Du coup, il fut décidé que nos deux chevaucheurs, passeraient la nuit au château savoyard après avoir profité d’une savoureuse raclette. 

(Note de l’éditeur : d’aucuns pourront se demander si la raclette existait à l’époque médiévale ; question superflue et inutile. Je pense personnellement que l’érudition bien connue de Raimondo, ne peut en aucun cas être mise en doute et le fait culinaire qu’il apporte à son récit doit être considéré comme indubitable. Et qu’on se le dise !) 

Florian et Odinette avaient évité, aux yeux de leurs hôtes, de monter toute connivence : lorsqu’on est messager  du Roi, il faut savoir taire les secrets d’Etat et user de la plus grande discrétion ; mais dès qu’ils furent seuls, vint le moment des explications.

–         Par quel miracle, belle Odinette, es-tu ici ce soir ?

–         Il sera temps de te le faire savoir le moment venu, mais pour l’heure, j’ai grande hâte de goutter comme il se doit nos retrouvailles.  

Et ils gouttèrent et même regouttèrent à plusieurs reprises ces doux moments de passion dont l’éloignement les avaient privés. Florian fit découvrir à son amie les bienfaits de la roulade savoyarde et celle-ci n’hésita pas à imaginer, pour la circonstance,  le grand galop chambérien qui leur tira des « aaaaaaaa!!!! » de satisfaction et des gémissements de jouissance.  Puis, suivant son habitude, Odinette offrit ses délicieuses fesses à la caresse de Florian, pendant qu’elle lui contait les circonstances de sa venue en ces lieux.

  De retour à Dijon, après avoir accompli une fois de plus, quelques tâches confiées par la Duchesse, j’ai appris par celle-ci, ton passage ainsi que les raisons que t’imposait le service royal. L’idée m’est alors venue de me joindre à toi pour t’assister dans cette délicate tâche auprès du souverain cypriote. La Duchesse à qui j’en ai fait part a trouvé l’idée excellente et m’a donné toute latitude pour quitter momentanément son service.

Je suis partie à ta recherche, me suis renseignée dans les relais, et me voici. Si l’idée de me savoir auprès de toi ne te convient pas, dis-le moi franchement et je m’en retourne aussitôt à Dijon »

Pour toute réponse, et pour celer  un accord évident, Florian accentua sa caresse et la prolongea jusqu’à l’explosion de la belle Odinette, qui, en retour, n’hésita pas de sa bouche ravissante à contresigner ce pacte d’alliance. 

*****

Et pendant ce temps-là, à Coursy, la marquise Emeline poursuit une vie heureuse. De temps à autre, Adalbert Flavien Gaétan, son grand veneur d’époux vient lui rendre visite et lui prodiguer quelques gâteries : ce sont alors des jours de liesse et des nuits de folies, tous deux appréciant le plaisir de se retrouver et d’échanger de brûlantes caresses. Adalbert rapporte à Emeline, les potins de la cour de France, évitant par bienséance de faire part de ses  bonnes fortunes auprès de suivantes de la Reine. Emeline détaille par le menu les fêtes qu’elle organise au château, s’abstenant, bien sûr de conter les intimes rencontres avec de jeunes gentilshommes qui  apporte apaisement à ses sens.

Il faut cependant avouer que notre marquise commençait à se lasser de cette vie provinciale ; elle repensait souvent  avec nostalgie à cette longue équipée cypriote qui lui avait ouverts maints horizons. Parfois, et même assez souvent, alors qu’elle se faisait un petit plaisir manuel, elle songeait avec une certaine nostalgie au fringant chevalier Géraud qui lui avait laissé d’inoubliables souvenirs.

L’avenir le dira, elle vivra, à n’en pas douter,  d’autres passionnantes aventures…

*****

Durant les quelques semaines d’une monotone traversée, Florian et Odinette, outre de chauds moments intimes,  s’employèrent à mettre au point  une certaine stratégie capable de calmer la fureur du roi de Chypre, mécontent d’apprendre la disparition de sa fille. En particulier, il avait été convenu qu’Odinette, devenue pour la circonstance Sœur Sidonie,  revêtirait son costume de nonne, pour se présenter au monarque.

Le respectable costume, ne calma pas pour autant la fureur du souverain qui d’emblée se déchaina contre Florian :

–         Chevalier, je vous avais fait crédit en vous confiant ma fille pour la conduire à Venise où des religieuses devaient la recevoir, l’initier au service de Dieu, et j’ai appris  qu’elle n’avait  jamais rejoint le monastère que je lui destinais. Si ce n’est pas trop vous demander, expliquez-moi par quel mystère elle a disparu dans la nature.

–         Sire, il ne s’agit pas d’un mystère mais plutôt d’une de ces péripéties que réservent les voyages en mer. La respectable religieuse qui m’accompagne pourra corroborer mon récit.

Et Florian se lança dans une longue digression, disons plutôt une divagation, ayant pour but d’informer le souverain sur la disparition de sa fille.   

 » Nous naviguions sur le Poséidon en vue de Venise, lorsque nous fûmes accostés par une frêle barquette dans laquelle une dizaine d’individus nous demandèrent secours. A peine furent-ils sur notre voilier, qu’ils nous immobilisèrent tous, sauf votre fille qu’ils enlevèrent, sans que nul ne puisse s’y opposer. A la faveur de la nuit tombante ils disparurent à mon grand désespoir. » 

–         Sire, poursuivit Odinette,  à Venise où j’étais venue prendre en charge votre fille pour  la conduire dans notre monastère, ainsi qu’il avait été prévu, le capitaine du Poséidon et le chevalier Florian, au bord des larmes m’ont narré le pénible drame qu’ils venaient de vivre.

–         N’écoutant que mon courage, je suis aussitôt parti à  la poursuite de ces malfrats  dont on nous avait signalé la présence dans les environs. Des mois durant, chevauchant quinze heures par jours, j’ai parcouru la Vénétie, la Lombardie  et toutes les villes du piémont, sans ménager ma peine, à l’affut du moindre indice recueilli çà et là. Je….

Le roi, écoutait d’une oreille distraite le récit de Florian ; il fixait d’un œil  perçant cette religieuse à la troublante silhouette dont le parfum musqué avait envahi le salon ; des images peu séantes naissaient en son esprit, d’impures envies surgissaient, qu’il avait peine à chasser.

Et Florian contait, narrait, relatait sa chimérique épopée à la recherche  de Renata, jusqu’au moment où il annonça que la belle enfant avait été retrouvée auprès d’un obscur hobereau qui en avait fait son épouse.

–         Ma fille mariée !!!  Et qu’attendiez-vous pour m’en aviser ?

–         Sire mon roi, sur la bible et sur les cendres de mes aïeux je jure que j’étais sur le point de revenir vous en informer, lorsque le roi de France, devançant mes intentions, m’a enjoint de venir  auprès de votre majesté pour la tenir informée des évènements concernant sa fille.

–         On a pensé, poursuivit Odinette d’un ton douceâtre que ma présence pouvait être le gage de la véracité de ces faits.

Une fois encore, la suave voix d’Odinette, réveilla les troublants désirs royaux, mais il poursuivit, tachant de calmer les ardeurs inavouables qui le tenaillaient.

–         Tout ce que je constate,  c’est que ma fille n’a pas rejoint le monastère que je  lui destinais ; et que je lui destine toujours, ajouta-t-il en martelant ses mots.

–         Si je comprends bien, malgré les circonstances nouvelles, et si je traduis votre pensée sans en altérer le teneur,  intervint Odinette, vous souhaitez que l’on rompe l’union maritale de  votre chère enfant et qu’on la  conduise à Venise, pour  prononcer ses vœux de religieuse ?

–         Absolument !

–          Ainsi sera-t-il fait selon le désir de votre majesté.

A cette déclaration, succéda un grand silence : Florian était abasourdi entendant ces propos, qui sortaient du cadre de la stratégie prévue ; quant au roi, il  ne s’attendait pas à telle proposition qui mettait fin à toute négociation.

–         Sire, il nous faudra mettre au point  la conduite à tenir pour accéder à vos désirs, mais pour l’heure, permettez à la servante du Seigneur de se retirer en la chapelle du palais  pour y réciter l’office de sexte, que sa fonction lui impose.

Les visiteurs quittèrent le salon royal accomplissant le rituel  prescris par l’étiquette : révérence, génuflexion etc. etc… Et le roi ne put quitter des yeux l’élégante silhouette de la sœur Sidonie qui s’éloignait.

Bien sûr, dès qu’ils furent seuls, Florian demanda à Odinette ce que signifiait cette proposition, qui n’était pas prévue.

–         Ne t’inquiète pas, j’ai avancé cette proposition lorsque j’ai compris  cet âne bâté de roi, têtu comme une mule  ne reviendrait pas,  sur son idée de faire de sa fille une religieuse. Il va donc falloir se montrer plus malin.

–         Certes, mais comment ?

–         J’ai constaté que ce roi avait fâcheuse tendance à me regarder de façon assez peu respectueuse vis-à-vis de la nonne que je suis sensée être. En d’autre terme, je suis persuadée qu’il aimerait certainement passer quelques bons moments en ma compagnie.

–         Et tu accepterais ces « bons moments » ?

–         S’il le fallait…  Après tout l’essentiel  est de parvenir à nos fins et calmer une fois pour toute, les désirs insensés de ce roitelet au sujet de l’avenir de sa fille.

Florian, connaissait l’imagination débordante de son amie pour trouver des solutions adaptées aux circonstances, mais il répugnait de la voir s’offrir aux caprices royaux. Lui qui n’avait jamais éprouvé, au cours de ses nombreuses expériences amoureuses,  le moindre sentiment de jalousie, en éprouvait tout à coup la morsure cuisante. Et la fine Odinette s’en aperçut ; aussi, pour calmer les contrariétés  de son compagnon, se fit-elle soudain la plus tendre des femmes, la plus experte aux jeux de l’amour, lui prodiguant les plus tendres caresses, les plus folles cajoleries, les plus exceptionnelles éreintes,  les menant tous deux au summum d’un plaisir qui les terrassa.

Ils s’éveillèrent soudain car on frappait rudement à la porte, et de façon insistante.

–         Sœur Sidonie, le roi désire votre présence immédiatement !

I l était temps de se rhabiller…

Odinette, sous la conduite du majordome royal fut introduite dans un coquet cabinet privé, où le roi, légèrement revêtu d’une tunique de soie bleue, attendait en souriant son arrivée.

On parla de chose et d’autre avant que le souverain, qui s’était approché très près de son invitée et lui avait pris la main, interrogea soudainement :

–         Comment une jeune femme aussi ravissante que vous a-t-elle pu prendre la décision d’entrer dans les ordres ?

–         Mais Sire, je n’ai rien décidé ; on a décidé pour moi, tout comme vous êtes en train de le faire pour votre Renata. Vous le savez très bien, les pères décident, les filles obéissent et leur avis est superflu. On n’imagine même pas qu’elles puissent en avoir un.  

–         Mais moi je suis le roi et le Ciel m’a donné tous les droits, tous les pouvoirs.

–         Y compris celui de disposer d’une fille que vous ne connaissez même pas, dont vous ne vous êtes jamais préoccupée et dont le bonheur ne vous intéresse pas.

–         Mais qui êtes-vous pour vous adresser de la sorte à un roi ? 

–         Sire, je suis une femme, qui elle, se préoccupe du bien-être de ses semblables.

–         Eh bien si vous êtes une femme, je tiens à m’en rendre compte dans l’instant.

Le roi, sans aucun respect pour cette nonne pleine d’arrogance, aventura ses mains sur ce corps à la recherche des agréments qui font le bonheur des hommes, les seins, les fesses, qu’il palpa avec insistance à travers la robe de bure, qu’il releva bientôt afin d’atteindre une intime peau douce.

C’en était trop. Odinette ne put accepter la caresse impie de ce monarque sans pudeur. Elle se débattit pour refouler ces mains fouineuses qui tentaient de l’envahir.

–         Sire,  je vous prie de cesser cette conduite indigne d’un roi, sinon….   

–         Sinon ?

Pour toute réponse, Odinette leva très haut son genou et le roi de Chypre se mit à hurler en  tenant ses couilles endolories….

Raimondo (à suivre)- 2013

Emeline et Adalbert 17

Posted in Oulibouf on juillet 10th, 2013 by gerard – Be the first to comment

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XVII

 Dans les longs couloirs du palais ducal dijonnais, Florian se laisse guider par Odinette. C’est une très jolie femme au corps harmonieux que l’habit de nonne dans lequel il l’avait rencontrée ne mettait pas en valeur ; dans le bliaud qui la moule Florian est émerveillé et de coquines pensées commencent à lui trotter dans l’esprit. Il aimerait en savoir plus sur elle, sur ses activités, sa vie, mais pour l’heure, il se contente d’observer un silence poli, en se laissant griser par les fragrances qu’elle dégage.

Ils se retrouvent dans un logement situé à l’extrémité du palais dont les fenêtres donnent sur un parc magnifique ou croissent des arbres et plantations florales de toutes sortes. Une jeune soubrette, affectée au service d’Odinette entretient les lieux, et en cette fin de jour, elle a préparé un copieux souper arrosé d’un succulent vin de Beaune que les convives apprécient à leur juste valeur. Florian profite de ce moment d’intimité pour évoquer sa vie, ses activités auprès du Roi et surtout, puisque sa présence le justifie, ses rapports avec Marco.

         _Et vous, chère  Odinette, si  vous me permettez de vous appeler  ainsi, qui êtes-vous ? Je ne connais de vous que votre inoubliable parfum.

Cette remarque la fit sourire ; elle prit alors la main de son hôte et le conduisit vers une douillette chambre parée de tentures colorées dans laquelle une cheminée dispensait une douce tiédeur. Et là sous les yeux émerveillés de Florian elle se dépouilla de son bliaud apparaissant complètement nue.

        _ En religieuse, vous étiez charmante, le bliaud vous conférait une allure enchanteresse, ainsi parée de votre seul parfum vous êtes féérique.

        _ Florian mon ami, vous êtes un charmeur et un si joli compliment mérite récompense.

Florian fut récompensé comme il se doit et Odinette ne put qu’apprécier la maestria dont, en réponse, il fit preuve.

Après quelques délicats préliminaires, faits de tendres frôlements, d’effleurements furtifs, d’enlacements passionnés, vinrent les embrassades enfiévrées, bientôt suivies de folles étreintes aptes à faire naitre des fourmillements précurseurs à d’autres ébats menant vers l’extase. Quand Florian s’immisça dans l’antre feutrée qui s’était ouverte, impatiente de le recevoir, Odinette montra aussitôt  par ses longs gémissements toute la satisfaction qu’elle en avait éprouvée. Au cours des longs va et vient qui suivirent, elle fut à plusieurs reprises frappée par un bienfaisant plaisir ;  Florian se donna alors le droit d’exploser à son tour.

Ils s’endormirent comme s’endorment tous les amants après l’amour, terrassés par le plaisir.

Lorsqu’ils revinrent à la réalité, Odinette, couchée sur le ventre exposait une croupe musclée, que Florian regrettait d’avoir un peu trop délaissée jusqu’ici. Avec  douceur, il caressa cette splendide anatomie, pendant que la jeune femme l’informait de son rôle dans la disparition de son ami Marco.

Odinette, fille de petit artisan aisé, avait eu de privilège de poursuivre des études dans une institution monacale. C’est là qu’elle avait connu celle qui devait devenir la Duchesse de Bourgogne du temps où elle était simple pensionnaire  au couvent dans l’attente de prononcer des vœux de religieuse. Toutes deux avaient sympathisé et échangé maintes confidences. Lorsqu’elles se séparèrent, les deux amies promirent de ne jamais perdre le contact.  Et de fait, Odinette devint, le moment venu, l’une des suivantes de cette amie devenue  Duchesse de Bourgogne.

Un jour qu’elles évoquaient de vieux souvenirs, la Duchesse émit le désir de retrouver la Sœur Bénédicte dont elle n’avait plus aucune nouvelle. L’idée vint à Odinette de partir à la recherche de cette nonne qu’elle avait vaguement connue autrefois. Et pour dissimuler la raison  de ses prospections, elle adoptait souvent pour aller et venir, le costume des moniales que tous  respectent en général.

–        _ Je me suis heurtée à quelques difficultés mais j’ai finalement retrouvé cette Sœur qui vivait des jours malheureux dans un couvent où elle servait, pour expier ses fautes, de bonne à tout faire. Heureusement, grâce à la bienveillante intervention de la  Duchesse, sa situation a bien changé. Demain nous irons lui rendre visite ; elle vous parlera de Marco.

*****

Et pendant que Florian allait de découvertes en découvertes, au manoir de Coursy, Emeline surveillait avec attention les travaux d’embellissement qu’on y avait entrepris. Chaque jour elle inspectait avec le maître d’œuvre l’avancée de l’ouvrage et chaque jour ce dernier assurait, répondant aux légitimes questions d’Emeline : « Tout va très bien Madame la Marquise ».

Note de l’éditeur: Ce qui tend à prouver que l’expression que l’on croit devoir à Monsieur Paul Misraki, est en fait une phrase datant du Moyen-Age, que le génial Raimondo, notre érudit, a retrouvé au cours de ses recherches historiques. Qu’il soit ici assuré de notre gratitude pour sa contribution aux Sciences humaines en général et à Gigaproduction en particulier.

Adalbert Flavien Gaétan de Coursy avait regagné la Cour de France pour y assurer ses fonctions de Grand Veneur auprès de son roi ; Emeline, de ce fait, se sentait parfois un peu seule et quémandeuse de tendresse. Aussi organisait-elle des fêtes, au cours desquelles, il se trouvait toujours une bonne âme pour lui apporter un peu de bien-être dans l’intimité ; elle inventa pour l’occasion, le menuet de la marquise, qui, on le sait,  comporte toujours plusieurs figures…

*****

Florian, tout en écoutant le récit d’Odinette, n’avait cessé de caresser la magnifique croupe qui s’offrait à lui. Au fil des minutes sa main devenait de plus en plus fureteuse et ses doigts plus insinuants

        _ Mon cher Florian si vous continuez ainsi, je sens que je vais bientôt exploser.

Et de fait, elle explosa. Et même elle explosa à plusieurs reprises. Enfin repue, elle remercia son bienfaiteur ; une bouche goulue, une langue tournoyante, infligèrent  à Florian ce merveilleux supplice dont le propre est de libérer les trop-pleins d’énergie.

Le lendemain, deux cavaliers, dont une nonne revêtue de bure grise, la tête enserrée dans une guimpe blanche, se dirigeaient vers Saint Apollinaire, situé à quelques lieues de Dijon, au couvent des Ursulines. En chemin ils croisèrent des paysans qui, avec déférence, saluaient cette religieuse que Florian regardait respectueusement par égard au costume qu’elle portait, mais qui ne pouvait oublier cette dualité capable de  transformer en une impétueuse furie, celle qui prenait parfois l’allure d’une auxiliaire de Dieu.

Au couvent, ils rencontrèrent Sœur Bénédicte, devenue par l’intermédiaire de la Duchesse de Bourgogne  abbesse de la communauté ; elle conta sa malheureuse aventure avec le jeune prêtre qui avait fait battre son cœur.

 » Lorsque nous nous sommes aperçus que j’étais enceinte, mon jeune amant organisa notre fuite. Nous nous retrouvâmes à Padoue où il avait fait ses études théologiques. Hélas pour moi, il disparut soudainement, me laissant seule, à la veille d’accoucher. Des religieuses me recueillirent par charité dans l’attente de mes couches, mais il était hors de question qu’elles se chargent de cet enfant du péché qu’on déposa, comme cela se fait d’ordinaire, dans le porche d’une église. Dès lors je n’ai plus jamais entendu parler de cet enfant, qui pour moi restait l’enfant de l’amour. »

  Sœur Bénédicte observa un long silence, durant lequel elle se remémora la vie pénible qui désormais fut la sienne ; comme une quelconque sœur converse elle fut affectée aux travaux ménagers les plus pénibles qui soient, afin d’expier  le péché de la chair qu’elle avait commis.

       _  Heureusement ces douloureuses années sont révolues. Grâce à mon amie la Duchesse et aux incessantes recherche d’Odinette, je vis des jours heureux et j’ai enfin le bonheur de connaitre mon fils….

   _ Dont je ne sais toujours pas ce qu’il est devenu, interrompit Florian.

     _   Ne soyez pas préoccupé pour lui, le Duc de Bourgogne, à la demande de son épouse, mon amie,  l’a enrôlé parmi les écuyers.

      _  Actuellement, il est à Chevigny, non loin d’ici, où il s’occupe des chevaux de l’écurie ducale,  ajouta Odinette.

Durant le voyage de retour à Dijon, Florian resta pensif ; il ne pouvait effacer de son esprit le récit de Sœur Bénédicte ; il n’admettait pas le sort cruel qu’on lui avait infligé et déjà il avait en tête quelques projets de représailles.

On imaginera volontiers l’allégresse qui s’empara de Marco lorsqu’il retrouva enfin son ami Florian, venu en compagnie d’Odinette, dans la petite cité de Chevigny.

Marco travaillait dans les écuries ducales, s’initiant, aux diverses tâches de la filière équine.  Sans cesse par voies et par chemins, les grands personnages de l’époque, se devaient de prêter une attention  particulière à ce moyen de transport usuel en entretenant des écuries où l’on soignait ces animaux chargés de leurs déplacements. Le duc de Bourgogne possédait, à quelques lieues de son palais, à Chevigny, de luxueuses écuries que menait d’une main de fer, depuis quelques décennies un oncle d’Odinette, Jehan. C’est lui qui ce matin-là accueillit les visiteurs.

        _ Je suis aise,  ma chère nièce, de te voir décemment vêtue  et non avec cette robe de bure, véritable repoussoir de concupiscence.

        _ C’est la raison pour laquelle j’en suis revêtue  lorsque je voyage seule : ce costume assure ma protection. Mais aujourd’hui je suis en excellente compagnie, avec Florian parti à la recherche de son ami Marco.

        _ Soyez le bienvenu et permettez-moi de vous de vous féliciter pour avoir distingué, par-delà les monts un garçon courageux et qui apprend avec facilité l’art de panser les chevaux.

Marco et Florian tombèrent dans les bras l’un de l’autre, heureux d’être enfin réunis après de longues semaines sans nouvelles l’un de l’autre.

        _ Comme je suis heureux de te retrouver, mon Marco, d’autant que je te sais en de bonnes mains et satisfait de cette nouvelle situation.

       _  Je suis, tu t’en doutes, plus  à mon aise ici,  dans les écuries du duc de Bourgogne  que sur les voiliers vénitiens.  Depuis ma rencontre avec cette étrange religieuse ma vie a été transformée.

Et Marco conta à son ami ce qu’il  avait vécu depuis ce fameux soir, où  dans les quartiers malfamés de Dijon il trainait son ennui : ses retrouvailles avec une mère, fut-elle  nonne, malheureuse femme au destin peu ordinaire, sa vie dans ces  écuries où il découvrait le plaisir de s’occuper des  destriers du duc, sa connivence avec Jehan, le maitre des lieux qui l’entourait de toute sa sollicitude.

        _ Je ne pensais pas te revoir, je te croyais reparti avec le roi, consacré à de nouvelles tâches.

        _ Tu te trompais ; ta disparition m’a tout de suite alarmé et je dois dire que la « Sœur Odinette » s’est ingéniée à  guider mes recherches.

L’expression fit bien rire, et il vint à l’esprit de Florian, quelques images de cette nonne particulière dont il ignorait les sentiments profonds en matière religieuse mais dont la vie sexuelle bénéficiait d’une longue expérience.

*****

Alors qu’en Bourgogne Florian et Marco se grisaient, tout à la joie des retrouvailles, au palais royal de Paris où il résidait, s’octroyait  une petite sieste crapuleuse en compagnie d’une dame d’atours de la reine, qui savait avec virtuosité calmer les ardeurs du Grand Veneur. Après une longue série de tâte-moi partout les deux coquins s’adonnaient à cette posture qu’Adalbert avait baptisé la sauce Grand veneur ; l’expression  faisant bien rire la blonde dispensatrice de cette fantaisie. On arrivait  presque  à la conclusion, lorsque soudain un écuyer s’en vint frapper à la porte.

            _ Qu’est-ce que c’est, hurla Adalbert !

        _ Monsieur le Marquis, le roi souhaite votre présence en son cabinet privé le plus rapidement possible.

Certes, cela ne faisait pas les affaires d’Adalbert, mais lorsqu’un roi demande, il faut savoir obéir rapidement. La blondinette fut navrée de cet imprévu ; il  venait mettre fin à quelques autres réjouissances qu’elle avait en tête. Adalbert avait l’art de consoler les affligés et avant  de rejoindre le roi il ordonna a son écuyer de vouloir bien éteindre l’incendie qui couvait en cette jouvencelle ; après une petite tapette sur ses fesses rebondies, un petit câlin à ses seins et à la duveteuse toison de son sexe,  il se pressa auprès de son souverain.

Le roi avait le visage sombre des mauvais jours, préoccupé sans doute par quelque difficulté que rencontrent les chefs d’Etat dans la conduite de leur tâche.

        _ Dites-moi Marquis,  vous m’aviez bien raconté qu’une fille naturelle du roi de Chypre avait épousé un bâtard du comte de Savoie ?

        _ Oui Sire ; le souverain chypriote, avait confié  à Florian cette encombrante progéniture dont il souhaitait se débarrasser en la cloitrant dans un monastère vénitien.

        _ J’avoue que le procédé manque un peu d’élégance, mais c’est bien souvent ainsi que l’on résout ces cas un peu difficiles.

        _ C’est la raison pour laquelle, nous avons, avec l’accord du comte de Savoie et sous l’égide du prélat de Chambéry, trouvé une solution plus humaine agréée par tous, en mariant ces deux enfants naturels qui avaient l’un pour l’autre une réelle inclination.

        _ Par tous, sauf par ce roitelet chypriote, qui soudain se découvre des sentiments paternels et m’enjoint d’intervenir pour qu’on retrouve sa     chère enfant, dont il manque de nouvelles.

        _ Permettez-moi Sire mon roi, de trouver cette envie bien tardive et surtout incompréhensible.

        _ A cela près que cet âne couronné menace de se faire assister par les Turcs pour récupérer la chair de sa chair ;  et je n’ai pas besoin que les ottomans viennent visiter mon royaume.

L’entretien se poursuivit et  l’on jugea opportun de faire appel pour organiser une mission à Chypre, au savoir-faire de Florian.

       _  Marquis, nous approchons de l’hiver, aucune chasse n’est prévue dans l’immédiat ; vous allez donc me retrouver ce feu-follet de Florian et lui apporter mes ordres. Avant de partir voyez mon trésorier, il vous remettra des lettres de créance pour couvrir les  frais de cette expédition.

Adalbert Flavien Gaétan de Courcy prit donc la route du sud en direction de son manoir où il pensait retrouver son ami. Mais, on le sait, Florian était à Dijon à la recherche de Marco. Emeline calma la déception de son époux trouvant les mots nécessaire pour temporiser.

        _ Adalbert, soyez sans inquiétude, mon cousin m’a promis de repasser par ici lors de son retour sur Paris. En l’attendant, nous allons nous payer une petite lune de miel, dont je rêve depuis longtemps.

Dans les jours qui suivirent, notre Marquis fit preuve de toute son imagination pour renouveler les délices de l’intimité et sa Marquise n’eut aucune peine à le suivre dans cette merveilleuse voie. Que ce soit dans les bois, les divers salons  du manoir, les étroits escaliers en colimaçon ou devant la cheminée, ils firent quelques mémorables prouesses telles : le retour de l’enfant prodigue, ou le marathon de Coursy  sans oublier la grimpette aux peupliers.

Florian en route pour Paris fit étape à Coursy. On avait tant de choses à se dire que la soirée se prolongea et comme Florian avait rapporté de Dijon quelques bouteilles de ce nectar qui fait la renommée des abbayes  bourguignonne, on trouva vite le sommeil, sauf peut-être Emeline qui montra assez d’énergie pour se  procurer un petit délassement manuel, ces petits frottis intimes qu’elle appréciait et ne rechignait pas à exécuter.

Florian, tôt levé, s’en vint aux écuries afin de panser un cheval qui allait le conduire vers la Provence. Il avait décidé de  rejoindre Chypre par la Méditerranée en contournant la Sicile, pour s’éviter la traversée des Alpes afin de  gagner la Mer Adriatique. Il était assuré de trouver à Marseille l’un de ses nombreux navires qui assuraient le commerce avec l’Orient.

Occupé à brosser soigneusement sa monture il n’entendit pas venir à lui une femme, qui n’hésita pas à  venir se serrer dans son dos :

        _ Alors, beau damoiseau, on a oublié la vieille Aglaé ?

Florian songeait à la réponse qu’il devait faire. Il gardait de cette servante le souvenir d’un intime moment des plus agréables qu’il avait vécu avec cette femme mûre à l’allure et aux  formes aptes à éveiller les plus  indifférents. Il ne répondit rien, mais la prenant dans ses bras, il la déposa avec ferveur sur  un douillet tas de foin ; il sut alors lui montrer que son charme restait intact, qu’il n’avait rien oublié d’elle, et désirait renouveler la romance d’autrefois.

Aglaé répondit par le  » aaaaaaaaaaa !!!!!   » des amantes comblées.

Raimondo (à suivre)

 

Emeline et Adalbert 16

Posted in Oulibouf on mai 10th, 2013 by gerard – Be the first to comment

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XVI

Emeline ne trouvait pas le sommeil.

 Ayant décidé d’intervenir pour empêcher le mariage de Guillemette avec un vieux barbon, fut-il riche comme Crésus, elle imaginait  divers stratagèmes  sans trouver celui  qui puisse convenir à coup sûr. Son esprit occupé à la réflexion, ne prit pas garde que ses petites mains s’étaient mises  à pianoter sur son entre cuisses, ses doigts fouineurs s’immisçant dans quelques recoins secrets, provoquèrent des ondes bienfaisantes qui  finirent par déclencher l’orgasme libérateur et la mener au pays des rêves.

La nuit ne semblait pas  avoir apporté conseil et le  lendemain, elle évoqua la question avec Albine ; cette dernière eut le sourire railleur de ceux qui ont en tête une idée originale, apte à contourner les difficultés.

–         N’oubliez pas comtesse que je suis issue de cette lignée des gens du voyage, ces gitans comme on dit parfois, capables d’embobeliner les badauds, les gogos et autres gobe-mouches.

–         Aurais-tu une  idée pour contrecarrer cette union contre nature ?  

–         Une, peut-être, plusieurs sûrement. Je vais déjà aller me vêtir pour  rendre visite à ce vieux birbe.

Un moment plus tard, Albine revint vêtue comme elle l’était  autrefois, à l’époque ou avec les siens elle parcourait les routes de France : une longue et ample jupe multicolore et un boléro  dont le décolleté laissait entrevoir une très agréable gorge, des socques à hauts talons qui affinait la cambrure de ses reins ; elle avait libéré ses longs cheveux noirs, d’ordinaire en chignon,  qui pouvaient désormais aller et venir au gré de ses gracieux mouvements de tête.  Emeline dut reconnaitre que ce costume lui allait à ravir et un touche d’onguent sur les lèvres et les paupières termina de lui donner l’aspect féérique que l’on souhaitait.

Albine prit le chemin de la ville et se rendit à l’échoppe du vieux soupirant, qui tenait commerce de tissus de draps et de soie. Il se montra aimable avec cette cliente, dont il reconnut l’origine et savait par expérience  le goût qu’elle devait éprouver  pour les étoffes chamarrées. Albine lui sourit, pour l’amadouer, et soudain s’immobilisa, afficha un visage figé, comme soumis à une intense réflexion.

–         Que vois-je  cher  Monsieur, je lis dans vos yeux un grand changement sur le point de subvenir, un hymen qui va bouleverser  votre vie.

–         Et par quel miracle tenez-vous donc cela ?

–         Vous devriez savoir que les gens de ma race ont reçu du ciel des dons de divination que nous sommes les seuls à posséder. Je suis d’ailleurs persuadée  que vos lignes de main attestent  une union que vous souhaitez ardemment,  suite à un pénible veuvage.

Machinalement, le marchant tendit sa main et Albine put aisément poursuivre  ses fariboles. Elle laissa entendre qu’un mariage était envisagé, mais ce que le notaire avait caché, c’est qu’il projetait une union, non avec sa fille cadette, une jeune et jolie nymphette, mais avec une vieille cousine, prénommée elle aussi Guillemette, d’un âge plus que canonique, aux appâts surannés,  dont il avait la charge depuis de trop longues années  et désirait s’en débarrasser.

Le vieillard goba tout et  pris d’une furieuse  colère, projeta de se rendre auprès de ce déloyal notaire, afin de lui signifier sa façon de penser. Pour faire bonne mesure, Albine ajouta quelques billevesées et autres calembredaines, aptes à semer la zizanie entre les deux hommes et rompre définitivement tout rapport entre eux.

Durant ce temps, comme prévu, Emeline alla trouver le notaire pour lui signaler une  information concernant ce négociant sur lequel couraient de multiples bruits : il avait une fâcheuse tendance à débiter n’importe quelle stupidité prenant comme avéré la moindre ineptie, et il était urgent de ne pas tenir compte de ses divagations.

Les deux hommes se rencontrèrent, se chamaillèrent, se heurtèrent. On se  traita de félon,  d’escroc,  de canaille, d’homme sans foi, de fourbe, de traitre, de tous les qualificatifs possibles ; l’ire les submergeant, ils en arrivèrent aux mains, un  soufflet parti, suivi d’un coup de pied, et il fallut l’intervention de Guillaume pour séparer les belligérants et  mette fin à l’algarade de ces gérontes.

 On l’aura compris après cette altercation, l’union prévue ne se fit pas et c’était très bien ainsi. 

Il fallait fêter l’heureux évènement. Guillemette à cette occasion décida de  perdre enfin son pucelage avec son Roland ; les amoureux, après quelques   petits attouchements qui leur étaient coutumiers passèrent aux choses sérieuses et Roland  n’hésita pas  à entrer dans le vif du sujet, s’il m’est permis de m’exprimer ainsi. Tout naturellement, trouvant cette caresse délicieuse,  Guillemette poussa ses premiers   » aaaaaaaaaaaa !!!!  » de plaisir, n’hésitant pas à quémander quelques reprises. Gageons que nos tourtereaux, à l’aube de leur vie sexuelle,  trouveront avec le temps  d’autres façons originales pour parvenir au septième ciel, et éviter la monotonie des actes répétitifs.

Albine toujours aussi amoureuse de son Renaud, n’hésita pas à revêtir souvent, dans leur intimité, son magnifique costume de gitane  dont il avait apprécié  l’élégance, et dont la vue produisait sur lui de très vives réactions.  Ce fut pour ces éternels amants l’occasion d’imaginer de nouvelles postures,  en particulier celle du drapier berné et surtout celle de la gitane enflammée.

Quant à Emeline, quelques jours plus tard, tous les bonheurs lui survinrent ;   Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, arriva  un soir à l’improviste accompagné de Florian. De toute évidence, l’un des deux hommes était de trop ; en bonne épouse, après s’être fait très belle pour de nouvelles retrouvailles, elle accorda pour la nuit la priorité à son Adalbert  mais Florian trouva auprès d’Aglaé, la fidèle servante, les trésors d’imagination qu’une femme d’expérience recèle en elle ; d’ailleurs, il se reprocha de n’avoir pas tenté plus tôt de lutiner cette coquine mature aux infinies ressources.

Adalbert Flavien Gaétan de Coucy fut tout aise de retrouver son castel qu’il avait quitté quelques années auparavant et apprécia toutes les améliorations que Renaud y avait apportées, tant à l’intérieur, qu’à l’extérieur. Durant le repas, il annonça la venue prochaine du roi mais se réservant de donner d’autres détails ultérieurement. On parla surtout du bon canular monté au marchand de tissus, qui fit bien rire Adalbert.

–         Renaud, mon fidèle majordome, tu taxeras ce malotru, un peu plus qu’à l’ordinaire pour lui apprendre à vouloir épouser des filles trop jeunettes pour lui.

On se quitta pour la nuit. Dans l’escalier en colimaçon qui menait à leur chambre, Emeline se souvint de cette situation qu’elle avait autrefois vécue lors de son passage au château du chevalier Géraud. Elle décida de reproduire l’évènement et souleva bien haut son bliaud, à la grande satisfaction d’Adalbert qui s’exclama :

–         Emeline, ma très chère épouse vos fesses sont toujours aussi ravissantes, rondes à loisir, attirant les mains et le reste ; elles  me font un effet fou. Je pense…

–         Je vous en prie Adalbert, pensez moins et agissez !

Et Adalbert la gratifia d’une bonne levrette prélude à une joute qui perdura tard dans la nuit, apportant aux époux d’indicibles bienfaits. Emeline constata, une fois de plus, que son Adalbert était un homme de ressources. Entre deux reprises, alors que le couple reprenait son souffle, il annonça la bonne nouvelle, dont il avait pour elle, gardé la primeur :

–         Emeline ma mie, lorsque viendra le Roi, il y aura une grande chasse dans la forêt orléanaise, mais aussi et surtout le Roi signera un édit érigeant notre fief en marquisat. Ma chère, vous allez devenir Marquise !

–         Marquise est-ce possible ? Vous m’en voyez toute retournée…

Effectivement, ils se retrouvèrent en une position toute retournée,  inoubliable tête à queue, l’un des premiers de l’Histoire sans doute, qui apporta à chacun un mémorable orgasme et les plongea dans un délicieux sommeil.

*****

Adalbert Flavien Gaétan de Coucy prépare activement l’arrivée du Roi, avec les écuyers chargés de l’assister dans sa charge de Grand Veneur car le clou de la réception sera une chasse, divertissement très apprécié par le monarque.

Adalbert sait qu’il ne doit pas décevoir son souverain, puisqu’à la cour de France, sa soudaine faveur a fait quelques jaloux et en particulier, un certain Enguerrand de Coucy. Enguerrand et Adalbert descendent d’un même illustre ancêtre contemporain du carolingien  Charles III le simple, un certain Boves, dont une lignée fit florès en Picardie ; à côtés de ces brillants Coucy, une famille collatérale, moins connue, installée dans l’Orléanais, avait tout de même donné de valeureux guerriers à la royauté, dont le dernier en date, notre glorieux  Adalbert Flavien Gaétan.

Enguerrand, actuel chef de la branche aînée jaloux  de  ce cadet qui bénéficiait de la bienveillance royale, fit grand tapage ; le Roi lassé  par ces jérémiades, consigna cet envieux dans sa forteresse picarde, éleva le fief d’Adalbert en marquisat,  et pour éviter à l’avenir une homonymie fâcheuse source de zizanie,  il affecta du patronyme de Coursy, Adalbert et sa descendance. Au cours de sa visite, il devait signer  » l’édit de Coursy » notifiant ces décisions.

Ce nom perdure de nos jours ; c’est  la commune de Coursy aux Loges dans le Loiret. Ce qui prouve bien que Raimondo n’avance  pas que des élucubrations sans fondement, comme l’ont laissé entendre quelques lecteurs grincheux. (Note de l’éditeur)

De son côté, Emeline, fit appel à Aude et ses baladins pour assurer divers intermèdes récréatifs, que l’on présentait durant les repas, entre chaque plat. Albine avec un clan de gitans montreurs d’animaux qui campait dans les environs mit au point un spectacle au cours duquel elle n’hésita pas à montrer ses talents de danseuse.

On attendait plus que l’arrivée du Roi et sa suite.

Durant ce temps, Florian, eut l’occasion de s’entretenir avec Emeline ; il la mit au courant de ses projets immédiats : toujours à la recherche de Marco, mystérieusement disparu, il souhaitait se rendre  à Dijon auprès de la duchesse de Bourgogne et trouver la Sœur Bénédicte ainsi que le lui avait conseillé l’énigmatique nonne au parfum particulier. Depuis quelques temps déjà les deux cousins n’avaient pas eu l’occasion de s’octroyer un moment de bonheur en toute intimité. Emeline proposa à Florian de venir la rejoindre dans un des salons isolé du château. Aude s’était jointe à eux ce qui leur permit de jouer  à la triplette orléanaise assortie du triangle de Pythagore. C’est ainsi que Florian fut mis au courant de la complicité qui liait  les deux femmes et qu’il participa avec bonheur à leur intimité.

Le Roi fut enchanté de l’accueil  reçu  au Château de Coursy  et pour exprimer sa satisfaction octroya au marquis une rétribution exceptionnelle, payable par la bourgeoisie du fief, afin d’honorer Adalbert pour son nouveau titre. Parmi les divers spectacles qui lui furent présentés, le souverain apprécia particulièrement la prestation d’Albine  qu’il détaillait d’un œil concupiscent ; la jeune femme aux formes ravissantes avait éveillé en lui quelques idées guillerettes. Il pria son chambellan de l’inviter  dans ses appartements ; bien sûr, Albine se doutait de ce que cachait cette invite. Toute autre qu’elle eut été honorée d’une telle proposition ; mais s’il fut un temps où elle aurait dit oui sans hésiter, aujourd’hui, fidèle à son Renaud, elle ne pouvait se décider à le tromper, fut-ce  avec le Roi. Elle s’en ouvrit à Emeline qui, avec son amie Aude, donnèrent au souverain une nocturnale, dont il garda longtemps le souvenir et que son biographe, moine de St Denis chargé de rapporter ses faits et gestes, consigna scrupuleusement en ses manuscrits.

Cette nuit-là, Renaud et Aude se donnèrent avec fougue et amour : neuf mois plus tard naissait une  adorable fillette, belle comme une fée et que l’on prénomma de ce fait Viviane.

Adalbert Flavien Gaétan de Coursy, après le départ du Roi, prit ses vacances d’été octroyées par son royal suzerain ;  il put se consacrer pleinement à sa chère Emeline, ce qui ne l’empêcha pas de lutiner quelques jeunes damoiselles de la  région ravies d’avoir éveillé l’attention de leur marquis.

Florian quant à lui, se pressa vers Dijon ainsi que le lui avait conseillé la mystérieuse religieuse au subtil parfum. Au palais ducal il demanda à voir la duchesse de Bourgogne sans oublier de mentionner le nom de sœur Bénédicte ; ce fut le sésame qui lui permit d’être reçu aussitôt dans un élégant salon du palais.

–         J’ai appris que vous recherchiez Marco ; pouvez-vous m’en faire connaitre la raison afin que je puisse juger du bien-fondé de cette recherche ?

–         C’est une longue histoire mais avant tout une histoire d’amitié.

Et Florian conta par le menu, toutes les aventures qui rapprochèrent ces deux compagnons, depuis leur rencontre sur le Poséidon, jusqu’à la disparition soudaine de  Marco,  le soir du bal donné à Dijon en l’honneur du Roi.

–         La vie n’ayant  pas toujours été clémente avec ce garçon,  j’avais grande envie de le prendre à mes côté et l’aider à s’établir. Je sais, pour être un cadet de famille, qu’il n’est jamais aisé d’atteindre  un certain rang dans la vie ; imaginez ce qu’il en est  pour un enfant né de parents inconnus ! 

–         Mais sachez, cher Florian, qu’on ne peut plus dire désormais que Marco est un enfant trouvé.

Et devant l’air étonné de Florian, la duchesse se lança dans un long monologue d’explication.

 » Née dans une famille de petite noblesse, rien ne me prédisposait à devenir un jour duchesse de Bourgogne. Dès mon plus jeune âge, on me cloitra dans un couvent, charge aux moniales de m’inculquer une certaine instruction et le faire naître en moi le désir de devenir à mon tour religieuse. Je supportais assez mal cette obligation dictée par ma famille et parmi les nonnes, la sœur Bénédicte m’aida à supporter cette draconienne obligation, elle-même ayant prononcé des vœux par obligation comprenait mon désarroi.

Chaque semaine, un prêtre de la région s’en venait confesser ce petit monde clos et bien sûr, pour éviter que des idées fantasques ne viennent troubler la sainteté du lieu, on le choisissait vieux et si possible suffisamment disgracieux. Or  un jour, je ne sais trop pour quelle raison, vient un jeune abbé qui enflamma le cœur de sœur Bénédicte, le prêtre n’étant pas lui-même insensible à cette femme jeune aux attraits certains. Celle-ci me conta par le menu les moments délicieux qu’elle vécut alors, y compris celui qui conduisit les deux amoureux au nirvana du plaisir.

Ce qui devait arriver arriva : la mère supérieure, fine mouche, s’aperçu que  sœur Bénédicte ne lavait plus, comme toutes les religieuses encore jeunes, ces intimes linges mensuels que même les nonnes doivent utiliser. Il était trop tard pour prendre des mesures d’autant que les amants avaient fui ; j’étais la seule à savoir qu’ils allaient rejoindre Padoue où le jeune prêtre poursuivait des études théologiques. »

–  Et vous n’êtes jamais devenue religieuse ?

–  Le ciel a été clément avec moi : mon frère ainé trépassa  à la suite d’une chute de cheval, ma sœur ainée succomba à une épidémie de fièvre maligne, mes oncles ont péri durant les croisades ; au décès de mon père, je devins une très riche héritière convoitée pour ses nombreux domaines par la maison ducale de Bourgogne.

 

On gratta à la porte et une jeune femme élégamment vêtue se présenta. Florian ne la reconnu pas sur le champ, mais il fut frappé par ce parfum de marjolaine qu’il n’avait pas oublié, celui de cette nonne rencontrée aux portes de Paris.

–         Ne seriez-vous pas cette religieuse que j’ai…..

–         Je ne suis pas plus religieuse que vous. Je suis Odinette.

–         Et Odinette est ma femme de confiance, chargée d’assurer les menus services dont j’ai besoin,  ajouta la duchesse. C’est elle qui désormais va vous guider vers votre ami Marco.

–         Raimondo (à suivre) – 2013

Emeline et Adalbert 15

Posted in Oulibouf on mars 10th, 2013 by gerard – Be the first to comment

emelineO

XV

     Rien ne va plus dans la caravane royale. Le roi  a dormi seul durant la nuit précédente et ne décolère pas de la disparition d’Emeline. Il affiche sa mauvaise humeur auprès de son Grand veneur qui n’en peut mais, ne sachant pas ce que son épouse est devenue. Florian suggère au souverain de lui trouver une accueillante baronne ou une soubrette délurée, afin de calmer ses ardeurs. Le roi a esquissé une vague moue dans laquelle son entourage a cru déceler un sourire, mais sa mauvaise humeur persiste et il décide finalement de reprendre la route de Paris où l’accouchement de la reine est imminent.

   Et voilà qu’apparait Emeline ; elle est  en pleurs et ses vêtements souillés attestent qu’une mésaventure lui est advenue :

–         Sire mon roi, j’ai été enlevée par l’infâme Birgit et ses sbires Boubrain et Dugour  qui m’ont séquestrée durant la nuit pour se venger de mon époux qui avait organisé  la chasse à courre pour vous divertir.

–         Ma pauvre Emeline, j’en suis tout marri.  Ces malandrins seront châtiés comme il convient. Florian mon ami, occupez-vous en, et corrigez moi ces malotrus sur le champ. 

   Voilà comment Emeline conta l’histoire.

   On l’aura compris, il n’y avait pas une once de vérité dans ce récit. Comme prévu elle avait,  en compagnie d’Aude,  passé de délicieuses heures  durant lesquels les deux amies, heureuses de renouveler les doux instants qu’elles avaient connus autrefois, se donnèrent l’une à l’autre.

   Ah quelle nuit ! Que de folies, que d’extases, que de cris d’amour, que d’orgasmes, que de gémissements témoignant d’une réelle fusion de ces deux femmes. A peine se retrouvèrent-elles nues sur la couche douillette que…

Stop!

 En ma qualité d’éditeur je suis au regret d’arrêter ici le  récit de Raimondo. Lui qui d’ordinaire sait nous émerveiller par sa  prose raffinée et son verbe délicat, s’est soudain lancé dans une description d’un érotisme torride dont la salacité aurait valu au siècle dernier les foudres de la censure et en des temps plus anciens, la relégation dans l’enfer de la bibliothèque vaticane. Il me parait indispensable, de maitriser la verve scripturale de cet auteur dont je veux bien excuser pour cette fois  les égarements, me contentant de   supprimer un scabreux paragraphe.  Certains fâcheux me reprocheront peut-être de jouer les censeurs ; si tel était le cas, je leur conseille de consulter des sites appropriés : sucelamoi.com ou faismoijouir.fr, qu’il m’arrive de parcourir à l’occasion. Cette mise au point faite, je laisse la parole à Raimondo pour la suite de son récit.  (Dixit l’éditeur) Note du vrai éditeur : Non, mais ça va pas la tête ! Voilà-ti pas que l’ami Raimondo se fait les demandes et les réponses. Et qu’il me met en cause. Moi, petit être fragile et dévot, qui ne fréquente que vatican.com, témoignagechrétien.org et lepèlerin.fr )

   Au petit matin les deux amies se quittèrent, souhaitant se revoir dès que possible pour de nouvelles aventures et d’autres délicieuses expériences. On connait la suite : Emeline conta ses balivernes, Florian se mit à la recherche de l’infâme Birgit et ses comparses. Quant au roi, il partit à bride abattue vers la capitale au chevet de sa parturiente épouse. Il arriva à temps pour entendre le premier cri d’un  garçon plein de vie ; cette naissance acheva d’estomper la mauvaise humeur qu’il avait éprouvé toute la journée. Enfin un héritier ! Enfin un prince apte à régner après lui et comme lui, destiné à gouverner le beau royaume de France et mener les troupes au combat.

   Le souverain décida de fêter dignement cet heureux évènement et  il jeta son dévolu sur  une des dames d’honneur de la reine, pour lui tenir compagnie durant la nuit et lui apporter une salutaire  détente.  Il avait volontairement écarté Emeline et tout porte à croire que le règne de notre héroïne  avait pris fin ; aussi ce soir-là  regagna-t-elle la couche conjugale où les deux époux connurent de mémorables retrouvailles. Car au fond, malgré leur vie dissolue, une véritable complicité unissait ces deux êtres, faite comme les mouvements de flux et de reflux d’une mer, qui reste toujours la même, malgré son éloignement de la côte au gré des marées. Ce soir-là, Adalbert et Emeline firent l’amour avec passion : cela ne leur était pas arrivé depuis longtemps, et ils apprécièrent ces retrouvailles à leur juste valeur, n’hésitant pas à mettre toute l’originalité dont ils savaient faire preuve.  Ils s’endormirent dans une béatitude qui laissait apparaitre que tous deux ne faisaient qu’un.

Quant à Florian, selon les ordres de son souverain, il s’en fut à la recherche de Birgit. Il eut tôt fait de l’apercevoir au bord d’une rivière, mollement allongée sur l’herbe de la rive ; nue, elle devait se sécher, sans doute après un bain, sous les chauds rayons d’un soleil parvenu à son zénith. Cette sublime vision ne put laisser Florian indifférent et son cœur battant un peu plus fort il sentit en son corps de patentes  transformations, préludes d’ordinaire, à des jeux coquins. Birgit constatant le phénomène eut un sourire d’envie et une main tendue ;  c’était de toute évidence une invite discrète à faire plus ample connaissance avec ce beau chevalier. Point d’inutiles paroles, on aborda les choses sérieuses et l’on se donna du bon temps.  Birgit promena sur le corps dénudé de Florian ses longs cheveux blonds, faisant naitre de savoureux frissons. Florian révéla à Birgit les secrets de la joute forestière et ceux de la cavalcade bellifontaine. Bientôt les frondaisons environnantes résonnèrent de langoureux « aaaaaaaaaa..!! » de plaisir exhalés par les deux amants, qui n’hésitèrent pas à renouveler à plusieurs reprises leurs prouesses.

   Reprenant leur souffle, ils devisèrent ; Florian se rendit compte alors que sa cousine avait menti effrontément et que ni Birgit, ni ses comparses n’étaient responsables de son absence nocturne. Certes il cacherait à tous cette nouvelle mais se faisait fort de connaitre un jour les raisons profondes qui avaient conduit Emeline à conter pareilles sornettes.  Il caressa une dernière fois la généreuse croupe de sa compagne, s’attarda également sur les rondeurs de son buste, regrettant  de ne pouvoir prolonger plus longtemps ces délicieux instants puis enfourcha son cheval pour rejoindre la caravane royale.

   En cours de route, il rencontra Boubrain et Dugour ; certes ils n’étaient pas coupables, mais finalement, pour obéir aux ordres du roi qui demandait un châtiment, il les bastonna vertement. Ces pauvres bougres, qui ne comprirent pas la cause d’une telle vindicte,  s’en tirèrent avec de multiples contusions, mais Florian, l’esprit soulagé d’avoir fait son devoir, poursuivit sa route vers Paris, l’âme en paix.

   En parvenant aux portes de Paris, il perçut derrière lui, le galop d’un cheval ; il constata alors que ce cavalier était en fait, une cavalière et qui plus est, une religieuse, qui s’arrêta à sa hauteur. D’une voix où perçait un rien de moquerie, elle s’adressa à Florian :

–         Votre belle amie Birgit m’a permis de retrouver votre trace. De vous à moi, j’ai crus comprendre  que vous lui avez fait grand effet.

–         Et, toute plaisanterie mise à part, concernant mes rapports avec cette femme, pour quelles raisons teniez- vous à retrouver ma trace ?

–         Parce que j’ai un message pour vous qui êtes à la recherche de Marco. A l’occasion si vous revenez en Bourgogne, allez présenter vos hommages à la duchesse et demandez-lui de vous faire connaitre sœur Bénédicte.

–         Puis-je savoir au moins…

   Il n’eut pas le temps d’en dire davantage ; la nonne éperonnant sa monture, s’éloigna au galop et disparut laissant derrière elle un effluve que Florian ne reconnut pas sur  l’instant mais qui ne lui était pas inconnu.

 *

*         *

   Le roi de France  a retrouvé son palais parisien. En bon roi, il prend chaque matin connaissance des dépêches venues des divers points du royaume, qu’apportent de  nombreux hérauts affectés à l’administration royale. Comme tous ses prédécesseurs, il veille à la croissance de son  pays et à la renommée de la lignée capétienne, par une attitude responsable face à la gestion des affaires. Tout à l’heure, les hérauts repartiront, afin de faire connaitre dans les fiefs de la couronne les décisions royales.

   Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, en sa qualité de Grand Veneur, a décidé de parcourir  les forêts proches de la capitale, de  l’Orléanais à la Picardie et se tiendra prêt à organiser une chasse, au gré des désirs  de son roi.  Emeline ne l’a pas suivi et n’ayant plus de raison de rester auprès du souverain qui a définitivement tourné la page de leur passagère intimité. Elle a décidé de regagner son château qu’elle a quitté depuis de longs mois afin de s’y ressourcer.

   Avant son départ, elle a revu  Florian qui  a bien sûr tenté d’en savoir plus sur son escapade nocturne, mais Emeline n’a pas pipé mot, malgré l’insistance  de son cousin. Elle lui simplement lâché cette phrase sibylline, avec un coquin sourire :

–         A l’occasion, tu le sauras un  de ces jours.

   Ils se sont séparés après quelques légers frôlements. Elle offrit ses lèvres qu’il goûta avec ravissement  mais à son grand regret, ce fut la seule privauté à laquelle  il eut droit ce jour-là.

   Emeline retrouva son château avec un évident bonheur. Aglaé, sa fidèle servante, courut  vers elle pour l’accueillir et  lui  tomba dans les bras contenant difficilement des larmes d’émotion.

–         Ma reine, vous voici enfin de retour.

–      Je t’en prie, il y a belle lurette que je ne suis plus reine, même s’il m’est arrivé de jouer les reines de la nuit, à plusieurs reprises.

–         Entendez-vous par là, comtesse que votre vie intime…

–         Ne sois pas inquiète, tout est redevenu parfait de ce côté-là et depuis longtemps je n’ai plus besoin de potion magique pour atteindre le septième ciel et faire grand bien autour de moi.

   Bientôt Emeline vit venir vers elle Renaud accompagné d’Albine, qui tenait par la main un bébé au pas encore hésitant. On se souvient que l’écuyer d’Adalbert Flavien Gaétan de Coucy avait décidé de ne pas s’en retourner en Terre Sainte pour demeurer auprès de son amie enceinte.

–         Bienvenue chez vous comtesse ; il nous tardait de vous revoir  en ces lieux bien tristes en votre absence. Nous sommes ravis de vous  présenter le plus jeune de vos sujets, le petit Arnoul.

   L’enfançon tendit les bras vers cette belle dame, savamment vêtue d’habits faits étoffes chatoyantes,  le cou paré d’un collier de pierreries. Emeline, émue de cette attention le prit dans ses bras, le serrant très fort contre elle, songeant sans doute aux joies de la maternité qu’elle n’avait pas connues.

   Renaud et Albine avaient maintenu les lieux en parfait état ; que ce soit dans les jardins ou les diverses salles du château, tout avait été entretenu ou rénové avec un goût certain et il va sans dire que la comtesse fut ravie des services de ces dévoués serviteurs qu’elle félicita chaleureusement. Avant de passer à table, elle se donna le temps de se détendre dans les étuves du château regrettant qu’un beau galant ne soit pas près d’elle pour lui laver le dos. Tout naturellement elle se remémora les instants heureux qu’elle partagea autrefois avec Guillaume et décida de l’aller voir au plus tôt.

   Dès le lendemain, elle  lui rendit visite  à l’étude notariale qu’il avait reprise à la suite de son père. Les deux amis fêtèrent avec ivresse leurs retrouvailles ; point ne fut besoin de réfléchir longuement pour retrouver les gestes d’autrefois et mirent un point d’honneur à imaginer diverses fantaisies pour se donner du plaisir. Ils ne prirent pas garde, qu’à tout moment, quelqu’un pouvait, attiré par de bruyants « Aaaaaaaaaaa… » de jouissance, pénétrer en l’étude. C’est d’ailleurs ce qui se produisit, le jeune clerc qui travaillait dans une pièce voisine, craignant que son maitre ne soit pris d’un malaise, entra et  surprit les amants en un moment capital.

–         Tout va bien Maitre ?

–         Fous-moi le camp, je t’ai déjà dit de ne pas me déranger lorsque je suis avec un client.

   Le ton était sans réplique et le pauvre garçon se retira tout penaud, honteux de son intervention inopinée qui lui vaudrait tôt ou tard une bonne  bastonnade patronale, suivant la coutume de la maison.

   Emeline sortit ravie de son entrevue avec Guillaume qui lui avait apporté la détente et la sérénité indispensables à son équilibre. En quittant la riche demeure du notaire, elle croisa Guillemette,  la sœur de  Guillaume. Celle-ci avait perdu le sourire moqueur qu’Emeline lui connaissait autrefois, et c’est au bord des larmes qu’elle sollicita une entrevue avec notre comtesse. Les deux femmes se retrouvèrent donc dans un des petits salons du château et là entre deux sanglots, la jeune fille se confia, expliquant l’angoisse qui l’étreignait à la veille d’un mariage forcé avec un vieil homme, veuf, cacochyme, mais riche comme crésus et acceptant de l’épouser sans dot.

–         Ma pauvre Guillemette, tel est l’injuste sort des filles de bonne famille que l’on marie au gré des intérêts.

–         Mon Dieu comtesse, vous avez l’air de trouver cela normal !

–         Certainement pas ;  je  me borne à constater la méprisable habitude des pères qui préfèrent les considérations  financières au le bonheur de leur enfant.

–         Et que peut-on faire pour éviter l’injuste sort qu’on nous réserve ? Ne serait-il pas préférable de consulter les jeunes filles sur leur désir  au lieu de les livrer comme des génisses au Minotaure.

–         Voudrais-tu dire que ton cœur a fait un autre choix ?

   Effectivement, Guillemette, depuis sa tendre enfance était amoureuse de Roland, le fils cadet du meunier. Ils avaient partagé les jeux innocents de l’enfance, puis au fur et à mesure qu’ils avançaient en âge, d’autres beaucoup moins innocents, mais somme toute fort agréables. Roland constata avec ravissement les transformations de son amie dont les seins s’épanouissaient de jour en jour. On en arriva  à des initiatives plus hardies mais combien exaltantes. Comme on disait à l’époque,  on éprouvait les joies de « la main dans le pipi ou du pipi dans la main », prélude au nirvana généré par le « pipi dans le pipi ». Si nos adolescents n’avaient pas encore abordé cette ultime étape, ils n’en étaient cependant pas éloignés.

   Emeline, prodigua de sages conseils à Guillemette, l’exhortant à la patience et lui conseillant de s’en tenir, sans réserve aucune, à ces jeux agréables  qui ne risquaient pas de provoquer  une maternité, évènement qui  apporterait plus d’inconvénient que de solutions, au problème matrimonial de la fille du notaire. Elle assura Guillemette de réfléchir à son problème et lui promit d’intervenir pour éviter un mariage qu’elle jugeait  contre nature.

   Cette promesse rendit le sourire à la jeune fille qui alla retrouver son Roland afin de lui annoncer la bonne nouvelle. Les deux amoureux fêtèrent l’évènement échangeant de douces caresses.

   Heureuse époque que ce Moyen Age où les dames ne portaient ni culotte, ni slip, ni string ; bienheureuses étaient les mains des amants, capables de parvenaient sans encombre  dans ces recoins secrets auxquels ils rendaient grâce avec ferveur !

Raimondo (à suivre)- 2013

Emeline et Adalbert 14

Posted in Oulibouf on janvier 10th, 2013 by gerard – 1 Comment

XIV

    Mes frères, nous sommes réunis en ce jour pour célébrer devant Dieu et devant les hommes, l’union de Renata et Humbert, qui jurent de se garder fidélité jusqu’ à ce que la mort les sépare.

On l’aura compris, l’idée d’Adalbert Flavien Gaétan de Coucy et d’Emeline avait fait son chemin. Ils avaient révélé à leur hôte la noble origine de Renata et le comte trouva l’idée de cette union absolument géniale ; ainsi donc son fils épousait la fille d’un roi. Certes, les deux jeunes gens avaient une origine quelque peu sulfureuse ; n’étaient-ils point le fruit d’une partie de jambe en l’air illégitime que réprouve la morale chrétienne ? Il est vrai que l’Eglise, farouche gardienne de la vertu, savait souvent fermer les yeux sur les incartades des grands de ce monde.

Durant plusieurs jours, on fit  fête, une grande fête, un festin, une ripaille, une bamboche accompagnée d’inoubliables beuveries, qui demeurent dans toutes les Chroniques de l’époque. Le vin de Savoie coula à flot, plusieurs moutons furent sacrifiés et les broches tournèrent longuement pour griller les volailles. On avait convié tous les seigneurs de la province ainsi que  les riches bourgeois ayant quelque importance dans les cités.

Ce fut beau, ce fut grandiose. Cela coûta, bien sûr, mais on créa un impôt destiné à couvrir la dépense, dont les serfs devraient s’acquitter ; après tout, n’étaient-ils pas là à cet effet ?  Il y eut quelques dommages collatéraux : de nombreuses filles perdirent leur pucelage et des femmes  n’hésitèrent pas à s’accorder quelques fantaisies hors mariage, qui les tiraient d’une routine conjugale devenue lassante au fil des ans. Il fallut plusieurs jours au chapelain du comte, pour absoudre toutes les âmes qui venaient lui avouer leurs débordements.

Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, connut enfin les bienfaits de la galipette savoyarde, qu’une coquine baronne lui enseigna ; Emeline succomba sous les assauts de fringants chevaliers mais aussi, n’oublions pas ses penchants,  grâce  aux  puceaux qui la dévoraient des yeux. Les jeunes époux se réservaient de longs instants d’intimité à l’abri des festivités dans une chambre nuptiale spécialement aménagée pour eux.

Seuls, deux personnes semblaient étrangères à ces réjouissances : la comtesse de Savoie et Marco, qu’on pouvait apercevoir, côte à côte dans un  recoin de l’immense prairie où se tenaient les agapes. La comtesse Béatrice née dans le Val d’Aoste, n’avait pas jusqu’ici donné d’héritier à son époux et elle était soucieuse pour son  avenir incertain, car on  parlait  d’une annulation  possible de l’union, pour cause de stérilité. Marco, voyant s’éloigner de lui la jolie Renata avec laquelle il avait imaginé des lendemains qui chantent se désolait devant  ses projets  compromis. Faute de participer à la liesse générale les deux malheureux avaient réuni leur mélancolie, la connaissance de la langue italienne, favorisant les rapports.

Le premier jour, Marco usa de sa volubilité naturelle pour s’attirer les bonnes grâces de  la comtesse. Le second,  il réussit à la faire sourire. Il obtint un rendez-vous secret le troisième jour ; la nuit suivante elle céda, ainsi que les jours d’après. 

Dans les semaines qui suivirent, la comtesse annonça la venue d’un héritier : la maison de Savoie était assurée désormais de sa descendance et chacun, excepté Marco, s’en vint féliciter le comte pour la qualité de ses bons offices. 

Il était temps, pour nos héros,  de quitter la Savoie afin de rejoindre le Lyonnais et y trouver une voie navigable pour regagner rapidement Dijon où l’arrivée du roi de France était annoncée. On quitta Renata avec regrets. Marco tenta vainement une intime entrevue avec elle, mais par contre fut agréablement  étonné de se voir inviter dans les appartements de la comtesse. Elle le reçu dans un petit salon et, c’était leur secret, le remercia chaudement pour sa gentillesse et… pour le reste, n’hésitant pas, pour  lui exprimer sa gratitude, à lui octroyer  la subtile caresse d’une  bouche avide.

Après l’intermède savoyard, le voyage parut monotone. Le manque de Renata se faisait sentir,  chacun à des titres divers déplorant son absence.  Il était temps de parvenir dans la capitale Bourguignonne pour se changer les esprits et faire la fête.

Dès leur arrivée, le roi de France reçut Adalbert. On parla bien sûr de l’équipée en Terre Sainte dont le royaume n’avait pas tiré tous les bénéfices escomptés et qu’on n’était pas près de renouveler : les Croisades coûtaient cher en argent et en hommes et cet engouement était désormais passé de mode. Le roi octroya une très généreuse indemnité au loyal serviteur, à valoir sur le trésor royal, ainsi qu’une rente à vie, payée par le clergé. Après tout, l’Eglise pouvait mettre la main à la poche puisqu’on s’était démené pour Elle, en allant combattre en Palestine.

Lorsqu’il retrouva son Emeline, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy lui conta cette entrevue dont il sortait insatisfait. Il s’attendait à mieux : quelque titres nouveaux et bien rémunérés eussent été les bienvenus. Emeline se proposa d’en parler directement avec le roi et demanda audience à ce sujet.

Quelques jours plus tard, le monarque se rendant aux arguments de la comtesse qui lui  avait montré l’étendue de son expérience en matière de galanterie, accorda à Adalbert Flavien Gaétan de Coucy le titre de Grand  veneur, assorti d’un titre de marquis  en un  fief qui restait à définir.  Quelques jours après, sous le déluge des étreintes, des cajoleries, des papouilles, et autres joyeusetés de ce genre, le roi créa pour Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, l’appellation de « bienfaiteur de la royauté » en raison de services rendus, titre qui s’accompagnait de confortables prébendes. (*)

(*) On constatera, que Raimondo peaufine le choix de ses termes, préférant au mot bénéfices celui plus approprié dans ce contexte de prébendes. (Note de l’Editeur)

Adalbert Flavien Gaétan de Coucy était aux anges : cette avalanche de titres et de revenus lui furent agréables, mais il  réalisa que ces bienfaits ne lui étaient pas tombés du ciel sans contrepartie ; il se doutait bien que son épouse avait dû se montrer très câline vis-à-vis du roi et la jalousie commença à le torturer. Heureusement, Emeline, en femme pleine de ressources sut calmer ses tourments :

–         Enfin Adalbert, je vous croyais plus au fait des usages ; lorsqu’une femme permet à son roi quelques menues privautés sans conséquences, elle ne trompe pas son mari, elle est au service du royaume, tout comme vous l’êtes chaque fois que vous prenez les armes et partez en guerre avec l’ost royal.

Elle ajouta, pour donner encore plus de poids à son argumentation :

–         Tout comme le fit autrefois  Judith avec Holopherne.

Adalbert accepta l’explication qu’il trouvait somme toute  pertinente, d’autant qu’après  les paroles, Emeline  passa aux choses sérieuses.  S’étant dénudée elle prit l’initiative  d’une mémorable joute durant laquelle toute sa virtuosité s’exerça à maintes reprises. Les multiples poses apportèrent aux époux ravissement, délectation, jouissance, aucun coin de leur corps, mêmes les plus cachés, les plus reculés, n’échappant à leur fantaisie. Cette délicieuse lutte eut le don de calmer les pensées chagrines d’Adalbert. Cependant, un peu plus tard, il fut à nouveau tenaillé par le doute ; il  ne put s’empêcher de demander à son épouse une explication :

–         Dites-moi très chère, prîtes-vous plaisir dans les bras de notre souverain ?

Pour éviter de répondre, Emeline fit celle qui dormait profondément ; cependant en son for intérieur elle osa s’avouer que ce roi de France était un sacré bon coup.

Avant que le roi ne quitte la capitale  bourguignonne pour Paris, son hôte offre une grande fête pour l’honorer. En l’absence  de la reine restée  au palais du Louvre dans l’attente d’un proche heureux évènement, le souverain a décidé d’ouvrir le bal avec Emeline. La bienséance désignait pour cet honneur, la duchesse de Bourgogne dont il était l’hôte ;  le choix du souverain en étonna plus d’un, mais chacun finalement  comprit que de tendres liens s’étaient tissés entre le monarque et l’épouse du nouveau Grand veneur. D’aucuns conclurent tout simplement que le royaume comptait deux cocus de plus…

Marco, d’humble origine ne participait pas à ses festivités. Il  trainait  son ennui dans la ville, revivant en esprit les doux moments vécus avec Renata ou la comtesse de Savoie, quelques  rares cadeaux octroyé par la vie à cet enfant trouvé. Il rechercha dans la ville une femme qui pourrait tromper son désarroi et lui apporter quelque douceur. Alors qu’il allait s’engager dans une ruelle où les tavernes et les lieux malfamés  faisaient florès, il sentit une main se poser avec douceur sur son épaule ; grand fut son étonnement lorsqu’il constata qu’une nonne l’avait abordé.

Il lui vint quelques pensées impures, supposant un instant qu’il s’agissait d’une de ces nombreuses racoleuses, usant de tous les subterfuges pour attirer la clientèle, mais il constata qu’elle rayonnait d’un sourire angélique ne laissant aucune place à l’équivoque.

–         A ce que l’on m’a dit, vous êtes Marco, et l’on m’a chargée de vous conduire en des lieux plus harmonieux que ceux-ci, plus conformes aussi à la morale. Suivez-moi je vous prie.

La voix était douce, mais suffisamment ferme pour éviter toute réplique de la part de son interlocuteur ; par des sentes obscures en cette fin de jour, la religieuse le conduisit vers une bâtisse lézardée qui avait dû être en son temps une demeure accueillante.

C’est en ce lieu que parvint Florian, après l’enquête diligente qu’il mena en constatant la disparition de Marco.  C’est là que s’arrêtèrent ses recherches : nul ne résidait pour l’heure en ce lieu, mais quelques subtiles senteurs, attestait une présence possible dans les heures précédentes. 

Dès le lendemain, une  imposante caravane prend  le chemin de Paris. Florian est du nombre ; pour s’être acquitté avec brio de sa tâche, en assurant dans d’excellentes conditions le retour d’Adalbert, il a  intégré définitivement la troupe de ces officiers de l’ombre  (la DCRI de l’époque) chargés de régler les affaires particulières auquel un souverain doit faire face. Quant à Adalbert,  du fait de ses nouvelles fonctions, il doit vivre désormais dans l’entourage royal, la belle Emeline étant à ses côtés, pour la plus grande satisfaction du souverain.  

De nombreuses lieues restent à parcourir avant d’atteindre la capitale et quelques étapes sont nécessaires. Nombreux sont les seigneurs  qui rêvent d’abriter le roi et sa suite et de lui faire fête. Le souverain ne néglige pas ces invites et sait participer à la liesse populaire que sa venue suscite. Il sait à l’occasion attirer Emeline dans sa couche afin de calmer ses ardeurs amoureuses et l’épouse du Grand veneur  ne rechigne pas à lui apporter la paix des sens usant de toute son imagination pour donner à leurs étreintes la virtuosité qui convient afin d’éviter la  monotonie des répétitions

Adalbert, ayant admis les contraintes de son épouse au service du roi, n’a aucune difficulté à trouver une bonne âme, très fière de soulager la flamme de cet éminent personnage. On dit que la femme de messire Gautier, particulièrement amoureuse et succombant au charme du Grand veneur a imaginé pour lui le vol de gerfaut hors du charnier natal, position qui apporte aux  amants une originale et  bienfaisante détente. Tout est pour le mieux pour les époux qui ont réussi à trouver, dans leur vie un peu compliquée, un modus vivendi nécessaire à l’équilibre du couple.

Le cortège étant en vue de la forêt de Brière qui deviendra dans les siècles à venir  forêt de Fontainebleau, Adalbert a décidé pour plaire à son maître, passionné de ce sport,  d’organiser une chasse. Il prend  les devants afin de mettre sur pied avec les nobles du cru, une chasse à courre. Le roi est enchanté de l’heureuse initiative de son Grand veneur et pour le remercier, il gratifie Emeline d’une nuit particulièrement câline.

Un cerf a été repéré : un magnifique seize cors qu’on pourchassera au son des trompes et des aboiements de la meute, toute la journée, jusqu’à l’hallali qui mettra fin à son supplice et à sa vie. A plusieurs reprise une femme aux longs cheveux blonds,  un certaine Birgit, qui vivait dans une des grottes de la forêt, tenta, mais en vain, d’empêcher cette poursuite qu’elle jugeait ignominieuse, mais ne parvint jamais à calmer l’ardeur des chasseurs.

Pendant ce temps-là, les femmes ne participant pas à cette  trop cruelle curée, se sont pour la plupart regroupées, sous les ombrages, autour d’Emeline ; chacune connait les étroits rapports qui la lient au souverain et chacune songe qu’il est de bon ton de se montrer courtoise avec elle. D’aucunes, déçues sans doute dans leur vie amoureuse, n’hésitent pas à  demander conseils, en matière d’amour, à cette femme du Moyen Age, qui possède avant l’heure, les qualités que montrera quelques siècles plus tard,  la femme de la Renaissance.

Soudain, arrivent dans leur carriole couverte d’une bâche chamarrée, un groupe de baladins. Informés de la présence du roi, ils ont fait un détour pour venir donner la sérénade à leur souverain.

–         Comtesse Emeline quelle joie de vous retrouver ! Permettez-moi de vous serrer dans mes bras.

Ainsi s’exprime avec enthousiasme Aude, cette chanteuse à la voix si douce, qui s’arrêta autrefois au manoir de Coucy pour y faire fête. Les deux femmes n’ont pas oublié la nuit savoureuse qui s’ensuivit et les poussa dans les bras l’une de l’autre. En ce jour, les retrouvailles se font à grands renfort de cris, de rires et d’étreintes affectueuses ; elles ont hâte de s’isoler pour se raconter leur vie,  évoquer d’intimes souvenirs, ou peut-être simplement parler d’avenir. Aude ne tarit pas d’éloge pour décrire  les paysages variés que sa vie errante lui permet de traverser ; elle ne cache point à son amie les bonnes fortunes que certaines rencontres ont pu lui apporter et les moments intimes qu’elle a vécus dans les bras d’aucuns ou d’aucunes.

Emeline narre toutes les aventures  survenues depuis leur rencontre, n’omettant pas de souligner la dernière qui a fait d’elle l’intime amie du roi, cette nouvelle causant à Aude un peu d’amertume, elle qui souhaitait passer la nuit auprès de son amie.

–         Je suppose, étant données les circonstances que nous n’aurons le plaisir de nous retrouver pour renouveler la nuit délicieuse qui n’a jamais quitté mon esprit, et reste pour moi un souvenir des plus savoureux.

–         Et bien ma chère, tu te trompes ; le roi pourra bien se passer de moi, pour une nuit, car j’ai trop envie de me serrer contre ta douce peau.

Et les deux femmes, dans l’attente de cette nuit câline, prirent un petit acompte en échangeant quelques cajoleries, leurs mains fureteuses s’immisçant sous leur robe pour y chercher un sein  à titiller ou une soyeuse toison à caresser.

Ce soir-là, ayant vainement recherché Emeline, le roi fut contraint de dormir seul.

Raimondo (à suivre) – 2012

Emeline et Adalbert 13

Posted in Oulibouf on novembre 10th, 2012 by gerard – Be the first to comment

XIII

–         Dis-moi, Marco, sais-tu ou se trouve la comtesse Emeline ?

–         Je crois avoir compris qu’elle projetait d’aller en ville et profiter de la foire de Milan pour faire quelques achats.

    Marco est désormais le nom de notre jeune mousse. Il faut préciser que ce brave garçon est né de parents inconnus. Il a été trouvé dans un couffin d’osier sur les marches d’une église et le brave curé souhaitait lui donner pour prénom, celui du saint que l’Eglise célébrait le jour de sa découverte. Malheureusement, on était le dimanche de la « Septuagésime » et il faut avouer que ce patronyme était difficile à porter, mais le prêtre ne s’arrêta pas à de telles contingences, et  la coutume étant, on prénomma ainsi l’enfant inconnu, qui fut dès lors l’objet de moqueries et de quolibets. Hébergé dans divers couvents de Vénétie, il se fit remarquer par une inconduite notoire et une attitude  irréligieuse. Dès ses 12 ans, on lui trouva un emploi de mousse, ce qui débarrassa les religieux d’un  insupportable client.

   C’est Emeline qui proposa  de nommer son protégé :  » Marco », en l’honneur du Saint patron de Venise, et chacun, y compris l’intéressé, trouva ce choix judicieux. Au moins ce prénom faisait de lui, un personnage respectable.

   Après avoir quitté Adalbert, Marco trouva Renata en pleurs sous une tonnelle de l’auberge-relai où nos voyageurs avaient fait halte pour quelques jours.

–         Florian est parti avec la Comtesse Emeline. Je suis sûre qu’il me trompe avec elle.

   Marco tenta de minimiser le fait:

–         Que vas-tu imaginer là ? Ils sont cousins, ils se connaissent depuis longtemps et il est normal qu’ils se retrouvent pour évoquer des souvenirs de famille.

   Marco avait d’ordinaire une imagination plus fertile et les raison avancées pour calmer la jeune fille furent incapables de la consoler. Aussi s’employa-t-il à user de gentillesse pour adoucir son chagrin. Il devint tendre avec elle, caressa délicatement sa main, puis son bras, bientôt son épaule. Il parvint tout naturellement à ses seins dont il ressentait la fermeté à travers le léger  tissu de son bliaud. Renata sembla s’apaiser ; elle appréciait les attentions de ce fidèle ami, et ne trouva pas à redire lorsque ses mains partirent à la recherche de sa peau nue, faisant naître en elle de merveilleux frissons. Ne voulant pas se montrer ingrate, elle s’offrit à lui : il apprécia, elle apprécia, ils apprécièrent. Après un très court interlude, il recommença, elle recommença, ils recommencèrent, ne s’apercevant même pas que durant ces heureux divertissements, le temps avait passé et la nuit commençait à tomber.

   Et pendant que nos jeunes gens se donnaient du bon temps, esseulé, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, décida pour tromper son ennui, de lutiner la femme de l’aubergiste, une accorte mature ayant allumé en son ventre une flammèche qui ne demandait qu’à   s’embraser. Adalbert  ne dédaignait pas les amours ancillaires ; il avait d’ailleurs constaté avec un évident plaisir, que les femmes d’aubergiste possédaient des attraits assez exceptionnels qu’il savait  apprécier : elles avaient pour elles l’expérience qu’apporte la maturité, se montraient souriantes, soucieuses de satisfaire la clientèle ne rechignant pas à laisser apparaitre une gorge pigeonnante pour le plaisir de leurs yeux. Habituées à une cuisine de qualité, elles devenaient avec l’âge un tantinet replètes, ce qui n’est pas somme toute désagréable et les mets épicés leurs conféraient une ardeur qu’un galant apprécie.

    Malheureusement pour lui,  la belle hôtesse à laquelle Adalbert désirait rendre hommage durant la sieste de son époux, était pour l’heure agenouillée, les seins à l’air, prodiguant une buccale caresse  à son marmiton. Il dut, pour calmer sa fièvre,  se contenter d’une insignifiante cuisinière, qu’au passage, il troussa comme le soudard qui sommeillait en lui.

   Dans les jours qui suivirent, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy fut d’une humeur massacrante et le voyage se poursuivit dans un calme pesant, chacun ressassant   ses pensées. Florian subodorait une possible liaison entre Renata et Marco ; Renata éprouvait de plus en plus d’attirance pour Marco, qui  de son côté n’osait trop affirmer à ses compagnon de voyage les sentiments profonds qu’il éprouvait pour elle. Florian marquait une certaine retenue vis à vis sa cousine, craignant d’attiser la mauvaise humeur du Comte ; bref il y avait dans l’air de la tension. Seule Emeline montrait de la sérénité et face à la réserve de son époux et de ses amants, elle songeait avec délices au beau chevalier Géraud, aux moments hélas trop brefs qu’ils avaient vécus, se demandant si elle aurait le  bonheur de le revoir un jour ; et de temps à autre pour calmer ses émois, elle n’hésitait pas à s’octroyer un petit plaisir manuel avant de s’endormir.

   Il était temps que l’on parvienne à Turin où une halte de quelques jours avait été prévue, non seulement pour le repos des corps, mais aussi pour organiser le passage des Alpes, chemin obligé pour rejoindre Chambéry puis Lyon. Florian en compagnie de Marco s’employa à la recherche d’une   carriole couverte qui assurerait un voyage dans de bonnes conditions, à l’abri de la froidure  montagnarde. Adalbert profita de son passage dans la cité piémontaise pour rendre visite à quelques amis de longue date, côtoyés sur divers champs de bataille. Quand à Emeline,  soucieuse de sa beauté, elle décida de se rendre aux étuves de la ville pour des soins corporels poussés. 

   A cette époque  médiévale, sans égaler la splendeur des thermes romains d’autrefois,  il existait dans les villes de quelque importance, des lieux d’hygiène où l’on pouvait prendre des bains et se détendre dans des eaux tièdes additionnées de saponaire au pouvoir moussant. Les dames pouvaient se faire pommader le corps avec des onguents et Emeline se sentant le besoin de se refaire une beauté, convia Renata à se joindre à elle.

   Les deux femmes détendirent leurs muscles noués par les longues chevauchées à cheval tout en devisant, Renata s’ouvrant  à la comtesse sur ses interrogations concernant son avenir.

–         Ne te soucies pas de cela. Avec le temps, les choses prendront forme, et pour l’heure, nous sommes ici pour nous faire belles.

   Elles quittèrent le bain et vinrent s’allonger sur un moelleux tapis, situé dans un chaud recoin où un air tiède assécha leurs peaux. Emeline déclina les services d’une soubrette qui venait pour les enduire d’un baume, désirant  se  charger elle-même d’accomplir le massage. Elle répandit donc le liniment sur le corps de son amie et ses mains parcoururent sa douce peau blanche, s’attardant peut-être un peu plus longtemps sur ses seins dont elle constata au passage  la fermeté. Elle titilla avec délicatesse les mamelons,  repensa aux émois qu’elle avait autrefois connus avec Aude, mais n’osa pas, entrainer Renata, jeune encore, dans une relation particulière, qui pourrait la choquer. La seule privauté qu’elle se permit fut une légère claque puis un petit bisou sur ses fesses.

   A son tour, Renata entreprit de masser Emeline. Elle y mit toute  sa ferveur : cette femme à la peau douce, aux formes magnifiques la ravissait et elle prit un véritable plaisir en promenant ses mains sur ce corps admirable, s’attardant longuement sur le triangle velu dont la blondeur s’accordait avec celle de sa chevelure. Il lui vint alors cette question coquine, qu’elle posa en rougissant un peu :

–         Dites-moi Comtesse Emeline, un homme vous a-t-il déjà embrassé… en cet endroit ?

–         Des hommes, certes…

   Et après un moment :

–         Et des femmes également.

–         Des femmes ?

   Pour toute réponse, la Comtesse fit découvrir à Renata un aspect du plaisir qu’elle ignorait encore.

   Et pendant ce temps-là, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy visitait, avec son ami Angelo Tari, les lieux interlopes de la cité turinoise.

***

–         Caro mio, signore Adalberto,  che piacere di sentirlo tra i miei seni !

   Ainsi s’adressait à Adalbert Flavien Gaétan de Coucy une jeune femme, pensionnaire d’une maison de bienfaisance pour hommes esseulés, dans laquelle son ami Angelo Tari l’avait introduit. Nantie d’une opulente poitrine, elle avait pris l’habitude d’accueillir entre ses volumineux seins, les sexes masculins qu’elle entourait et  caressait par des mouvements de va et vient fort plaisants : en d’autres termes, elle gratifiait ses clients d’une bonne branlette avec ses opulents nichons.

  Cette professionnelle de l’Amour, mettait son art au service des hommes de bonne famille et lorsqu’ Adalbert évoqua son éphémère royauté, elle n’hésita pas à peaufiner sa technique afin de lui laisser un inoubliable souvenir. Et de fait, le souvenir fut si réel qu’il n’hésita pas, par la suite à reproduire cette aimable fantaisie avec son Emeline. Celle-ci apprécia la nouveauté se réservant de la renouveler à l’occasion de diverses rencontres.

   On quitta Turin, et les femmes profitèrent du passage à la Sacra di San Michele, célèbre abbaye piémontaise, pour trouver un confesseur bienveillant à qui avouer quelques peccadilles. Le bon moine morigéna les pécheresses avec cependant beaucoup de retenue, car il connaissait lui-même la rudesse des tourments de la chair, et se montra conciliant quant à la pénitence qu’il infligea : quelques dizaines de patenôtres firent l’affaire.

   Les cols alpins traversés, on se dirigea vers Chambéry, capitale de la Savoie où le comte accueilli nos voyageurs avec de grandes marques de sympathie et dans l’allégresse, car on allait fêter l’adoubement de son fils Humbert. Ce fils était en fait un enfant adultérin né à l’époque de sa folle jeunesse, et, comme cela était souvent le cas à cette médiévale époque, on était attentif à ces enfants naturels en  les établissant.  C’est ainsi que le jeune Humbert, dès l’âge de 10 ans avait été confié au comte de Genève, pour suivre un entrainement ayant pour but d’en faire un chevalier. En ce jour, dernière phase de l’initiation, on allait lui remettre ses armes après qu’il eut prêté serment de se conduire en brave petit guerrier chargé d’occire les vilains méchants auxquels il s’affronterait.

   Emeline constata que cet Humbert était fort  joli garçon, comme peuvent l’être les enfants de l’Amour, et elle ressentit au tréfonds d’elle comme un chatouillis révélateur d’une grande envie  de jouer les initiatrices avec ce damoiseau.  Elle s’en ouvrit à Renata qui fit grise mine en en apprenant cette envie et réagit aussitôt de façon énergique : 

–         Je vous en prie Comtesse Emeline,  n’allez pas me ravir mon  amoureux !

–         Ton amoureux ? Ai-je bien entendu ?

–         Vous avez très bien compris. A peine l’ai-je aperçu que mes sens en ont été bouleversés et j’ai ressenti des sensations jusqu’alors inconnues. J’ai vite compris à ses regards insistants que je ne lui étais pas indifférente.

–         Et alors ?

   Renata resta muette, mais un sourire coquin fut une réponse sans équivoque quant aux rapports qui s’étaient établis entre les deux jeunes gens.

   Il y eut quelques secondes de silence, avant qu’Emeline ne pose la question qui  lui taraudait l’esprit :

–         Vous avez …

–         Oui… nous avons…. Et je dois dire qu’Humbert, chez le Comte de Genève, n’a pas seulement appris l’art de la guerre ; en amour c’est un véritable héros apte à toutes les fantaisies depuis la montée à l’alpage jusqu’à  la galipette savoyarde ; rien que d’y penser, j’en suis toute remuée.

   Emeline comprit qu’elle avait raté une magnifique occasion. Le soir, lovée contre son époux, elle quémanda quelques éclaircissements sur la montée à l’alpage et la galipette savoyarde. Malheureusement, Adalbert fut incapable de lui fournir la moindre lumière sur ces positions amoureuses ; par contre, il s’inquiéta de ces demandes  hors de propos pour une honnête femme, aussi lui fournit-elle toutes les explications qu’il  était en droit d’attendre à ce sujet. Et les choses allant ils devisèrent longuement sur l’aventure de ces deux tourtereaux, y voyant peut-être un mariage possible  qui pourrait satisfaire les deux partis.

   Tout en parlant, Emeline avait pris entre ses douces mains, le sexe de son époux, qu’elle flattait par de subtils mouvements de va et vient. Et avant que l’irrémédiable ne se produise, Adalbert la mit en garde :

–          Ma douce, vos doigts câlins font de telles merveilles, que sous peu, notre couche en sera toute maculée.

–         Qu’à cela ne tienne, très cher époux, je connais un moyen d’éviter de tels inconvénients.

   Et une fois de plus la bouche d’Emeline  fit merveille. Malheureusement, pour elle,  Adalbert comblé fut submergé par le sommeil, la laissant  sur sa faim. Elle aurait pu, par une petite séance d’auto satisfaction combler  ce manque, mais préféra quitter sa chambre à la recherche d’une bonne âme capable  d’apaiser ses désirs. Alors qu’elle parcourait les couloirs à la lueur d’un chandelier, elle croisa son cousin Florian qui s’en revenait, à n’en pas douter, d’une petite partie fine en compagnie de joyeuse luronnes.

–         Ma cousine, que fais-tu donc en cette heure tardive dans cette coursive ?

–         Et toi, cher cousin, il  me semble que tu regagnes bien tardivement tes appartements.

–         Effectivement… J’ai rencontré une très aimable dame d’atours de la comtesse de Savoie et  nous avons échangé quelques propos.

–         Uniquement des propos ?

–         Cousine, serais-tu devenue jalouse ?

–         Non point, cher cousin, mais je constate, depuis quelques temps, une certaine indifférence de ta part  à mon sujet, et je dois dire  que cela me navre.

–          Allons ma belle, tu sais pertinemment que des liens très forts se sont tissés entre nous et si les circonstances ne nous permettent pas toujours les rapprochements que nous souhaiterions, il n’en reste pas moins….. Mais ne restons pas dans ce lugubre couloirs, allons dans ma chambre poursuivre cette conversation.

   Emeline et Florian se retrouvèrent dans une pièce, exiguë peut-être, mais joliment parée de tentures écarlates, et  derrière un lit couvert de fourrures, une tapisserie donnait une note claire à ce lieu charmant. Une cheminée dans laquelle se consumaient quelques bûches de sapin, apportait la tiédeur  indispensable en cette période automnale.

   Les deux cousins, qui n’avaient pas eu l’occasion de ce moment d’intimité, depuis quelques temps, furent heureux de se retrouver, de pouvoir converser de tout et de rien, de se donner des marques de sympathie, faites de serrement de mains, de furtives caresses, de baisers légers, qui au fils des minutes devinrent plus prononcés, plus intimes, plus savoureux, produisant bientôt  un fulgurant effet et la folle envie de se donner l’un à l’autre. Ils se retrouvèrent nus sous les douillettes fourrures du lit échangeant frôlements et caresses, prélude à des ébats passionnés durant lesquels ils s’adonnèrent aux plus folles fantaisies et aux plus extravagantes positions. Cette nuit-là, Florian se montra particulièrement entreprenant  et fit montre d’une grande originalité, n’hésitant pas  à user de toutes ses nouvelles connaissances en la matière.

   Et Emeline connut enfin le délirant orgasme que lu procura la galipette savoyarde.

Raimondo (à suivre) – 2012

(*)  Nos lecteurs constateront que Raimondo fait preuve, une fois de plus,  de  sa grande culture. On pense d’ordinaire que telle gâterie a une origine ibérique ; que nenni : l’idée de cette savoureuse cajolerie naquit par-delà les Alpes dans la botte italienne. Qu’on se le dise. (Note de l’éditeur)

Emeline et Adalbert 12

Posted in Oulibouf on septembre 10th, 2012 by gerard – Be the first to comment

XII

 » Chez l’eunuque Tamère « .

    Telle est la nouvelle enseigne qui vient de s’ouvrir dans le souk qui jouxte le palais du Sultan Bourrin. En effet, Tamère et Morgiane ont quitté leur cité troglodyte pour venir s’installer en ville, et ils ont ouvert  un négoce qui attire les chalands de tout sexe. Les femmes y trouvent des produits de beauté et des onguents destinés à leur assurer une éternelle jeunesse et les hommes, grâce aux bienfaits d’un  philtre de couleur bleuté, ils peuvent espérer  une vigueur érotique remarquable. Même si les promesses sont exagérées, cela attire le chaland.

    Tamère, on s’en souvient, grâce aux soins efficients de Morgiane avait enfin retrouvé une vie sexuelle normale ; s’en était suivie pour tous deux, une délicieuse lune de miel, durant  les semaines qui suivirent. Mais chacun  savait bien que le bonheur est parfois passager et que le quotidien risque de devenir source d’ennui. Tamère se languissait de ses amies Aïcha et Shéhérazade ; Morgiane rêvait de lieux plus enchanteurs que ces grottes troglodytes au confort rudimentaire. Bref, chacun  souhaitait une autre vie, mais  redoutait, à n’en pas douter, la perspective d’une possible  séparation.

   De temps à autre passaient en ces lieux des caravanes  qui faisaient halte pour abreuver les dromadaires et prendre quelque repos ; la vue de ces marchands leur donna peu à peu des idées, et c’est ainsi qu’ils en vinrent à s’installer dans ce souk où leur négoce devenait de jour en jour florissant, Tamère négociant avec la clientèle les produits que Morgiane élaborait. 

   Aïcha et Shéhérazade ont retrouvé leur ami avec plaisir et se sont réjouies des gestes familiers  dont il est redevenu coutumier. Elles aimeraient s’assurer que Tamère est désormais un homme comme les autres, mais la présence de Morgiane les oblige à quelque retenue et  il faudra un certain temps pour que les rapports entre tous ces personnages s’équilibrent.   

*        *

   Adalbert Flavien Gaétan de Coucy et Emeline, sur le  » Poséidon « , approchent de Venise, terme de la partie maritime de leur voyage de retour.  Il est temps d’ailleurs que la traversée prenne fin ; Adalbert supporte de plus en plus mal la fureur des flots et, nauséeux, répond de moins en moins aux sollicitations de son épouse, ce qui n’améliore pas, que l’on pardonne l’expression, les  rapports entre les deux conjoints… Et souventes fois, Emeline fait remarquer à son mari que sa bite souffre vraiment de mollesse, ce qui, pour  Adalbert n’est guère agréable à entendre. 

   Heureusement, elle se réserve des moments de détente avec un jeune mousse, objet des sollicitations éhontées de l’équipage et qu’elle a pris sous sa tutelle. L’adolescent n’apprécie pas les incitations des matelots et se réjouit de cette protection inespérée car sa bienfaitrice lui apporte, en outre, les bienfaits d’une vie sexuelle que d’ordinaire les marins ne connaissent pas en mer. Emeline reste l’idéale  initiatrice qu’elle a toujours été et le moussaillon connait avec elle les jouissances qu’apportent, le marin à la barre, le nœud cabestan ou la descente à la soute sans oublier le sampan oriental. Certes, il leur a fallu trouver des recoins tranquilles, pour pouvoir exulter en toute tranquillité, mais un trois-mâts recèle toujours dans ses coursives d’innombrables sites accueillants pour les amoureux.

   Florian est de moins en moins visible ; sujet au mal de mer, il se terre dans sa cabine et n’apparait que rarement, lors des repas. Ces nausées continuelles, lui qui n’était pas coutumier du fait, paraissent suspectes à Emeline qui subodore quelque mystère que tôt ou tard elle tentera d’éclaircir.

   Venise apparait enfin ; on mouille l’ancre et sous les ordres des gabiers, on affale les voiles.  Adalbert Flavien Gaétan de Coucy n’est pas mécontent de retrouver la terre ferme. Il s’en vient avec Emeline saluer le capitaine, et le remercier pour la qualité de son accueil. On n’attend plus que la présence de Florian, chargé d’organiser le voyage vers Paris auprès du roi de France. Mais de Florian, point : il reste introuvable.

   A ce mystère, vient s’ajouter un fait nouveau. Une religieuse s’annonce, demandant si parmi les passagers ne se trouve pas une jeune fille dont elle doit prendre charge. Evidemment, nul, pas même le capitaine n’est informé de la présence de cette personne 

  Avant qu’elle ne quitte le bateau, le jeune mousse attire Emeline loin des regards, lui confiant, sous le sceau du secret, de ne pas s’inquiéter de Florian, qui réapparaitra le moment venu sur la route de Milan ; et pour une ultime fois, il glisse une main caressante entre les cuisses duveteuses de sa bienfaitrice, qui apprécie cette courtoise attention.

*        *

   Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, sans doute pour se faire pardonner  d’une attitude trop passive durant leur traversée, a décidé de faire étape dans un des plus beaux palaces  de la ville, et loger dans un établissement à  » 5 gondoles « . Après un succulent diner, qui les change des maigres brouets  qui leur étaient servis sur le trois-mâts, ils se retrouvent dans un lit douillet sous les riches tentures colorées d’un somptueux baldaquin.

   Sans perdre une minute, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy s’empresse auprès de son épouse, veillant  à se montrer l’amant conquérant, ce qui lui éviterait d’acerbes remarques. Certes, suivant ses habitudes, il agit un peu en soudard, mais les « aaaaaaaaaaaaaaaa… » de satisfaction, prouvent qu’Emeline ne déteste pas un brin de vigueur. Et comme elle ne tient pas à ce que son guerrier s’endorme trop rapidement, elle prend les devants.

–    _   Mon bien aimé, vous m’avez comblée,  laissez-moi prendre en ma bouche, et pour le remercier, ce sexe qui m’a donné tant de plaisir.

–   _    Mais enfin Emeline ! Quelles façons sont-ce là ? Qui donc vous a mis en tête de telles pratiques?

–  _     Savez-vous mon cher que vous ne manquez pas d’outrecuidance ?

–         ……

–   Sachez que durant les longs mois d’abstinence que vous m’avez imposés, mon petit cœur de femme a souffert de solitude et mon esprit a imaginé mille choses qu’il me serait agréable de vous prodiguer pour fêter votre retour. Me reprocheriez-vous donc d’avoir pensé à vous ?

   Il faut bien avouer qu’Emeline, avait l’art de présenter les choses… Et devant le mutisme de son époux, n’attendant  pas son aval, elle n’hésita pas à s’adonner à la petite gâterie dont elle était devenue, avec l’habitude, une éminente dispensatrice. L’hommage dut combler Adalbert ; entre deux grognements de satisfaction, on l’entendit murmurer: 

–  _    Emeline ma mie, vous êtes une fée !

   Elle aurait aimé répondre à ce compliment inattendu, mais l’excellente éducation dispensée par les Ursulines lui avait appris qu’on ne parle pas la bouche pleine. Elle alla jusqu’au bout des choses à la grande satisfaction de son époux. Certes elle souhaitait une réciprocité qui à son grand regret ne vint pas ; Adalbert, comblé et vidé, ce qui, dans l’expression peut relever du paradoxe, s’était endormi. Elle s’enferma alors dans une rêverie et revit avec ravissement les gestes qui avaient été les siens durant cette croisade. Si l’expédition n’avait pas  apporté au roi de France les retombées qu’il pouvait en espérer, au moins avait-elle permis à Emeline de vivre d’inoubliables moments d’enchantement.

   Et pendant ce temps-là, à des milliers de lieux, par-delà les mers,   le Sultan Bourrin fut pris d’un malaise qui le laissa un long moment sans connaissance. Aïcha et Shéhérazade eurent le réflexe d’aller quérir Morgiane qui accouru très rapidement. 

*       * 

   On se souvient de ce roi de Chypre qui nuitamment avait apporté un grand contentement à Emeline. Il convient de nous arrêter un moment sur ce monarque.

   En attendant de ceindre la couronne royale, au décès de son père, il menait joyeuse vie et on lui connaissait diverses bonnes fortunes. L’épouse insignifiante qui lui avait été imposée, n’était guère alerte au  lit, et beau garçon il n’avait aucun mal à se trouver d’agréables compensations. L’une d’elle, une fort jolie marquise, lui donna une petite Renata. On maria la jeune mère à un prince étranger et l’on confia l’enfançon,  dans le plus grand secret,  à une famille de substitution, charge à elle d’en faire  une adolescente d’excellente éducation.

   Malheureusement, même bien éduquée, une bâtarde, fut-elle d’origine royale, n’est pas facile à établir, et depuis toujours il était prévu qu’elle deviendrait, comme bien d’autres à cette époque, une  nonne. Le couvent des cisterciennes de Venise, réputé pour sa bonne tenue avait été choisi dès sa naissance, pour l’accueillir à sa dix-huitième année. 

   Lorsque le « Poséidon » fit étape en terre chypriote, la jeune fille venait d’atteindre cet âge  et le roi profita de l’occasion pour envisager son exil vers Venise. Il chargea donc Florian d’assurer le voyage de Renata, en y mettant  la condition que cela se passe dans le plus grand secret. Toujours aussi habile, Florian par une nuit sans lune installa la passagère clandestine dans sa cabine. Le capitaine lui-même n’avait pas été informé, les choses s’étant faites à l’insu de son plein gré…

   Florian s’attacha à entourer la pauvre Renata de toute sa sollicitude. On lui avait dit fort peu de chose au sujet de cette expédition dont elle ne comprenait pas l’utilité. Ce fut à lui finalement qu’incomba la charge de lui dévoiler son passé, et de l’informer de son avenir. Devenir religieuse n’était pas spécialement son désir, d’autant qu’elle s’éloignait d’une famille aimante et surtout d’un jeune voisin dont la simple vue provoquait en elle diverses sensations loin d’être désagréables. Perpétuellement confinée dans sa cabine,  elle se languissait  et craignant pour sa santé, Florian usa de toute sa tendresse pour lui redonner la joie.

   Après tout, elle était d’âge à découvrir les mystères de la vie et il s’y employa. A quelques encablures de Rhodes, elle perdit ses habits et sa virginité ; alors qu’on doublait la Crète, elle connut un premier orgasme, et tout au long des iles grecques le phénomène se renouvela. Les flots calmes de la mer Adriatique propices aux rêveries, n’empêchèrent pas  diverses galipettes acrobatiques à couper le souffle. En vue de Venise, Renata avait acquis un excellent savoir érotique et il lui semblait impensable désormais de songer à prononcer des vœux de chasteté dans une enceinte conventuelle.

   Il fallait trouver un moyen d’éviter le couvent.

*        *

   Les découvertes de Renata ne doivent pas pour autant nous faire oublier le Sultan Bourrin qui a fait un malaise avec perte de connaissance.

   Arrivée à son chevet, Morgiane, qui ne possédait pas tous ces appareils fréquents de nos jours, exerça quelques palpations puis quelques touchers intimes ;  elle constata bien vite que ces pratiques ne donnaient pas les réactions qu’on en peut attendre d’ordinaire. Un léger remontant à base de ginseng  n’apporta pas non plus l’effet délirant escompté. Morgiane poursuivi ses massages et osa même entrouvrir son corsage pour offrir ses seins à la vue de son patient, sans constater d’amélioration sensible.

   Or, on ne l’avait pas dit jusqu’ici, le sultan Bourrin était non seulement célibataire mais, sur le point d’arriver à la trentaine, il était toujours puceau. En apprenant cette nouvelle, Morgiane décida que cette situation ne pouvait pas perdurer et illico, elle se résolut à  frapper un grand coup ; en un tournemain elle se trouva nue  et s’élança à l’assaut. Elle tenta tout, osa tout depuis la posture du  joyeux caravansérail jusqu’à celle du dromadaire au galop : point n’y fit, le sultan demeurait de marbre. Elle appela Tamère pour lui demander d’aller quérir à leur officine les petites pilules de « gravia » de couleur verte, dernier recours en la circonstance. Et le miracle se produisit : la vue de Tamère provoqua  une magnifique érection chez le Sultan. Morgiane comprit alors que son malade avait besoin d’un homme pour calmer ses angoisses : Bourrin était gay. 

   Désormais, au vu de ce nouvel élément, on s’organisa en conséquence et au cours d’une soirée de gala on entoura le souverain de jeunes éphèbes qui ne demandaient qu’à satisfaire leur maître.

   Pendant ce temps, pour fêter cette miraculeuse guérison, Morgiane, Aïcha et Shéhérazade, en compagnie de Tamère se réunirent pour une mémorable partie, au cours de laquelle on s’amusa beaucoup, on s’essaya à mille facéties, on imagina diverses combinaisons jubilatoires : les 4 amis avaient enfin trouvé leur équilibre.

   Il est possible que cette stabilité nous prive désormais de leurs aventures ; on sait que les gens heureux n’ont pas d’histoire.

*       *

   Par contre, Renata n’a pas encore  trouvé le bonheur ; en compagnie de Florian elle poursuit cependant sa quête, en évitant dans l’immédiat de se présenter auprès des religieuses chargées d’en faire une nonne accomplie.

   Grâce à l’aide du mousse, que Florian a grassement rémunéré, la passagère clandestine a pu quitter le  » Poséidon  » sans que nul ne s’en aperçoive. Tous deux ne s’attardent pas à Venise, mais ils ont pris rapidement la route de Milan avec une première étape à Padoue où se sentant en sécurité loin de la Sérénissime,  ils décident de s’y reposer quelques jours.

   A l’époque, la ville n’avait pas encore la célébrité  que le moine Antonio lui apportera un jour, mais de même que le Saint est renommé pour permettre de retrouver les objets perdus, il semble qu’à l’époque où se déroule cette histoire la cité semblait déjà vouée aux retrouvailles. Quelques jours plus tard, Adalbert et Emeline arrivèrent et retrouvèrent avec grand plaisir Florian. Il leur présenta Renata qui avait décidé  de s’attacher à ses pas, dans l’attente d’autres lendemains et comme un bonheur n’arrive jamais seul, on vit surgir le jeune moussaillon ; celui-ci, n’étant pas spécialement attiré par la vie en mer et ses vicissitudes, privé désormais de la présence de sa bienfaitrice, avait décidé de tenter plutôt des aventures terrestres. Ce soir-là, on fit bombance et le délicieux Bardolino embruma quelque peu le cerveau  d’Adalbert. Emeline profita de la circonstance pour passer un moment agréable avec son petit moussaillon.   

   Ce regroupement, on peut le penser, ne risque-t-il pas de poser quelques problèmes de coexistence ? Qu’on réfléchisse un peu. Il y a là: un couple légitime, un autre illégitime, mais aussi une Emeline heureuse de retrouver un Florian, heureuse également de retrouver son petit moussaillon aux mains si douces ; il y a une Renata, attachée certes à son Florian, mais qui ne dédaignerait pas  tenter quelques petites expériences avec le bel Adalbert, ou pourquoi pas avec ce jeune moussaillon imberbe qui lui inspire déjà des idées folichonnes ; il y a un Adalbert, qui n’ayant pas trompé son épouse depuis un moment, rêve de changements. Bref, la situation parait explosive et l’on se demande ce que réserve la suite de ce voyage.

Raimondo (à suivre)

NDLR : Il faudra bien deux mois à Raimondo, pour qu’il trouve une suite convenable aux aventures de nos héros médiévaux.

Emeline et Adalbert 11

Posted in Oulibouf on juillet 10th, 2012 by gerard – Be the first to comment

Vous qui êtes sous un parasol, les pieds en éventail dans le sable chaud et un daïkiri à la main, voici de la belle littérature estivale.XI

Dans les somptueux  appartements mis à sa disposition au palais du gouverneur, Emeline attend la venue de Grazia, cette jeune femme que la vie n’a pas toujours gâtée et dont elle a pris en main le destin.

 Ce matin elle a reçu, le beau Lorenzo, le neveu du banquier Grizzetti qui a, sans le savoir, conquis le cœur de la délicieuse Grazia ; Emeline lui a fait part de l’émotion très forte qu’il  inspire à cette jeune femme et Lorenzo n’ose croire encore à cette nouvelle inattendue. Bien sûr, il a remarqué cette délicieuse personne aux grands  yeux noirs, au sourire énigmatique, à la blonde chevelure savamment tressée encadrant un fin visage ; bien sûr, son cœur a battu un peu plus fort dès qu’il l’a aperçue, souhaitant nouer avec elle des rapports amicaux, mais jamais il n’avait osé songer que cette femme, pourrait éprouver pour lui une quelconque attirance. Cette révélation  le laisse sans voix et en apprenant que la reine a organisé une entrevue avec cette ravissante personne, il ne se contient plus d’allégresse et prenant la main d’Emeline, il la baise avec respect.

–         Majesté, comment pourrai-je vous remercier pour tant de bonté ?

–         Simplement, en vous montrant le galant homme et l’amoureux prévenant que  Grazia n’a pas connu jusqu’ici.

En elle-même, Emeline songeait que ce  bel homme pourrait la remercier en lui prodiguant quelques cajoleries nouvelles, qu’il aurait pu apprendre auprès des élégantes dames de la haute société vénitienne, bien connue pour leur savoir-faire amoureux. Mais, vis-à-vis de son amie Grazia, elle ne pouvait se permettre une telle félonie.

Le moment venu, lorsque les deux amoureux se rencontrèrent, Emeline fit preuve de discrétion les laissant à leur enchantement dans un exquis petit salon dérobé. Elle se retira, quant à elle dans son boudoir, seule avec ses pensées.

Et soudain, une de ses suivantes vint lui faire part d’une incroyable nouvelle : un trois-mâts,  venait d’entrer dans le port et un noble seigneur venu de France demandait à être reçu par la reine. Emeline n’en crut pas ses yeux : c’était son cousin Florian.

–         Ma cousine que je suis aise de te retrouver !

–         Mon cousin, laisse-moi te serrer dans mes bras, laisse-moi me rendre compte que je ne rêve pas !

–         Tu ne rêves pas, c’est bien moi, et je suis là pour t’annoncer bien des nouvelles. Mais avant tout j’ai grand  hâte de sentir la douceur de ta peau et la chaleur de ton corps.

Très vite, ils furent nus, très vite ils se donnèrent des marques d’une tendre affection. Sevrés d’amour depuis quelques temps, avides de caresses ils retrouvèrent avec ravissement les gestes d’autrefois, et bientôt, la bourrée languedocienne les mena au nirvana. Quelques minutes pour souffler et l’on recommença : Florian exulta sous l’effet d’une bouche ravageuse alors que des doigts fureteurs firent exploser Emeline.

Et pendant ce temps-là, la Méditerranée jouait avec les galets de la côte crétoise alors que Grazia connaissait enfin l’extase avec le beau Lorenzo.

Les sens apaisés, Florian se décida à expliquer les raison de sa présence ici.

–         Chère cousine, je suis chargé de te conduire jusqu’à l’ile de Chypre, où tu y retrouveras ton époux. Nous lèverons l’ancre dans deux jours.

L’air étonné d’Emeline supposait  quelques explications supplémentaires.

A son retour en Anjou, sous l’implacable férule du franciscain, Florian fut très mal accueilli par le comte, son père, furieux de l’inconduite de son rejeton, qui avait passé son temps dans des lieux de débauche au lieu de poursuivre des études de médecine. Le père morigéna vertement ce fils indigne qui avait entaché l’honneur de la famille ;  purement et simplement, il le chassa, jetant sur lui et sa descendance une  malédiction éternelle. Il en fallait plus pour démoraliser notre héros, qui prit le chemin de Paris. Précisons ici que les Flamands « descendent » sur la capitale, les Auvergnats y « montent », les Angevins « s’y rendent »

Et pendant que Florian contait ses aventures, la Méditerranée jouait avec les galets de la côte crétoise alors que Grazia connaissait un nouvel orgasme avec le beau Lorenzo.

Florian arriva à Paris dans une ville en liesse pour acclamer le Roi, qui revenait d’une calamiteuse croisade. Il faut dire qu’à l’époque, le Pape, afin de laisser un nom dans l’Histoire, prêchait une Croisade, les souverains de la chrétienté mettaient plusieurs mois à préparer l’équipée, plusieurs mois pour se rendre sur les Lieux Saints et même encore plusieurs mois pour se regrouper face à l’ennemi. Le Roi de France, las d’attendre des alliés qui tardaient à arriver, s’en revint  en ses terres laissant à d’autre le soin de régler les problèmes de Croisade et de conversion des infidèles. Les parisiens lui firent fête, d’autant que ce jour-là, coulait dans les fontaines publiques, non de l’eau minérale, mais un vin un peu aigrelet certes, mais qui se laissait boire, compte tenu de sa gratuité.

Ce retour du Roi, eut entre autre conséquence, celle de laisser sans ressources, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy ; sa modeste troupe, découragée, privée de la solde mensuelle, risquait à tout moment d’être submergée par les Turcs et le vice-roi, trouva urgent de prendre la fuite. Il se replia sur l’ile de Chypre, tenue alors par un roi d’origine françaises de la famille des Lusignan.

Avant que de poursuivre sa narration, Florian quémanda une petite gâterie, qu’Emeline, d’une bouche experte lui octroya avec générosité.

Et pendant ce temps-là, la Méditerranée jouait avec les galets de la côte crétoise alors que Grazia connaissait une fois encore une fulgurante extase grâce au savoir-faire du beau Lorenzo.

Le Roi de France, ne regrettait pas de retrouver enfin sa capitale, mais restait cependant désolé, d’avoir abandonné, un peu précipitamment, son féal Adalbert Flavien Gaétan de Coucy. Il s’apprêtait à envoyer un contingent pour assurer son rapatriement et Florian ayant eu vent de la chose, proposa ses services au Souverain. Ce dernier ouvrit un confortable crédit qui permit au jeune aventurier de venir porter assistance à l’époux de sa cousine.

On en était là ; d’ici quelques jours,  en espérant des vents favorables, on rejoindrait  la terre cypriote et Emeline retrouverait enfin son époux.

Comme on grattait à la porte, Florian ayant fait le plein des sens, s’esquiva par une issue dérobée pour regagner sa goélette et préparer l’embarquement. Grazia demandait à voir Emeline qui, après s’être crémé la peau pour effacer quelques stigmates attestant les efforts des heures précédentes, la reçu avec joie.

–         Majesté, je vous dois des sensations  merveilleuses dont je n’aurais jamais imaginé l’existence. J’ai ressenti  avec Lorenzo d’inoubliables frissons, que mon corps n’avait jamais éprouvé jusqu’ici, et je me suis donné sans contrainte et sans que la moindre pudeur ne me retienne.

Que dire après tant d’enthousiasme ? Rien, sinon souhaiter que les moments de bonheur se poursuivent et que Grazia sache choisir dans sa vie les voies de la félicité.

Quelques semaines plus tard Emeline, cheveux au vent sur la proue du navire,  aperçut au loin l’ile de Chypre et dans le port  flottait l’étendard  royal : burelé d’argent et d’azur, au lion de gueule, armé, lampassé et couronné d’or, brochant sur le tout. (*)

(*) Raimondo cherche à nous éblouir par son érudition ; mais ne nous y trompons pas, comme à l’accoutumé il pompe effrontément sur Wikipédia. (Note de l’éditeur)

Emeline retrouva enfin son époux dont elle était séparée depuis de nombreux mois, mais ces retrouvailles ne furent pas aussi éclatantes qu’elle avait pu l’imaginer. Ce soir-là elle ne put s’empêcher de faire montre de son mécontentement : 

–         Adalbert, mon cher époux, je ne voudrais pas me montrer discourtoise avec vous, mais permettez-moi de vous faire remarquer que vous avez la bite molle.

–         Qu’entendez-vous par là, très chère ?

–         Je n’entends rien mais après plus d’une année de séparation, j’attendais de vous d’autres prestations que celle de ce soir.

Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, tout penaud, allégua les tracas, les soucis, la guerre, bref une foultitude de fausses raisons qu’Emeline feignit de croire sur parole. La conversation s’arrêta: des ronflements sonores attestèrent  que son époux, après sa petite éjaculation de retrouvailles, s’était enfuit aux pays des rêves. Emeline ne trouvant pas le sommeil, décida de quitter la couche conjugale   pour prendre l’air. Elle revêtit une longue cape de soie bleue, sous laquelle elle était nue,  pour aller se détendre  et  faire quelques pas dans les jardins du palais royal où le couple logeait.

On était en été ; un doux zéphyr transportait les suaves effluves des parterres fleuris et Emeline s’enivrait de ces délicieuses fragrances, en parcourant à la lueur de la pleine lune  les allées d’un magnifique parc. Elle se croyait seule, mais en fait, depuis un moment, curieux de cette présence nocturne, un homme la suivait, le maitre de céans, le roi de Chypre. Malgré l’heure tardive et suivant l’usage, Emeline fit la révérence devant le souverain, geste qui eut pour effet d’entrouvrir sa cape et laisser entrapercevoir sa nudité. Un galant homme aurait fait mine de n’avoir rien remarqué : ce ne fut pas le cas ; ce roi, qui ne devait pas être un homme galant, lança ses mains à la découverte d’une tiède et douce peau qu’il caressa avec raffinement. Emeline aurait pu faire l’offusquée, prendre l’attitude d’une vierge effarouchée, mais les attouchements royaux étaient trop prodigieux pour les repousser. Bientôt, sous l’effet  d’une bouche passionnée qui s’était aventurée sur son ventre, elle connut le frisson d’un fulgurent  orgasme qu’elle manifesta avec des « aaaaaaaaaaaaa….. » de satisfaction.

L’instant d’après, Emeline s’ouvrit pour accueillir son généreux bienfaiteur et jusqu’au petit jour, les deux amants se donnèrent de mutuelles marques d’affection.

Quelques jours plus tard, Adalbert Flavien Gaétan de Coucy, sur le trois-mâts « Poséidon », mettait le cap sur la France, oubliant son éphémère royauté, souhaitant que les vents lui soient favorables pour regagner au plus vite sa terre natale. Emeline son épouse gardait le souvenir ému d’une nuit merveilleuse, dont elle regrettait qu’elle fût la seule. Florian, en garçon bien élevé, s’obligeait à une certaine retenue et rares étaient les moments où  sur une coursive déserte, il pouvait gratifier sa cousine d’une trop rapide incursion de ses doigts inquisiteurs.

*        *

Au palais du sultan Bourrin, Aïcha poursuit l’organisation de spectacles pour la  grande satisfaction du maitre des lieux. Bien sûr, Shéhérazade la seconde ; les deux amies s’entendent parfaitement et, de temps à autre, ne se refusent pas un moment d’affection. Certes, les hommes ne manquent pas dans le palais et les deux femmes trouvent avec eux de quoi satisfaire leurs petits besoins intimes, mais elles n’excluent pas, à l’occasion, quelques plaisirs lesbiens. Au cours de cette intimité, elles évoquent leur ami Tamère, se demandant toujours, ce qu’il est devenu.

Il est venu le temps de nous en préoccuper.

On se souvient que le pauvre eunuque, miné par la déprime avait disparu. Il était las d’une vie sexuelle déséquilibrée, faite de pulsions qui le poussait à laisser trainer ses mains sur les rondeurs féminines, mais aussi son incapacité à être l’amant triomphant prêt à partir en guerre. Il se souvint qu’en son temps, il avait connu un marabout et l’idée lui vint de consulter cet homme de l’art ; il se rendit donc vers la cité troglodyte  où il demeurait.

Malheureusement, le vieil homme n’y était plus. Seule une femme hantait les lieux ; elle se présenta: 

–         Je suis Morgiane. Mon grand-père, après son long passage sur cette terre a regagné le paradis d’Allah. Mais il m’a initié à sa science, et si tu as besoin de mes services, je me tiens prête à te venir en aide.

C’était une femme qui malgré la maturité gardait les traits de la jeunesse et le sourire de l’adolescence ; en d’autres circonstances Tamère aurait certainement laissé courir ses mains sur les remarquables rondeurs de son corps comme il avait coutume de le faire avec Aïcha ou Shéhérazade mais, on le sait, ces façons lui étaient passées.

Tamère expliqua longuement ses tracas. Morgiane l’écouta avec attention et après un long moment de réflexion, demanda à son patient de lui montrer ce sexe récalcitrant ; le prenant en main, elle le tâta longuement, le soupesa, commença quelques subtils va et vient et pour finir le prit en sa bouche. Cette  pratique qui d’ordinaire fait merveille, n’apporta pas les effets habituels, mais la langue experte de Morgiane décela une infime réaction qui pouvait laisser quelque espérance. Elle prononça son verdict :

–         Sais-tu faire la cuisine ?

Etonné par la question, il répondit cependant par l’affirmative.

–         Voilà qui est parfait. Désormais je te charge de cette tâche, et quant à moi je vais me mettre à la recherche d’herbes et d’onguents afin d’appliquer le long traitement que j’entrevois, pour te soigner.

C’est ainsi que Tamère, durant des semaines, s’occupa d’assurer le couvert, pendant que Morgiane lui préparait des potions dont il s’abreuvait plusieurs fois par jour ; chaque soir, une langue fureteuse venait s’enquérir de l’évolution et des progrès du traitement ; à priori,  Morgiane semblait satisfaite, d’autant que son patient retrouvait peu à peu  son goût  pour les effleurements, ce  qu’elle acceptait très volontiers, comme un élément important de sa médication.  Bref, les choses allaient pour le mieux.

Les jours passèrent dans l’attente et un soir, le miracle se produisit : pour la première fois de sa vie, alors que Morgiane faisait avec sa bouche son habituel examen vespéral, Tamère parvint enfin à exhiber une sublime raideur. La femme s’arrêta pour contempler la superbe érection qu’elle s’empressa de faire disparaitre par les soins diligents d’une langue coquine : Tamère connut enfin les bienfaits de la jouissance.

A son tour, Morgiane réclama sa part de bonheur ; il est vrai qu’avec Tamère, elle n’avait pas eu jusqu’ici l’occasion de gagner les rivages de la félicité et elle décida de mettre fin à un  manque qui commençait à la tenailler. Elle se débarrassa de ses vêtements devenus superflus, se frotta lascivement contre son compagnon, lui prodigua mille fantaisies auxquelles il réagit de fort belle façon ; alors, telle Andromaque la Troyenne, elle entama  une cavalcade, caracolant sur un membre  dévoué à ses désirs et bientôt son rubis con monta au  Capitole.

Dans les jours qui suivirent, ils eurent de très fructueux échanges qui permirent à Tamère de découvrir la panoplie des caresses que femme aime à recevoir, et en particulier le rallye troglodytique et ses variantes dont ils usèrent à plusieurs reprises.

Raimondo (à suivre)