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Viviane 24

Posted in Oulibouf on février 10th, 2018 by gerard – Be the first to comment

Chapitre 4 : Paris 

Quelques années ont passé.

Viviane a atteint  la trentaine. La maturité a effacé ses traits juvéniles pour faire place à une  jolie femme que le temps a façonnée et embellie. Semblable à ces femmes de la Bible, la Salomé d’autrefois, s’est transformée en une Judith remplie   d’expérience et ce qui ne gâte rien, pleine d’attraits. Elle ne manque  pas de courtisans et répond très volontiers aux avances que sa beauté suscite.

Précisément, ce soir, dans les bras de Mattéo, son actuel amant, elle vit une passion  délicieuse  au cours de laquelle elle n’hésite pas à user d’une nouvelle caresse qui s’est répandue depuis la venue  en France de mercenaires espagnols. Viviane offre sa splendide poitrine et accueille en son sillon mammaire un sexe qui sollicite sa dose de caresse. Mattéo est jeune, plein de vie, plein d’envies. Faire l’amour avec lui, apporte à Viviane le savoureux frisson que son corps réclame sans cesse. C’est un artiste peintre en devenir ; ce florentin est  de passage à Paris avant  de rejoindre, pour parfaire son apprentissage, les ateliers flamands, dont la renommée est parvenue jusqu’en Toscane où il est né.

Viviane l’a  rencontré à Paris au cours des fêtes somptueuses données lors de la naissance du dauphin Louis, en ce mois de septembre 1601. Après l’époque troublée des luttes religieuses, Henri IV à ramené la paix et la concorde dans le royaume. Il s’est converti au catholicisme, il a octroyé l’Edit de Nantes aux protestants, on peut donc désormais songer en toute quiétude à « la poule au pot », excellente gâterie dominicale instituée par le Roi.

Marie d’Elbeuf ayant quitté son château d’Anet, Viviane ne se trouvant  plus utile en ces lieux,  décida de poursuivre sa vie dans la capitale. Après des débuts difficiles, au cours desquels elle vécut de petits métiers tout justes suffisants pour lui permettre de vivre chichement, le destin l’a conduite vers le quartier de l’Arsenal où réside le grand argentier du royaume, Sully, croisé a Anet après la bataille d’Ivry. Elle songe donc à solliciter son aide pour obtenir une audience auprès du roi. Sully l’a reconnue ; par principe, il se méfie toujours des anciennes maitresses de son maitre qui sollicitent quelques faveurs, en souvenir, voire en paiement des moments intimes qu’elles ont offerts à leur souverain. Mais aujourd’hui il  se laisse toucher par Viviane, encore plus belle qu’autrefois, du temps où elle  soigna  avec succès le brave Rambures, sauveur du roi à la bataille d’Ivry.

Sully a fait part au souverain de cette visite. Henri, se souvenant de cette gentille femme, docile, à laquelle il avait appris quelques jolies figures de l’Arétin et qui, se souvenait-il savait utiliser sa bouche avec maestria, demanda à son ami Sully de bien vouloir octroyer à Viviane une petit pension, en récompense de services rendus au royaume. L’expression fit rire le roi, mais Sully soucieux des deniers dont il avait la garde, ne partagea pas cette hilarité. Il s’exécuta néanmoins rendant la vie de Viviane plus sereine.

Ce soir, avec Mattéo, après de nombreux intermèdes amoureux, dans un moment de quiétude, elle réfléchit à la proposition que ce dernier lui a faite : l’accompagner dans son périple auprès des peintres flamands. Elle est assez favorable à ce genre de suggestion, encore que… La nuit portant conseil, et suivant son habitude elle se retourne pour dormir sur le ventre ; cette position laissant apercevoir la troublante courbure de ses reins et deux voluptueuses fesses rondes qui donnent  à Mattéo quelques libidineuses pensées.

  • — Cara mia, ton joli pétit cul, il est magnifico !… Jé peux ?
  • — Non
  • — Uné fois, jé t’en prie.
  • — Non et non, profère Viviane d’une voix ferme.

En amour, aucune caresse ne lui déplait, aucun geste  ne la rebute, sauf, celle que Mattéo désire en cet instant et qui reste l’apanage des professionnelles ou des bourgeoises qui veulent éviter une maternité lorsqu’elles s’offrent à un amant.

  • — Tou sais, cara mia, à Firenze, la signora Rénata….
  • — Tu me l’a déjà, mais ici, on est à Paris et je ne suis pas  » la signora Rénata ». Je suis ravie que mes fesses te plaisent ; j’aime quand tu les caresses, lorsque tu les couvres de tes baisers empressés, mais ne m’en demande pas plus et ne t’avise surtout pas à laisser trainer, ne serait-ce qu’un doigt, vers cet antre que « la signora Rénata » offre à tout venant.

Devant cette fin de non recevoir, Mattéo devra se contenter de lover contre ces douces et attirantes rondeurs, un sexe quémandeur. Par de doux mouvements de son corps, Viviane l’aidera à faire naitre l’exaltation qu’il recherche avant de sombrer dans un sommeil réparateur, après ces longues heures de jeux amoureux.

Quelques jours plus tard, alors que nos deux tourtereaux se préparaient à gagner la  Flandre, Viviane se rendit compte qu’elle était enceinte. Lorsqu’elle vivait auprès de Jacquotte, celle-ci lui fournissait des plantes pouvant mettre fin à une grossesse non désirée ; mais aujourd’hui elle est seule, son amie ayant quitté depuis quelques années déjà le monde des vivants.

A n’en pas douter, Mattéo est le père de cet enfant.

Tous deux s’étaient rencontrés, par hasard, sur le chantier qui faisait alors la curiosité des parisiens : l’édification d’un pont de pierre, qu’on appelait déjà le Pont Neuf, à l’extrémité de l’ile de la cité. Mis en œuvre à l’initiative du roi Henri III, les travaux avaient cessés durant la période des guerres de religion mais dès son entrée dans la capitale, Henri IV avait remis ce projet à l’ordre du jour.

Viviane avait remarqué ce beau garçon, venu se rendre compte de l’avancée des travaux et qui lui avait fait compliments sur sa beauté, sur l’éclat de son sourire, sur la blondeur de ses cheveux, sur son élégance ;  bref, il la dragua avec le savoir faire de ces éternels conquérants d’au-delà les Alpes. Les jours suivants, ils se retrouvèrent à plusieurs reprises, Mattéo se faisant de plus en plus empressé ; comme tous ces florentins il parlait avec ses mains qui, de policées devinrent entreprenantes, et une nuit ils firent plus ample connaissance sur un lit douillet. Ils échangèrent les caresses les plus tendres, les plus folles ; ils ne se quittèrent plus, évoquant même un avenir commun.

L’honnêteté de Viviane, lui faisait obligation d’annoncer à Mattéo, sa paternité, ne serait-ce que pour l’en informer. Il ne chercha à se disculper, comme auraient tendance  à le faire certains jolis-cœur, mais quelques jours plus tard, il disparut. Un gamin apporta à Viviane une missive succincte :

 » Tu aurais dû faire comme la Signora Renata… »

Cette boutade provoqua chez Viviane, un léger sourire, tout aussitôt suivi d’un rictus de tristesse. Elle avait perdu un compagnon avec lequel elle aurait aimé parcourir un bout de chemin. Sa maternité devait la rendre plus sage : elle s’abstint désormais  de tout contact avec les hommes  et lorsque ses sens la tracassaient par trop, elle s’en arrangeait comme savent si bien le faire en pareille situation tous les êtres humains quel que soit leur sexe.

Mattéo resta quelques années à Anvers dans l’atelier florissant de Brueghel le Jeune, dont les thèmes picturaux étaient à l’époque très demandés par une riche bourgeoisie commerçante. Il batifola quelque peu avec Maria, la sœur du peintre, une grassouillette flamande ayant sans doute des idées plus larges que Viviane en matière de caresses amoureuses. Cependant, Florence venant à lui manquer il déserta après quelques années les brumes du nord pour retrouver la douceur du climat toscan. L’Histoire n’a point retenu s’il y retrouva la Signora Renata…

***

Au printemps de l’année 1602, devant la porte du couvent de l’abbaye St Pierre de Montmartre, on  découvrit un couffin d’osier dans lequel sommeillait un joli poupon de quelques semaines, sous les langes duquel on trouva une lettre, qui devait sans doute donner quelques explications sur la provenance de cet enfançon. La sœur tourière prévint l’abbesse Marie-Catherine de Beauvilliers qui, dans l’immédiat mit à l’abri cet enfançon, le confiant au soin des religieuses du couvent.

L’Abbesse prit connaissance de la lettre, et dès les première lignes fut frappée par la teneur du message qu’elle contenait :

« Madame, tout comme vous, j’ai été la maitresse de notre Roi Henri, du temps où il guerroyait pour conquérir Paris… »

Ce début évoqua chez la nonne, quelques souvenirs intimes, que son esprit ne parvenait pas à oublier. A l’époque, elle n’avait pas 20 ans, et assurait son noviciat, ayant dû suivre l’injonction familiale qui la destinait à l’état monacal, alors que son jeune corps réclamait assurément d’autres conditions de vie. Le fringant Henri, qui avait établi son quartier général en l’abbaye de Montmartre, n’eut aucune difficulté à prendre dans ses filets cette jolie religieuse, qui découvrait soudain, d’autres joies de l’existence.

Malheureusement pour elle, le volage amant pris par d’autres projets s’éloigna. En remerciement cependant,  c’est là une des ses remarquables façon de se comporter avec une certaine élégance, il souhaita et obtint que cette religieuse, née de noble famille prenne, malgré son jeune âge, la direction de ce couvent et en devint donc l’Abbesse.

 » Je confie à vos soins cet enfant de l’amour, qui n’est pas l’œuvre de notre Roi, mais celui d’un peintre qui a fait vibrer mon cœur et mes sens, durant de merveilleuses semaines. Je vais me fondre désormais dans quelque couvent hospitalier de ma province natale, où je veux me rendre utile aux malades, afin d’expier mes fautes.

Madame, nous avons vécu des circonstances semblables auprès d’un grand monarque, perpétuel amoureux des femmes, de toutes les femmes. Ces imprévus de la vie ne peuvent que nous rapprocher et je reste persuadée  que cela vous incitera à prendre soin de celle qui porte mon prénom : VIVIANE ».

Marie-Catherine de Beauvilliers fut touchée par le contenu de cette lettre et durant de longues minutes resta immobile, l’esprit embrumé de souvenirs. Elle songeait à l’avenir de cet enfant que le destin lui avait confié, sans trop savoir quelle initiative prendre. Dans l’immédiat cependant, elle désira voir ce bébé tombé du ciel, en un lieu où d’ordinaire la présence des enfants n’est pas envisagée.

Sœur Marie-Christine, qui avait autrefois été maman avant de d’endosser la bure monacale  s’était occupée de la petite Viviane.  L’Abbesse découvrit une gracieuse fillette repue par le  biberon qui lui avait été donné, entourée de langes propres, souriant aux anges.

  • — Elle est belle, n’est-ce pas ma Mère, constatèrent quelques nonnes que la curiosité appelait pour découvrir cette nouvelle pensionnaire.

L’Abbesse se contenta de sourire, sans laisser paraitre sur son visage le moindre objet de ses intimes pensées. Peut-être regrettait-elle à cet instant  de n’avoir jamais à connaitre les joies de la maternité. Sœur Marie-Christine profita de sa présence, pour lui  remettre un petit cadre en bois de conception très rudimentaire qu’on avait trouvé dans le fond du berceau.

L’Abbesse, put lire, gravé dans le bois :

« VIVIANE 1602 »

Et en dessous :

« Mattéo ROSSELLI ».

Raimondo – 2018 (à suivre)

 

Viviane 23

Posted in Oulibouf on décembre 10th, 2017 by gerard – Be the first to comment

Chapitre 3 : Anet

 Charles de Rambures repose, après la délicieuse galanterie que Viviane lui a offerte. Comme tous les amants, il somnole, les sens apaisés. A la porte de la chambre Albin, le majordome,  frappe toujours, discrètement et Viviane se décide  à l’introduire afin de se renseigner sur le mystérieux cavalier qui demande à être reçu par le maitre de séant.  C’est à ce moment qu’elle se rend compte de sa nudité. A peine couvre-t-elle ses seins avec ses bras croisés sur son buste ; il est vrai qu’à l’époque, la pudeur n’avait rien d’aussi rigoureux que dans les siècles suivants. Quand au majordome, en serviteur stylé, il fait celui qui n’a rien remarqué, même s’il a tout vu.

  • Dites-moi, cet inconnu serait-il un militaire chargé d’apporter quelque message du Roi ?
  • Que nenni, Madame Viviane, c’est un manant, un grand homme aux cheveux roux qui monte un gros percheron au pelage clair.

Cette sommaire description alerte aussitôt Viviane. Elle subodore la venue inopinée de son mari et cela ne lui dit rien qui vaille.

  • Laissez attendre ce visiteur et ne faites surtout pas baisser le pont levis avant d’en recevoir l’ordre du Comte.

Viviane s’en revient auprès de Charles et avec douceur, le tire de son sommeil. Il lui sourit, prêt à reprendre le délicieux combat amoureux ; ses mains déjà s’égarent sur les délicieux tétons qu’il titille avec ferveur. Mais Viviane met vite fin à ces caresses pour l’entretenir du visiteur, qu’il avait d’ailleurs complètement banni de son esprit pour ne retenir que les belles images des délicieux moments qu’il vient de vivre.

  • Charles, je t’en prie, sois sérieux ; je crains que le visiteur qui demande à te voir ne soit mon mari.
  • Comment cela se pourrait-il, puisque tu ne l’as pas averti de ta venue ici.
  • Bien sûr, mais Jacquotte était au courant.
  • Donc elle le lui a dit.
  • C’est impossible ; je connais ma Jacquotte, elle sait garder un secret. Je crains cependant qu’il n’ait usé de la force pour la faire parler.
  • Et bien je vais recevoir cet individu et si, comme tu le crains il s’agit de ton mari, je me charge de lui faire dire ce qui s’est réellement passé.

Charles de Rambures donne ordre de relever le pont levis et laisse entrer le visiteur qu’il va recevoir dans la salle des gardes, où se tiennent quelques écuyers  chargés de la sécurité du manoir.  Abel Lerouge, car c’est bien lui, usant d’un ton arrogant, annonce sans ambages l’objet de sa venue.

  • Je suis venu chercher mon épouse qui d’après mes renseignements se trouve ici.
  • Et qui tenez-vous ces renseignements ?
  • D’une folle sorcière qui a cru me berner, mais que j’ai réussi à faire parler, pour tout vous dire.
  • Je vois, répond laconiquement Rambures, je vois…

C’est bien ce que craignait Viviane, Lerouge a fait usage de la force pour faire parler Jacquotte. Dans l’immédiat, en entendant de prendre une décision, Charles de Rambures offre à Lerouge asile dans les oubliettes du sous sol, emmené manu militari par les gardes,  malgré ses hurlements de colère.

  • Tu vois Lerouge, moi aussi je sais user de la force !

Apprenant cette nouvelle et craignant qu’il ne soit arrivé quelque chose de grave à son amie Jacquotte, Viviane décide de partir sur le champ pour Anet, malgré l’heure tardive.  Charles tente de l’en dissuader ; en cette période de guerre, les chemins ne sont pas sûrs et il craint qu’elle ne  fasse en cours de route quelque mauvaise rencontre. Il éprouve pour cette femme, et c’est bien la première fois qu’un tel sentiment s’éveille en lui,  un intérêt certain qui le pousse à veiller à son bien-être. Jusqu’ici les femmes n’ont été pour lui qu’un heureux moyen de libérer ses pulsions, mais il doit reconnaitre qu’avec Viviane, outre le plaisir procuré par une brûlante intimité, s’ajoute quelque chose de plus profond. Finalement, il décide de l’accompagner jusqu’à Anet, avec une escorte de cavaliers, avant que de rejoindre l’armée royale qui doit pour l’heure cantonner autour de  la capitale.

Quelques jours plus tard, la petite troupe se retrouve à Anet. Viviane s’est révélé durant le voyage une excellente cavalière ; très tôt son père l’a initié à l’équitation et la longue chevauchée de Rambures à Anet n’a rien pour la rebuter, d’autant qu’elle a hâte de retrouver son amie pour laquelle elle se fait du souci. Il a cependant fallu faire quelques étapes, au cours desquelles, Charles et Viviane ont vécu quelques intimes moments dans les diverses auberges croisées en chemin.

Ils ne savent pas qu’à l’ avenir, ils n’auront plus jamais l’occasion de se revoir et que leur belle amourette n’était pas destinée à durer.

***

  • Viviane, ma belle, tu es revenue.
  • Tu ne crois tout de même pas que j’allais te laisser seule après avoir appris que Lerouge avait usé de violence envers toi.
  • Surtout envers mon chien, mon fidèle compagnon.

Et devant l’air étonné de Viviane, Jacquotte conte les pénibles évènements qui se sont déroulés.

Dès qu’il s’est aperçu de ta disparition, Lerouge après t’avoir vainement recherché ici, s’est dirigé sur Paris où se trouvaient les troupes du roi Henri. Bien sûr il ne t’y trouva pas. Il pensa alors, connaissant nos liens d’amitié, que je devais en savoir plus sur ton absence soudaine. Durant des jours il me harcela, usa même de violence, pour me faire parler et savoir ce que tu étais devenue. Fort heureusement, mon chien Pataud se trouvait à portée chaque fois que Lerouge devenait trop menaçant.

C’est les yeux en larmes que Jacquotte poursuivit son récit.

Un matin il se présenta. Pataud n’était pas là ; j’ai pensé qu’il était parti faire son petit tour matinal. En fait, Lerouge avait réussi à le capturer à l’aide d’un piège à loup et il me mit le marché  en main : me dire où tu étais ou ne plus revoir mon chien.

J’ai bêtement cédé.

Je dis bien  » bêtement », car ton infâme mari, satisfait de savoir où tu te trouvais, est reparti sans me faire savoir ou se trouvait mon chien, que je n’ai d’ailleurs jamais retrouvé malgré mes longues recherches.

Jacquotte était inconsolable d’avoir, selon elle, trahie son amie, en dévoilant l’endroit où elle se cachait. Viviane, la  serra tendrement dans ses bras afin de la consoler et pour bien lui montrer qu’elle n’avait pour elle aucun ressentiment.

– Tu n’a rien à te reprocher, ma petite Jacquotte. Je connais les façons d’agir de  Lerouge ; il est capable de toutes les ruses, de toutes les vilénies et tous les actes les plus malveillants. Actuellement, dans un cul de basse fosse, il est en train d’expier ses méfaits.

– Ne crains-tu qu’il revienne un jour et qu’il se venge ?

– Son sort m’importe peu et je ne crains ni sa colère ni ses représailles ; je  suis ici  de passage, je voulais avant tout avoir de tes nouvelles, et d’ici quelques jours, je partirai vers d’autres lieux, là où le destin me guidera…

***

Au château d’Anet, la vie a repris. Marie d’Elbeuf, est revenue s’y réfugier. Son époux,  Charles de Lorraine, duc d’Aumale,  héritier  des lieux faisait partie des ligueur ; il a  été fait prisonnier à la bataille d’Ivry et  elle attend son retour, alors qu’il  moisit actuellement dans une forteresse de flandrienne. Marie, est désemparée. Issue d’une branche cadette de la prestigieuse maison de Lorraine, elle n’est guère fortunée et son mari guerroyant depuis des années a dilapidé une grande partie de ses biens. Le château d’Anet est actuellement son refuge, où elle vit chichement, avec quelques serviteurs.

Abel Lerouge, régisseur des lieux qui en  assurait l’intendance ayant disparu, Marie est bien désemparée. Viviane, tenue par Jacquotte au courant de cette situation, prend alors l’initiative de proposer ses services à cette noble dame qui l’accueille avec grand plaisir, assurée de trouver en elle une femme pleine d’initiative qui lui sera d’une aide précieuse, voire indispensable.

  • Il est temps que cessent ces guerres de religion n’apportant que le malheur dans le royaume et que nous reprenions une vie heureuse comme autrefois.
  • Madame, je pense qu’il faut faire confiance à notre Roi Henri pour ramener la paix.
  • Je vous en prie, ne me parlez pas de ce huguenot de malheur. Il est grand temps que nos ligueurs mettent fin à sa chevauchée.

Cette réflexion, bien sûr, n’est pas du goût de Viviane. Le roi Henri reste pour elle un intime souvenir, qu’elle n’est pas prête d’oublier. Il lui importe peu qu’il soit catholique ou protestant, il reste pour elle le merveilleux amant qui lui a fait découvrir les délices de l’amour et les voies du plaisir.  Elle se demande durant quelques instants, si elle a eu raison de proposer ses services à cette femme aux idées différente des siennes ; mais, et c’est là l’un des atouts de son caractère, elle sait, quand il le faut,  prendre le temps de forger la bonne décision. Pour l’heure, oubliant les querelles de religion, elle décide de rester auprès de Marie d’Elbeuf, remettant au moment venu, la poursuite de son destin.

Cette sage décision fut pour tous la meilleure qui soit. La vie au château se fit plus radieuse ; le personnel reconnut en Viviane une maitresse femme et la duchesse d’Aumale, titre conféré par son mariage se fit plus  amicale avec elle, malgré leurs opinions différentes en matière de religion.

La vie coulait allègrement quand un soir, se présenta au domaine, Albin le majordome de Charles de Rambures. Son maitre, avait rejoint les troupes royales et l’avait chargé d’apporter à Viviane quelques nouvelles de son mari. La longue détention dans les oubliettes avait quelque peu troublé l’esprit de Lerouge frappé de folie  douce, la danse de saint Guy comme on disait alors.  On décida de le libérer et le pauvre hère poursuivit sa misérable existence, mendiant sa pitance ça et là, auprès des paysans qui l’avaient pris en pitié.

La nouvelle ne toucha pas spécialement Viviane mais elle  n’eut   pas  le cœur de s’en réjouir. On lui avait imposé cet homme qui n’avait pas sut lui apporter sinon le bonheur, du moins la quiétude ; une page de sa vie était tournée et quant à l’avenir, elle s’en remettait au destin.

La présence d’Albin, lui rappela quelques souvenirs et en particulier, ce jour où il vint annoncer à son maitre, l’arrivée d’un visiteur. Elle revit le moment où, toute nue, elle l’introduisit dans la chambre royale où avec Charles elle venait de vivre quelques savoureux  instants. Des évocations coquines surgirent dans son esprit. Elle remarqua alors que ce majordome, qui pouvait avoir une petite quarantaine d’année, n’était pas vilain garçon et sentit s’éveiller en elle un petit frisson délicieux. Depuis longtemps elle n’avait pas fait l’amour, aucune main d’homme n’avait effleuré son corps, caressé sa peau et cajolé son intimité. Elle se rendit compte soudainement de ce manque.

La nuit suivante Viviane n’hésita pas à gagner la couche d’Albin qui la reçut quelque peu étonné, certes, mais sans rechigner à ce bonheur soudain qu’il apprécia à sa juste valeur, avec un remarquable savoir-faire.

Il faut avouer qu’ils dormirent peu cette nuit là…

Raimondo – 2017 – À suivre

Viviane 22

Posted in Oulibouf on octobre 10th, 2017 by gerard – Be the first to comment

22e épisode

Chapitre 2 : Rambures

             Après quelques jours passés  à Anet, Henri IV se dirigea vers Paris.

S’il voulait être reconnu comme Roi de France, il lui fallait au minimum investir sa capitale ; mais les parisiens, tout comme les Ligueurs, ne voulaient  toujours pas admettre  à la tête du royaume un souverain  protestant. A la suite de sa victoire à Ivry, il se dirigea donc sur Paris. Mais la ville, confortablement protégée par ses fortifications demeura imprenable. Le Roi organisa un siège autour de la cité  afin d’empêcher les vivres de parvenir et de réduire  les habitants  à la famine. Autrefois, c’était une façon d’agir très courante : les sièges constituaient une tactique guerrière dont on ne se privait pas.

Au bout de six mois, les parisiens qui  possédait suffisamment de réserves vivrières ne cédant pas,  le Roi, jugea préférable de se retirer, d’autant qu’on annonçait l’arrivée de troupes espagnole venant au secours des Ligueurs.

Le Brave Rambures, le sauveur d’Henri IV, ne participa point à l’équipée, sa blessure au bras, qui avait du mal à se cicatriser, le faisait terriblement souffrir.  Le Roi lui-même ordonna qu’il puisse se reposer dans la demeure  familiale, un magnifique château d’architecture médiévale situé aux sud d’Abbeville.

A cours de son voyage, Charles de Rambures, qu’on avait confortablement installé dans un coche, eut le plaisir de voyager avec celle qui, à Anet lui avait prodigué des soins : Viviane. La jeune femme qui souhaitait se consacrer à son blessé quitta Anet, sans hésiter après avoir seulement prévenu Jacquotte. Elle s’était nantie  de toute une panoplie d’herbes et de juleps afin de poursuivre les soins indispensables.  Viviane avait trouvé ce moyen commode pour s’éloigner d’un mari qui ne lui apportait guère de satisfaction dans la vie courante, et qui au lit n’avait ni l’imagination ni les  audaces qu’elle avait découvertes auprès du Roi Henri.

Le voyage permit à Charles et Viviane de mieux se connaitre. Le Brave Rambures était un jeune militaire, d’à peine 20 ans, initié depuis son plus  jeune âge à l’art du combat, dans lequel il se montra vite courageux et même téméraire ;  n’avait-il pas, au risque de sa vie, porté secours au roi Henri à Ivry ? Viviane, à quelques mois près, était sa cadette. Elle le trouvait bel homme, admirant son corps musclé par les combats, sensible au charme de son sourire ; bref, il ne lui était pas indifférent

Le voyage pouvant se révéler un peu long et éprouvant pour le blessé, on décida de faire halte à proximité de Rouen dans une auberge au bord de la Seine. Après un bon souper et avant le repos nocturne, Viviane voulu vérifier l’état de la blessure et s’employa à renouveler les soins journaliers. Penchée sur la plaie, elle offrait à Charles la  jolie vue d’un charmant  buste que le décolleté de sa robe cachait mal. Charles s’en délecta, bien sûr :

_ Vous êtes très jolie.

Depuis longtemps Viviane connaissait  par expérience tous les sous entendus   qu’une telle phrase recelait et si autrefois elle avait coutume de répondre par un sourire railleur aux avances de quelque galant, ce soir, la remarque  de Charles de Rambures la toucha profondément. Elle décida de se montrer généreuse envers ce soldat blessé souhaitant lui apporter un peu de réconfort. Une menotte s’insinua à la recherche d’un sexe qui s’éveilla aussitôt sous l’effet d’un heureux va et vient. Charles aurait aimé prendre sa place dans ce concert amoureux, mais handicapé par sa blessure il fut contraint de s’abandonner à la délicieuse caresse prodiguée par cette femme, gardant seulement en l’esprit l’image  de ses magnifiques seins qu’il avait furtivement entrevus. Viviane n’attendait rien ; elle souhaitait simplement apporter par sa tendresse, la détente et « le repos du guerrier ».

Apaisé, Charles de Rambures s’est endormi ; Viviane a regagné sa chambre. Elle a du mal à trouver le sommeil ; trop d’images encombrent son esprit. Elle aurait tant aimé que Charles puisse la prendre dans ses bras, lui témoigner, sinon de l’amour au moins de la tendresse, en exprimant  l’envie qu’il ressentait pour elle, par des baisers d’affectueux et quelques troublantes privautés capable de l’enflammer. Morphée lui apporta quelques merveilleuses images qui  hélas, n’étaient qu’irréelles rêveries.

Le lendemain, le voyage se poursuivit, d’abord dans le silence. Après quelques lieues, Charles se décida à parler :

_Pourquoi avez-vous agi comme cela hier soir ?

_Vous n’avez pas aimé ?_Ne soyez pas sotte, vous avez bien senti que j’étais ravi de cette caresse !

_Donc, soyez satisfait, et ne vous posez pas de question.

_Mais…

Et de nouveau le silence s’installa, toujours pesant, silence qui n’empêchait pas Charles et Viviane de revivre en pensée tous les évènements qui s’étaient déroulés depuis ce 14 mars,  jour de la bataille d’Ivry. Charles rompit le silence, alors qu’au loin se profilait les tours d’un magnifique manoir.

_Voici Rambures, le château de famille transmis aux ainés depuis un demi-millénaire ; je vous y souhaite la bienvenue et espère me montrer, en reprenant un peu de santé, un hôte que vous trouverez agréable.

Le manoir de Rambures, en ce 16e siècle finissant gardait toujours son aspect médiéval : un bâtiment central flanqué de quatre tours, protégé par des douves encore remplies d’eau pour l’isoler d’une attaque possible. Il était entouré d’un parc à la verdure luxuriante qui ajoutait à son charme. Certes, il datait un peu ;  on avait oublié que le Moyen Age était loin et que désormais le style  Renaissance prévalait. Viviane fut cependant  agréablement surprise par  cette bâtisse d’une toute autre facture que celle d’Anet.

Charles de Rambures, retrouva son vieux père, Jean, devenu grabataire,  qui n’avait plus que quelques mois à vivre avant  de léguer le patrimoine au glorieux combattant d’Ivry. Pour l’heure, la domesticité se mit à l’ouvrage afin de préparer un festin pour fêter dignement le  retour du héros.

***

Et pendant ce temps là, à Anet, Abel Lerouge recherche vainement son épouse, mystérieusement disparue depuis le départ du Roi Henri et de ses lieutenants. Il se doutait  que Jacquotte devait certainement en savoir plus à ce sujet et il s’en vint la trouver. Il ne tira à priori aucun renseignement de cette femme qui, en bonne rusée, jura ses grands dieux  ne rien savoir à propos de Viviane. Mais Lebel qui ne l’entendait pas de cette oreille, haussa le ton, pour effrayer la vieille femme qu’il croyait apeurer par une attitude mâle et déterminée.

–Allons Lerouge, ne crois surtout pas me faire peur avec tes airs de matamore. Si ta femme a disparu, c’est que tu n’as pas été assez intelligent pour la retenir auprès de toi ; et c’est dommage car Viviane est une fille bien, mais il est un peu tard pour t’en apercevoir.

–Vous savez donc ce qu’elle est devenue ?
–Bien sûr ! Mais ne compte pas sur moi pour te dire quoi que ce soit.

Entendant ces propos, Lerouge fou de rage se précipita vers Jacquotte, dans l’intention de la frapper. Il n’avait pas compté sur la présence d’un chien d’apparence débonnaire, qui pour défendre sa maitresse avait pris dans sa gueule le bras de l’agresseur.

–Calme-toi Lerouge ; je n’ai qu’un mot à dire pour que ton bras devienne inutilisable.

Sur un signe de sa maîtresse, le chien se calma et Lerouge, comme un péteux quitta les lieux, remâchant sa colère ; satisfait tout de même de s’en tirer à bon compte.

***

A Rambures, les soins assidus de Viviane ont apporté un mieux qui, de jour en jour, active la cicatrisation des blessures de Charles. Il souffre moins et réussi à mouvoir son bras avec une certaine aisance. Aujourd’hui, il à montré à Viviane le magnifique parc ou croissent, en cette période printanière, des plantes à fleurs soigneusement entretenues par de nombreux jardiniers. Viviane fait l’admiration de son hôte pour les connaissances qui sont les siennes en matière de botanique. Décidément cette jeune femme n’a pas fini de l’étonner.

Un soir après un succulent souper, il l’entraine dans une aile du manoir qu’elle ne connaissait pas.

–Voici, lui dit-il, la chambre du Roi.

On le sait surement, mais tout châtelain se devait autrefois  de réserver une pièce somptueusement décorée, afin de donner asile au Roi, s’il venait à faire halte au château. A Rambures la chambre royale est parée de tapisseries, un peu vieillottes certes, mais encore soigneusement entretenues, qui illustrent les exploits guerriers d’un lointain aïeul durant les croisades.

Ce soir, on n’attend pas le Roi et pourtant dans la cheminée quelques bûches se consument apportant une douce tiédeur à cette pièce. Viviane imagine ce qui va survenir ; ce n’est pas pour lui déplaire : on ne dédaigne pas les attentions d’un bel homme, surtout lorsqu’on a été privé d’amour depuis quelques semaines.

Lentement elle s’est parée d’une nudité que Charles admire. Elle s’offre sans retenue au Brave Rambures qui se révèle un amant attentionné ; peut être manque-t-il encore d’une certaine expérience que le temps lui apportera, mais Viviane n’en fait pas cas. Elle se laisse dorloter, s’abandonne aux désirs de cet homme qui la caresse avec douceur et laisse errer ces lèvres sur les rondeurs d’un buste qui l’émerveille. Viviane prendra l’initiative de guider dans sa chaude intimité le sexe érigé ; elle apportera par les frémissements de son corps en liesse la conclusion de cet intermède amoureux qui les comblera de plaisir.

Dans les bras l’un de l’autre, muets, ils goûtent la quiétude des amants apaisés par la jouissance : ils sont heureux. Charles n’a jamais vécu d’aussi intenses moments. Comme tous les hommes de guerre il n’a connu que de sordides aventures avec ces femmes qui suivent les troupes, leur apportant la fausse sérénité des amours vénales. Il découvre un bonheur tout nouveau pour lui ; son esprit, un peu fruste n’imagine pas qu’il est en train de vivre les premiers frémissements de l’amour.  Mais est-il fait pour l’amour lui qui ne connait que la guerre ?

Près de lui Viviane est songeuse. Son corps a éprouvé la détente qu’elle désirait ardemment mais  son esprit ne cherche pas à enjoliver la réalité : Charles est noble et dans son avenir une modeste roturière n’a pas sa place. Après tout, seul compte le plaisir qu’ils prennent ensemble, et Viviane ne résiste pas à entreprendre une nouvelle cavalcade qui va les mener une fois encore au pinacle.

Alors qu’ils se font mille caresses et gentillesses de toute sorte, le majordome du manoir frappe discrètement à la porte :

–Monsieur le Comte, un cavalier demande à vous voir !
–Et qui est-il ce cavalier ?
–Il ne veut dire son nom qu’à vous-même. Dois- je faire baisser le pont-levis ?

Charles de Rambures n’aura pas, pour l’heure, l’occasion de répondre. Un violent mais délicieux orgasme le secoue vivement, plaisir provoqué par la bouche accueillante de la gentille Viviane.

Raimondo – 2017 – à suivre

Viviane 21

Posted in Oulibouf on août 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

QUATRIEME PARTIE

La jolie Viviane née à la fin du XVe siècle au château de Tournehem a eu de nombreux descendants durant le siècle suivant. Le prénom de Viviane n’étant plus à la mode, on l’oublia durant quelques décennies, ce qui n’empêcha pas les dames de cette famille, l’hérédité ne perdant pas ses droits, de vivre quelques belles aventures où chacune sut faire honneur au jeu du trou-madame. L’aimable prénom réapparu avec la femme d’un régisseur qui officiait à Anet, dans la magnifique propriété de la belle Diane de Poitiers.  C’est cette Viviane, qui un jour croisa le chemin du Vert Galant.

Elle ne fut pas déçue de la rencontre…viviane21

Chapitre 1 : Ivry 

             Le 14 mars 1590 eut lieu la  bataille  d’Ivry, bien connue historiquement car un certain Henri IV, y menait ses troupes en les priant de se rallier à son panache blanc, à savoir quelques plumes d’oie qu’il avait plantées dans son couvre-chef. L’anecdote, très contestée, demeure cependant dans les mémoires et les Malet, Isaac et autres grands historiens s’évertuent à la divulguer.

Henri de Bourbon, devenu le Roi Henri IV l’année précédente, d’obédience protestante,  voyait son titre contesté par la plupart de ses sujet, bons catholiques depuis Clovis. L’Histoire nous réserve toujours quelques paradoxe car pour régler des problèmes de religion, dont la philosophie repose sur la magnanimité et l’indulgence, on n’hésita pas à prendre les armes ;  c’est ainsi que l’armée royale se retrouva  à Ivry, face aux ligueurs catholiques conduits par le duc de Mayenne. Ce dernier regretta d’avoir engagé un combat au cours duquel son armée, pourtant supérieure en nombre subit une mémorable défaite.

Au soir de cette victoire, Henri IV convia tous ses chefs de guerre à fêter l’événement, en faisant bombance. On peut imaginer,  les chroniqueurs restant avare au sujet de ce même événement, qu’il se  fit ce soir-là une formidable ripaille bien arrosée, à laquelle les serveuses participèrent à leur manière, en  se mettant en quatre (pattes, peut-être…)  pour assurer le repos des guerriers.

C’est au cours de ce repas que François de Montpensier, l’un des convives présents suggéra au souverain, qu’on puisse s’accorder quelques jours de repos.

  • Que nenni mon ami, répliqua le Roi avec son remarquable accent béarnais, demain j’irai à la chasse. Qui m’aime me suive !

Il fut difficile à quiconque de ne pas montrer l’amour qu’il portait au Roi…Et le lendemain, le souverain s’en alla chasser le chevreuil entouré de ses fidèles lieutenants. Maximilien de Béthune, que la postérité honorera sous le nom de Sully, s’était chargé d’organiser une chasse dans le massif forestier proche d’Yvry,  celui du domaine d’Anet, appartenant à Louise de Brézé, qui en avait hérité de sa mère Diane de Poitiers, favorite du Roi Henri II.

Lorsqu’ Henri IV, vit le magnifique château, construit et embelli par les plus grands artistes de la Renaissance, il décida de s’y installer momentanément pour mettre au point son entrée dans Paris, sa capitale,  qu’il se devait de conquérir afin d’affirmer manu militari le titre royal qu’on lui contestait. Et comme les propriétaires du domaine ne résidaient pas dans le lieu en ces jours là, il décida d’y prendre ses aises durant quelques semaines.

Le régisseur chargé de gérer le patrimoine, un certain Abel Lerouge, patronyme que portait  la famille depuis de nombreuses générations, du fait d’un lointain aïeul aux cheveux rouquins, tenta bien de s’interposer à cette occupation, qu’il jugeait illégale,  mais on lui fit comprendre que son opposition n’avait aucune importance ; le maréchal de Biron lui fit même une remarque, cinglante :

  • Dites-moi, mon ami, avec une telle attitude, vous risquez de vous retrouver sous la plus haute branche d’un chêne,

Ajoutant au bout de quelques secondes :

  • Au bout d’une corde…

La remarque amusa tous les guerriers présents, sauf bien sûr Abel Lerouge et une très jeune femme qui se trouvait à ses côtés, son épouse Viviane.

***

             Viviane était la fille d’un bûcheron du domaine d’Anet. C’était, avait-on coutume de dire, un garçon manqué. Dès son plus jeune âge, elle avait pris le pli d’accompagner son père en forêt ; curieuse de tout ce qui concerne la nature, elle  apprit à reconnaitre les essences qui croissaient dans la région : les chênes, les hêtres et toutes les espèces de feuillus que son père lui avait fait connaitre. Une vieille rebouteuse, Jacquotte, qui vivait en troglodyte dans une galerie  souterraine de la forêt, lui apprit le secret des plantes qui  soignent  les maux et les blessures. Elle parvint même à lui inculquer quelques rudiments de lecture et de calcul.  Sa fine oreille lui permit de reconnaitre les oiseaux suivant leur chant ; elle pouvait distinguer  le croulement de la bécasse, ou le pituitement du rossignol voire le turlutement de l’alouette. Elle grandit ainsi, un peu  comme une sauvageonne, mais on s’aperçut bien vite que cette sauvageonne devenait avec le temps une magnifique jeune fille ; ses longs cheveux bruns et ses yeux verts ensorcelaient déjà les garçons mais lorsqu’ils s’aperçurent que son buste prenait une allure agréable que le décolleté de son bliaut mettait en valeur, ils commencèrent à tourner autour d’elle, lui proposant quelque promenade dans les halliers déserts. Viviane restait indifférente à ses attentions ; tout juste acceptait-elle, rarement d’ailleurs, un petit baiser sur la joue ou sur la main, mais savait rabrouer vertement, le malotru dont les mains baladeuses s’aventuraient vers des rondeurs, attirantes certes, mais interdites.

Le père de Viviane craignant pour la virginité de sa fille, jugea utile de « l’établir », entendez par là, de la marier au plus vite. L’occasion se présenta, puisque le régisseur Abel Lerouge, veuf depuis peu, sollicita sa main. Il avait besoin d’une femme pour tenir sa maison et évacuer son trop plein d’énergie. Bien sûr, on ne demanda pas l’avis de cette  jeune fille de 18 ans ; cette union ne la satisfaisait guère, mais Viviane se disait qu’elle avait en elle suffisamment d’énergie pour ne pas se laisser trop dominer par un époux presque quinquagénaire qui bénéficiait d’une certaine aisance, ce dernier argument  n’étant pas à négliger.

***

             Abel Lerouge n’osa pas répliquer face au châtiment que lui laissait entrevoir le maréchal de Biron ; il s’éloigna tout penaud et regagna son logis, alors que Viviane resta sur place. Le Roi et ses hommes se rendirent compte alors de la présence de cette ravissante jeune femme et l’œil du souverain s’éclaira à la vue de cette beauté. Des pensées coquines firent bouillonner son esprit et plus encore, comme à chaque fois qu’il croisait un joli minois. Viviane se rendit compte de l’intérêt que le souverain  lui portait ; elle était au courant des anecdotes que l’on  contait à son sujet, sur sa vie amoureuses  pour le moins tumultueuse mais ne pouvait   imaginer qu’il puisse lui porter un quelconque intérêt.  Par contre, elle constata que parmi les guerriers présents, un jeune écuyer, avait au niveau du bras, la manche de son habit ensanglantée. Elle se permit alors de s’adresser à lui.

  • Monsieur, le sang que je remarque sur votre habit donne à penser que vous êtes blessé au bras. Si vous le permettez, j’aimerai voir cette blessure afin d’y apporter quelques remèdes dont j’ai le secret.

Le Roi applaudit à cette secourable  intervention, le blessé étant Charles de Rambures un jeune nobliaux qui avait montré un grand courage durant la bataille et avait même sauvé son souverain sur le point d’être assailli par l’ennemi.

Viviane, à l’aide de ses potions naturelles soigna une plaie qui loin de se refermer présentait un très mauvaise aspect. Le jeune homme d’ailleurs était brûlant de fièvre et il était grand  temps d’intervenir. Soigné et pansé, Charles de Rambures avait toute chance de  reprendre des forces. On l’installa  dans l’une des splendides  chambres du château dans laquelle il s’endormit promptement.

Le Roi étant aux anges sachant le sauveur de ses jours en bonne voie de guérison, tint à remercier la jeune et jolie femme pour ses soins diligents. Il lui fit l’honneur de la convier à son souper. Viviane en fut flattée et pour faire honneur à son Roi, choisit parmi ses effets la parure la plus jolie qu’elle puisse posséder. Son mari s’en offusqua.

  • Voilà des manières qui ne me plaisent guère ; tu te conduis comme une gourgandine et d’ailleurs cette invitation ne me dit rien qui vaille.
  • Mon cher mari, s’opposer au bon vouloir du Roi ne me parait pas une bonne attitude. Souvenez-vous de la remarque du fringant maréchal.
  • Quelle remarque ?
  • N’était-il pas question de la plus haute branche d’un chêne ?

Les époux n’allèrent pas plus loin dans la discussion, la réflexion s’avérait explicite et Abel eut la sagesse de s’en tenir là.  Viviane, parée d’un  magnifique bliaud de soie, se rendit donc à l’invitation royale. Le repas y fut exquis : un vrai festin de roi.

Bien sûr, c’était à prévoir, et Viviane se doutait que cela se produirait, le Roi  l’entraina dans une splendide chambre, bien chauffée par d’énormes bûches qui se consumaient dans une immense cheminée parée aux armoiries de la belle Diane de Poitiers. Le Roi se montra galant ; avec délicatesse il dévêtit sa jolie partenaire qui ne chercha surtout pas à s’opposer  aux désirs du souverain. Admiratif, il contemplait ce joli corps à la blanche peau satinée, caressant les voluptueuses formes  qu’il découvrait, ravi.  Longuement, il prodigua de sensuelles caresses et Viviane se réjouissait de ces attentions que son piètre mari n’avait jamais eu l’idée de pratiquer ; il était du genre, en avant toute et on fait dodo. La jeune femme sentait monter en elle, un frisson tout nouveau, une onde inconnue s’emparait de son corps. Le Roi fit durer ces sublimes instants et lorsqu’il la pénétra, la jolie Viviane, pour la première fois de sa vie, ressentit le fabuleux plaisir provoqué par l’orgasme.

Jusqu’à une heure avancée de la nuit les réjouissances perdurèrent, à la grande satisfaction de Viviane qui découvrait enfin ce qu’étaient les larmes de jouissance.

Dès le lendemain, avant même de rejoindre son logis, elle alla raconter à Jacquotte, devenue sa confidente, la bonne nouvelle. Les deux femmes, depuis le mariage de Viviane, avait pris l’habitude de partager leurs petits secrets féminins et souvent Jacquotte avait évoqué quelques vieux souvenirs laissant entendre que dans sa jeunesse elle avait bien profité des plaisirs de la vie. Viviane était on ne peut plus radieuse après la nuit passée auprès du Roi et songeait même à un avenir radieux, éloigné de ce qu’elle avait connu jusqu’à présent. Jacquotte eut le bon sens de tempérer ses enthousiasmes et de lui signifier que passer la nuit dans le lit du Roi ne faisait pas d’elle une reine de France. Et comme Viviane était loin d’être sotte elle comprit très bien l’allusion.

Il y eut cependant une autre nuit, tout aussi réjouissante que la première ; elle y apprit quelques jolies séquences, tout aussi ravissantes…

Quelques jours plus tard,  le Roi et ses hommes  quittèrent le château, partant à l’assaut de Paris. Anet retrouva son calme ; Abel Lerouge avait évité la pendaison, mais dans l’aventure Viviane avait disparu.

Raimondo – à suivre

Viviane 20

Posted in Oulibouf on juin 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

20e épisodeviviane20

Chapitre 7 : retrouvailles

            Le samedi 27 janvier 1515, Viviane faillit perdre son pucelage…

           La veille, on s’en souvient, elle avait appris le secret de ses origines, et dès lors, une fois pour toute, elle chassa de ses pensées l’oncle mercier dont elle souhaitait radier de son esprit la parenté, de même que le joli cousin aux yeux bleu ; quoique celui-ci pour un petit encas… Viviane comme toutes les filles de son âge, avait quelquefois du vague à l’âme, un peu ailleurs également…

            Cependant, si ce cousin avait des yeux magnifiques, elle restait, comme beaucoup de rémoises, subjuguée par l’admirable Roi à la fière allure qu’elle avait aperçu alors qu’il défilait sur un noir destrier dans les rues de la ville. Elle pensait d’ailleurs, et n’en était pas peu fière, que ce monarque était pour elle un très lointain cousin, certes de la main gauche, mais cousin tout de même, puisque tous deux avait en commun un aïeul, le Roi Jean II, le vaincu de la bataille de Poitiers durant la guerre de Cent ans.

            Et c’est en suivant les défilés, afin de voir de près son « beau cousin », qu’elle remarqua un bel écuyer de la suite royale. Une fois encore, son cœur sensible frémit à sa vue ; il était jeune, beau, vêtu de jolis atours et tenait un écu portant en armoirie le blason vairé de Bretagne, emblème  dévolu à la jeune Reine de France qui avait hérité de cette province léguée par sa mère Anne de Bretagne. Viviane lui sourit, fit un léger signe de la main que ne manqua pas de remarquer le beau damoiseau.

             Le hasard, (mais était-ce bien le hasard ?) fit qu’ils se rencontrèrent le jour suivant et qu’ils lièrent conversation. Aymeric, ainsi s’appelait-il,  lui proposa de visiter les écuries, une grande bâtisse aménagée au cours des siècles par les moines de l’abbaye de Saint Rémi,  pour recevoir les nombreux chevaux qu’on devait héberger et soigner durant les jours de sacre. Viviane accepta volontiers cette invite d’autant qu’on était en hiver et que la température  n’était pas très clémente pour rester trop longtemps à l’extérieur.

            En lui tenant la main pour la guider, Aymeric  lui montra l’impressionnante file de stalles ou reposaient les destriers ; un peu plus tard  il enserra sa taille et profita bientôt de cette position pour se montrer plus hardi glissant sa main sur un sein, dont il sentit la fermeté à travers le lainage de sa robe. Le cœur de Viviane se mit à battre un peu plus fort. Elle avait jusqu’à ce jour connu quelques amourettes gentilles, celles que connaissent tous les préadolescents, mais cette fois le garçon se faisant plus pressant et même profitant d’un recoin destiné à entreposer le foin des destriers, il la renversa sur cette molle  litière,  glissa une main sous sa robe à la recherche d’une intime peau nue. Elle eut peur. Elle se doutait bien, les années passant, que les petits flirts deviendraient à la longue plus poussés, qu’une  intimité naitrait, faite de caresses et de privautés, mais elle voulait choisir le moment de sauter le pas et en aucune façon ne voulait laisser ce coquin agir comme un soudard.

            Viviane se rebiffa, repoussant tant bien que mal la main importune qui cherchait à l’envahir en violant son intimité ; elle poussa un cri guttural qui se répercuta sous la voute du bâtiment, cri que  perçut un lad  se trouvant dans les parages, pour accomplir ses tâches quotidiennes. L’homme approcha et aussitôt comprit la situation. Calmement il prit Aymeric par le cou et le tira violemment en arrière ; il avait une force peu commune et l’écuyer se retrouva piteusement sur le sol, les quatre fers en l’air. Malgré la douleur que la chute avait provoquée, il eut l’audace de s’adresser avec morgue à son agresseur :

        De quoi te mêles-tu, manant, sais-tu bien qui je suis ?

        Oui bien sûr je le vois, tu n’es qu’un malfaisant qui se conduit de façon ignoble avec une jeune fille.

        Je suis écuyer au service de la Reine et je te défends de m’interpeler sur ce ton.

        Eh bien Monsieur l’écuyer au service de la Reine, je vous prie de bien vouloir déguerpir d’ici rapidement, sinon je vais vous rosser de si belle façon que notre souveraine aura du mal à  vous reconnaitre après les  petites attentions que je vous réserve.

             L’homme était grand, fort, un colosse à la  voix de stentor ; tout en lui donnait à réfléchir. Aymeric eut assez de sagesse pour s’éloigner très lentement, non par bravade, mais tant les os lui faisaient mal après sa chute.

             Le lad s’en vint alors vers Viviane qui sanglotait, lui prit paternellement la main et par de douces paroles parvint à la rasséréner. Elle se calma, sourit à ce sauveur à la douce voix lénifiante.

        Merci Monsieur, d’être intervenu.  Que serait-il advenu si vous ne m’aviez pas prêté main forte ?

        Oublions tout cela, voulez-vous. La nuit va bientôt tomber et si vous le souhaitez je peux vous raccompagner chez vous.  

             Bien sûr, elle accepta. Elle ne connaissait pas ce colosse, mais tout en lui respirait la bonté, la bienveillance ; sa longue chevelure grise, rappelait les patriarches que Jehan, son enlumineur de père, avait dessiné pour illustrer une bible qu’un noble mécène lui avait  commandée.

             De retour au logis avec son sauveur elle fut le témoin d’une péripétie  pour le moins inattendue et   incompréhensible pour elle. A peine se virent-ils que le lad et Jehan se jetèrent dans  les bras l’un de l’autre, dans une amicale étreinte.

        Jehan, mon ami, que je suis heureux de te revoir !

        Guillaume, par quel miracle, te trouves-tu ici ?

             Certes ces manifestations d’affection étonnèrent Viviane, qui resta bouche bée et stupéfaite de la situation. Son père éclaira sa lanterne et une fois encore  elle découvrit un pan de sa vie qu’elle ignorait.

        Ma petite Viviane, ce charmant monsieur est un ami de longue date, que j’ai connu lorsque nous vivions au château de Tournehem. Il est le mari de Guillemette, cette femme qui t’a allaitée durant les premiers mois de ta vie. Au castel, c’est lui qui s’occupait des écuries de l’oncle Antoine de Bourgogne en veillant d’excellente façon  à l’entretien des chevaux. A l’époque, nous nous sommes  liés d’amitié et j’ai bien regretté que depuis notre retour à Reims l’occasion de nous revoir ne se soit pas présentée.

             Guillaume à son tour leva, pour Viviane et Jehan, le voile du passé. Après le décès du Grand Bâtard,  son petit fils Philippe hérita du manoir ; militaire, toujours par voie et par chemins, il y venait rarement.

        Il nous chargea, Guillemette et moi d’entretenir les lieux en bon état, ce que nous avons fait et continuons de faire. En outre, les moines de l’abbaye de Saint Rémi font toujours appel à mes services lors du sacre de nos Rois pour m’occuper des chevaux de tous les nobles venus en la circonstance. C’est le troisième sacre durant lequel j’officie, et certainement le dernier, car notre Roi est jeune, il a un long avenir devant lui et je quitterai ce monde avant la venue de son successeur.

             Sur ces entrefaites, Flore arriva et en un premier temps s’adressa à sa fille.

        Voyant que la nuit allait tomber je me suis inquiétée pour toi et je suis allée voir si tu n’étais pas chez ta marraine.

             Ce fut Guillaume qui intervint :

        Sachez, petite madame, que j’ai eu le plaisir de croiser dans la rue cette jolie jeune fille et n’écoutant que mon bon cœur, sans même savoir qui elle était, je me suis proposé pour la raccompagner chez elle.

             Flore reconnut alors cet ami d’autrefois et à son tour se jeta dans ses bras, heureuse de le revoir après de longues années.

             Ce jour-là on fêta les retrouvailles à l’Auberge des trois canards, et Eliette fut de la partie. On se régala ; on ressassa de vieux souvenirs ; on évoqua le Grand Bâtard de Bourgogne qui avait traversé leur vie. Eliette, l’incorrigible Eliette remarqua que ce Guillaume avait somme tout fière allure et qu’il devait être un excellent complice dans l’intimité. Elle imagina beaucoup de choses et cette nuit-là, se déroula une magnifique chevauché qui la fit crier de bonheur. Malheureusement pour elle, ce n’était qu’un rêve…

***

             En quelques jours la ville de Reims retrouva son calme habituel après le départ du Roi et de tous les participants que le sacre avait attirés. Les bourgeois de la cité, comme le veut la tradition, payèrent les frais engagés pour les diverses cérémonies, les défilés et la décoration de la cathédrale et des rues de la ville. Comme à l’accoutumée, ils se plaignirent des sommes exorbitantes  qui leur furent demandées, oubliant que ces fêtes attiraient beaucoup de monde et que les divers commerces avaient pu  en ces jours, remplir très largement leur escarcelle.   

             La cité ne sait pas qu’il lui faudra attendre 32 ans pour organiser le prochain sacre. Elle ignore encore que dans quelques mois le Roi François se couvrira de gloire à Marignan. Elle ne se doute pas qu’après cette retentissante et inoubliable victoire qui fera florès à l’avenir, viendront les revers, la défaite de Pavie, les démêlés du souverain avec l’ignoble Charles Quint. Elle méconnait aussi qu’à travers toutes les vicissitudes du règne, le royaume, après un long Moyen Age, va connaitre une ère nouvelle avec La Renaissance.

***

             L’année suivante Viviane se rendit à Tournehem, à l’invitation de Guillaume. Flore sa maman  l’accompagna en ces lieux  dont la jeune et jolie jeune fille ne gardait  qu’un souvenir très vague et qu’elle rêvait de revoir avec des yeux d’adultes.  Elle fut heureuse de retrouver Guillemette cette femme qui l’avait nourrie dans les premiers mois de sa vie.

             Le château restait de facture médiévale et malgré les bons offices de Guillaume, il commençait à accuser son âge ; de gros travaux auraient été nécessaires afin de rénover les toitures en mauvais état et les murs aux pierres érodées. Le propriétaire se souciait peu d’y réaliser les grands travaux indispensables ; d’ailleurs il n’en avait pas les moyens.

             Néanmoins, l’intérieur avait encore un certains charme que Tristan lui fit découvrir. Tristan était le fils de Guillaume et Guillemette, donc son  frère de lait ; à quelques jours près, ils étaient du même âge et bien vite une certaine camaraderie s’établit  entre eux. Tristan  lui fit visiter les combles où l’on pouvait admirer les magnifiques charpentes de chênes, œuvre du savoir faire d’autrefois, les échauguettes, les mâchicoulis et autres meurtrières. On était en été et le soir, les deux jeunes gens aimaient parcourir au clair de lune la campagne environnante. Avec la complicité de la nuit leur camaraderie se fit alors plus intime, un flirt s’ébaucha  se mua bientôt en amourette ; on échangea quelques baisers de plus en plus tendres et l’on osa des caresses qui, les jours passant, devenaient passionnées. Tous deux  étaient à l’âge où l’on a hâte de connaitre quelques nouveautés.

             Le lundi  7 juillet 1516, Viviane perdit son pucelage.

Raimondo – Fin de la IIIe partie (mais… toujours à suivre)

Viviane 19

Posted in Oulibouf on avril 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

viviane19

19e épisode

Chapitre 6 : 1515

– Marraine, en me promenant dans le quartier Saint Jacques j’ai aperçu un damoiseau qui m’a tourné l’esprit. Si tu savais comme il est beau, il a des yeux d’un bleu que j’ai rarement vu. Si tu savais !
– Je sais ma petite Viviane, je connais tes emportements ; il ne se passe pas une semaine sans que tu m’annonces avoir entrevu un beau godelureau qui t’a fait battre le cœur.
– Oui mais celui-là…
– Celui-là est comme les autres ; dans quelques jours tu viendras me dire que tu as croisé un bel éphèbe aux yeux de braise dont tu ne peux oublier le charme qui t’a retourné les sens, et que tu ne peux oublier.

La Viviane enthousiaste qui dialogue avec sa marraine, est cette enfant née voici bientôt 16 ans au château de Tournehem, la fille de Jehan, l’enlumineur, et de la belle Viviane dont elle porte le prénom, décédée en lui donnant la vie. Quant à la marraine, à qui elle confie les élans de son cœur d’adolescente, il s’agit d’une femme qui en amour a une expérience certaine : c’est Eliette, l’apothicaire, qui malgré sa cinquantaine épanouie a toujours, comme on dit, de beaux restes qu’elle n’hésite pas à s’offrir lorsque l’occasion s’en présente ; et l’occasion se présente encore assez souvent, au grand plaisir de son corps demandeur.

Il y a bientôt seize ans, Jehan découvrait cette jolie Viviane, sa fille, orpheline d’une maman disparue en lui donnant la vie, mais entourée par l’amour de tous : le Grand Bâtard et Jeanne son épouse ainsi que tous le personnel du château de Tournehem et en particulier la cuisinière, la grosse Guillemette qui venait d’accoucher et qui fut pour cet enfançon, une nourrice toute trouvée ; sans oublier, parmi tous ces dispensateurs d’amour, Flore, l’amie de la malheureuse défunte.

Flore avait connu plusieurs hommes dans sa vie et s’était vite rendu compte qu’elle n’enfanterait jamais, c’est pourquoi elle décida de recueillir ce bébé et de l’élever comme s’il avait été le sien. Il faut avouer que Jehan fut on ne peut plus satisfait de cette généreuse initiative qui assurait l’avenir d’une enfant dont il ne rejetait pas la paternité, mais dont il ne se sentait pas capable d’assurer le quotidien. Pendant quelques années, le Grand Bâtard leur assura le gite et le couvert en son castel et la petite Viviane grandit en toute quiétude dans ce village flamand entourée par les soins et l’amour de Flore, celle qui, à ses yeux était sa maman. Jehan poursuivit ses travaux d’enluminure, soutenu par le mécénat de son oncle. Quant à Gautier, ce clerc avec lequel Flore avait vécu quelques aventures intimes, il prit ombrage de l’intimité qui s’était créée entre les parents de la petite Viviane, et quitta Tournehem lorsque le Grand Bâtard mourut.

On était en 1504, Viviane venait d’avoir 5 ans. Il fallait penser à lui assurer une éducation convenable et tout naturellement on pensa au couvent de Cormontreuil dont les religieuses assuraient toujours l’instruction des jeunes filles de bonne famille. Jehan et Flore revinrent à Reims où les choses y avaient bien changé, ce qui facilita leur retour ; seule subsistait parmi les connaissances d’autrefois la jolie Eliette, toujours aussi belle, toujours amoureuse du moindre joli garçon croisant son chemin, toujours partante pour passer quelques moment de plaisir ; elle fut heureuse d’accueillir ses amis et de connaitre enfin cette fillette, cette nouvelle Viviane avec laquelle s’instaura bientôt une profonde affection doublée d’une réelle connivence. Fort des sentiments qui tout naturellement se firent jour, on décida qu’Eliette serait désormais la marraine de la fillette, Jeanne qui, en son temps la porta sur les fonds baptismaux ayant disparu depuis quelques années.

            C’est à cette époque que se créa une profonde intimité entre Jehan et Flore. Cette dernière était libre désormais et lui, malgré quelques aventures destinées à maintenir un équilibre physique, n’avait contracté aucun lien durable. Entre eux, il n’y avait eut aucune attache équivoque ; seuls les avaient réuni les soins dont ils entouraient cette fillette, objet de leur affection. Aujourd’hui, les choses avaient changé et un soir Jehan constata que sa couche était occupée par Flore, nue et offerte. Ils ne se dirent rien, mais comprirent que dorénavant une ère nouvelle allait commencer pour eux. Cette nuit là, ils apprirent à se connaitre et ce fut merveilleux ; nuit trop courte pour échanger toutes les caresses qu’ils avaient grande envie de partager.

***

            Les années passent et en ce mois de janvier 1515, on prépare le sacre du nouveau roi, François, premier du nom, que l’on va oindre ce jeudi 25. Et c’est en se promenant dans la ville, où règne l’activité créée par les préparatifs des cérémonies du couronnement que notre Viviane a aperçu ce beau jouvenceau aux yeux bleus, rencontre qu’elle confia aussitôt à sa marraine.

            Eliette constata que 17 années plus tard des évènements semblaient vouloir se renouveler ; mais aujourd’hui les choses étaient quelque peu différentes, et elle s’en ouvrit à Jehan.

– Savais-tu que ta fille avait entrevu un beau garçon qui vit dans le quartier Saint Jacques ?
– Et alors qu’y a-t-il là d’extraordinaire ?
– Il y a que je crois savoir qui est ce beau damoiseau ?
– Et cela a une importance ?
– Peut-être, car le garçon en question est le fils du mercier, en d’autre terme, le frère de la Viviane que tu as connue et aimée autrefois…
– Ce qui voudrait dire que ma fille et lui sont cousins. Et alors ?
– Et alors ? Fais un peu marcher ton cerveau, cela veut dire aussi que le mercier en question est l’oncle de ta fille, un oncle dont elle ignore l’existence, tout comme elle ignore les évènements qui ont entouré sa naissance.
– Mais à part nous, qui peut connaitre les origines de ta filleule ? C’est un secret de famille dont seuls quelques initiés sont au courant.
– Sache mon petit Jehan, que les secrets de famille sont faits pour être connus tôt ou tard…

            Jehan ne répliqua pas, mais cette réflexion le troubla quelque peu ; Eliette était une femme de bon sens, dont les avis méritaient de n’être pas négligés. Tout le reste de la journée, il se terra dans un mutisme que Flore constata, mais qu’elle ne chercha pas à contrer. Par expérience, elle savait que l’homme qui partageait sa vie, se confierait à elle s’il avait un souci ou une quelconque préoccupation. En général la douceur d’un lit douillet restait propice aux confidences.
C’est d’ailleurs ce qui se produisit cette nuit là. Jehan devint tendre ; les années n’avaient pas mis de frein à la passion de leurs corps et à l’envie de leurs caresses. Flore se fit accueillante répondant sans réserve aux désirs de son bien aimé ; longuement ils se cajolèrent, usant de tous les gestes bienfaisants qui font frissonner, de toutes les caresses que leur passion imaginait et Flore cette fois là cria son plaisir avec plus d’éclat qu’à l’ordinaire.
Durant le calme qui suit la tempête amoureuse, alors qu’ils reprenaient leurs esprits lovés l’un contre l’autre, Jehan conta l’objet de sa conversation avec Eliette. Et s’il semblait considérer la situation sans gravité ni inquiétude, Flore au contraire, comprit vite qu’il ne fallait pas prendre la situation à la légère. Depuis longtemps elle redoutait qu’une circonstance imprévue ne vienne révéler à Viviane ses origines. Elle appréhendait surtout qu’elle apprenne l’existence de sa véritable maman ; elle ne voulait pas n’être qu’une mère de substitution, car au fond de son cœur, même si Viviane n’était pas la chair de sa chair, elle avait pour elle les sentiments intimes que ressent une génitrice. En cet instant elle craignait qu’on la dépossède de cette maternité qu’elle revendiquait.
Soudain, elle éveilla Jehan qui s’était assoupi :
– Jehan, mon amour, je t’en supplie, fais-moi un enfant, donnons une sœur à Viviane.
– Mais enfin…
– Oui, je sais, mais essayons une fois encore.
Et devant l’inertie de Jehan elle eut des gestes tendres de la main afin qu’il puisse la pénétrer. Elle ne chercha pas le plaisir, elle voulait seulement accéder enfin à une maternité qui lui faisait défaut jusqu’à présent, et montrer à tous qu’elle pouvait donner la vie. Elle pensait sans doute s’attacher, s’il en était besoin, l’amour d’une Viviane sur le point d’apprendre le secret de ses origines, car elle ne doutait pas qu’il faille en arriver là.
Jehan, sans imaginer les pensées intimes qui assaillaient sa compagne, fut envahit par le plaisir et longuement Flore le tint serré contre elle ; terrassé par le sommeil, il n’aperçut pas ses yeux remplis de larmes.

***

            Ignorant les préoccupations de ses parents, Viviane avait passé la nuit chez sa marraine qui devait l’accompagner sur la place de la cathédrale, tôt le lendemain afin d’assister à l’entrée du Roi sous les arches séculaires de ce joyaux gothique. Durant les longues heures de la cérémonie sacrale la foule massée sur le parvis prenait plaisir à regarder les saltimbanques, les bouffons qui faisaient leurs facéties dans l’espoir de récupérer quelques piécettes. Comme Eliette s’était quelque peu éloignée pour suivre les pas d’un jeune et joli jongleur qui tout en marchant faisait tourbillonner en l’air de nombreuses boules de bois, Viviane fut abordée par un homme à la mise soignée et au sourire avenant.
– Comment vous nommez-vous jolie damoiselle ?
– On m’appelle Viviane depuis bientôt seize années
– Et savez-vous d’où vous vient ce prénom ?
Devant l’air étonné de la jeunette, il poursuivit longuement son propos à la fin duquel Viviane s’enfuit en courant vers l’atelier de Jehan où demeurait ses parents.
Arrivée auprès d’eux, reprenant son souffle après sa longue course, elle se jeta dans les bras de Flore, entre lesquels elle se sera avec passion.
– Petite maman, je t’adore.
– Je le sais ma grande, moi aussi je t’adore.
– Mais moi aujourd’hui je t’aime encore plus fort depuis que j’ai entendu la belle histoire que m’a contée un charmant monsieur…
Viviane se tut un court instant avant de poursuivre :
– … qui m’a expliqué pourquoi on m’a nommée Viviane ; il m’a dit qui était celle qui m’a donné la vie et m’a appris le rôle merveilleux qui tu as tenu par la suite.
– Mais enfin qui a put te raconter de telles histoires ?
– Ce ne sont pas des histoires, je le sais, je le sens. Et d’ailleurs ce brave monsieur m’a bien précisé qu’il te connaissait.
– T’a-t-il dit au moins son non ?
– Oui, Gautier.
Seul Gautier, cet amant d’autrefois, pouvait en effet connaitre tous les faits concernant les origines de Viviane. Tout à leur joie, après ces révélations, les deux femmes se tinrent serrées dans les bras l’une de l’autre. Flore savait enfin qu’elle serait désormais la maman qu’elle souhaitait être.
Tard dans la journée, ce 25 janvier 1515, toute souriante, heureuse de vivre, Eliette vint les retrouver :
– Si vous saviez… ce beau jongleur, il baise comme un dieu !

Raimondo – 2017- (à suivre)

Viviane 18

Posted in Oulibouf on février 10th, 2017 by gerard – 2 Comments

viviane-18

18e épisode 

Chapitre 5 : Viviane

Et la vie suit son cours.

Le Roi Louis XII a obtenu son divorce d’avec Jeanne de France : le Pape a donné son accord ; il y a toujours des arrangements possibles, moyennant quelques compensations. Le Roi peut épouser Anne de Bretagne dont il est amoureux depuis sa jeunesse. Ces problèmes domestiques réglés, il peut enfin faire de la politique et en particulier songer à poursuivre la conquête du Milanais sur lequel il fait valoir ses droits qu’il a hérité de sa grand-mère. Comme quoi, même en ces temps anciens, un petit héritage est toujours bon à revendiquer.

A Reims, les parents de Viviane attendent de ses nouvelles. On peut  penser qu’ils n’en recevront pas de sitôt… Jehan et Eliette filent le parfait amour ; les événements de ces derniers temps leur ont donné l’occasion de renouer la romance d’autrefois. Certes ils se doutent que cela ne sera pas éternel, mais pour l’heure ils ne boudent pas leur plaisir et peut même écrire « leurs plaisirs ».

A Tournehem, Viviane et Flore reprennent goût à la vie. L’épouse du Grand Bâtard, Jeanne,  les entoure et se montre avec elles comme une aïeule attentive. Flore semble s’intéresser à un jeune clerc chargé de prendre soin des livres du maitre des lieux qui, comme  son père Jean le Bon,  se révèle un bibliophile averti. Elle n’a pas encore cédé aux attentions de ce beau damoiseau, mais elle sent bien que cela ne saurait tarder.

Reste le cas de Viviane ; elle est enceinte et Jehan, le seul homme qu’elle n’ait jamais connu, est de toute évidence le père de l’enfant qu’elle porte Elle a bien caché à tous la nouvelle, mais Jeanne, fine mouche à flairé l’évènement : les nausées, ne trompent guère une personne d’expérience.

–         Quand te décideras-tu à me dire que tu es grosse ?

–         Mais comment avez-vous su ?

–         Peut-être as-tu oublié que j’ai mis quelques enfants au monde et je connais bien tous les phénomènes qui surgissent lors d’une grossesse.

Viviane est finalement heureuse de pouvoir confier ce qu’elle pensait être un secret à cette femme pleine d’expérience qui va l’aider à aborder la vie de mère qui sera bientôt la sienne.

Flore, quand à elle, ne se pose aucun problème de maternité, même si elle a enfin renoué avec les jeux de l’amour en cédant au jeune Gautier. Le clerc lui a fait visiter son domaine, il lui a montré les livres remplis d’enluminures magnifiques, dont elle a appréciées l’élégance ;  et si elle s’est émerveillée de toutes ces beautés artistiques,  elle a apprécié, un jour,  le délicat frôlement d’une main sur son joli fessier, cet effleurement n’étant qu’une étape, avant que d’aborder des divertissements capables de produire bien d’autres satisfactions.  Flore,  a accueilli avec plaisirs toutes ces  caresses dont le manque ternissait son équilibre et son moral. On trouva dans le château mille recoins secrets où l’on pouvait, en toute tranquillité échanger quelques gentillesses.

Gautier se révélait un amant plein de prévenance, d’une débordante imagination et Flore en élève appliquée savait apprécier les détours savoureux menant à l’extase, qu’elle découvrait avec lui. A son tour, elle imagina, un soir au clair de lune, sous les frondaisons du parc, une gentillesse que sa bouche besogneuse lui alloua avec grand art. Gautier goûta à sa juste valeur cette gâterie inattendue qu’il ne connaissait pas et Flore apprécia, pour des raisons pratiques,  la présence d’une fontaine gazouillant à proximité…

Si la vie à Tournehem se déroule de façon idéale, il n’en va pas de même à Reims où les parents de Viviane, attendent toujours des nouvelles de leur fille. Dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur cette inexplicable  disparition, ils ont à plusieurs reprises contacté Eliette, mais cette dernière ne leur en n’a  pas dit plus et même, à la longue, lasse de leurs continuelles visites, elle s’est montrée assez cassante avec eux.

–         Après tout, disait-elle à Jehan, c’est bien de leur faute ; pourquoi donc vouloir cloitrer leur fille dans un couvent contre sa volonté ?

–         Bien sûr, reconnaissait Jehan, mais pourquoi montres-tu tant de dureté envers avec ces pauvres gens.

–         Je suis dure et je m’enflamme  parce que leurs pleurnicheries m’ennuient ; ils n’avaient qu’à réfléchir aux conséquences de leur décision concernant l’avenir de leur fille.

–         Décidément ma pauvre Eliette tu es toujours aussi entière, incapable de montrer un brin de raison et un peu d’humanité ; tu t’emportes, tu hausses le ton. Il ne t’est pas venu à l’idée que ces parents, un peu tardivement peut-être, regrettent le  choix de vie qu’ils ont imaginé pour leur enfant ?

–         Jehan mon ami, tu m’ennuies. Je te rappelle que j’ai imaginé la « disparition de ta Viviane », pour éviter de te compromettre dans une affaire qui aurait pu t’apporter quelques ennuis avec les soldats du guet. Alors tes réflexions, tu peux te les foutre …

Eliette emploie ici une expression qui n’était peut-être pas en usage en cette fin du 15e siècle, mais que Raimondo utilise pour donner plus de vigueur à son récit. Pardonnons à ce génial conteur, l’anachronisme qu’il se permet pour la  bonne cause littéraire.  (Note de l’Editeur)

La discussion entre Jehan et Eliette, se termina sur ces magnifiques paroles. Les deux amants se séparèrent fâchés ; chacun regagna son propre logis. Ce soir, il n’y aurait pas de petit câlin, pas de main caressante, pas de doigt fripon, pas de bouche avenante ; bref, rien de ce qui aurait pu apporter un peu de sérénité dans ce monde de brute…

Le lendemain, Eliette vit paraitre en son échoppe un jeune adolescent chargé de lui remettre un pli dont elle prit connaissance aussitôt. C’était un mot de Jehan.

« Chère Eliette, j’ai besoin de me changer les idées, et c’est pourquoi je vais me rendre à Tournehem, auprès du Grand Bâtard.  Donne une petite pièce au porteur de ce message.»

Eliette resta de marbre  à la lecture de cette froide missive, mais la colère montait en elle, en constatant l’attitude fuyante de Jehan. Elle retint un instant le messager, le temps d’aller chercher, pour le remercier, quelques piécettes ;  mais celui-ci avait filé, pressé sans doute par quelque tâche urgente et en particulier, la remise d’un mot de Jehan destiné à la famille de Viviane et un autre, à la supérieure du couvent de Cormontreuil.

Mais cela Eliette ne le sait pas.

***

Après son algarade avec Eliette, Jehan a passé la nuit à réfléchir. Certes, la faribole imaginée pour expliquer la disparition de Viviane a pu, un temps du moins, satisfaire sa famille, mais désormais, il pense que les choses allant trop loin, il y a lieu de rétablir la vérité. Il a donc décidé de se rendre à Tournehem afin de ramener Viviane auprès des siens. Par ailleurs, il n’est plus question de vie conventuelle, et il va falloir en convaincre la famille.

Il a pris contact avec un roulier qui va le mener en Flandre et remis des lettres à un jeune voisin chargé de les transmettre à divers destinataires.

Celle destinée à Eliette, on l’a vu, est fort succincte, Jehan ne tenant pas à entrer dans de longues explications qu’il réserve à d’autres. Et en particulier, pour la famille de Viviane,  il tient à se montrer rassurant  en un écrit qui enjolive un peu la vérité mais qui devrait dans l’immédiat apaiser leurs tourments.

« Je suis Jehan, enlumineur de profession, élevé par les moines de l’abbaye de Saint Rémi. Durant les journées du sacre de notre roi Louis le douzième, j’ai eu l’occasion de rentrer votre fille Viviane. Nous avons, en tout bien tout honneur sympathisé, car elle semblait très intéressée par mes travaux d’enluminure. L’amitié aidant, je suis devenu le dépositaire de son secret familial qui la rendait malheureuse : entrer au couvent comme vous en aviez le dessein ; cela n’était pas, et de loin, son désir. Désespérée, je l’ai trouvée errante dans la nuit. Je l’ai hébergée afin de la soustraire aux  dangers nocturnes dans l’attente du jour pour la ramener auprès des siens. Mais elle refusa catégoriquement de rejoindre votre logis.

Par la suite, nous avons eu l’occasion de pouvoir nous éloigner de Reims dans l’attente de jours meilleurs  et pour vous tranquilliser, elle écrivit une lettre que l’apothicaire Eliette accepta complaisamment  de vous  remettre. Il va sans dire que cette femme, une amie de longue date et connue en la ville pour son commerce florissant n’est absolument pas complice de la fuite de votre fille et qu’il serait inconvenant de tourmenter à ce sujet.

Je vais dès que possible me rendre auprès de Viviane pour tenter de la ramener à la raison. Il me parait cependant souhaitable que vous abandonniez le projet d’en faire une religieuse. Peut-être y a-t-il d’autres solutions plus conformes à ses désirs.»

Bien sûr, Jehan passa sous silence la complicité intime, qui s’était créée entre eux. Il omit de préciser combien leur fille avait apprécié les jeux de l’amour pour lesquels elle montrait beaucoup d’empressement.

Une autre missive était destinée à la Mère supérieure du couvent de Cormontreuil ; en termes courtois il lui fit part de la peine de son amie Viviane destinée à devenir moniale sans en avoir jamais éprouvé le moindre désir. Il termina sa lettre en faisant état d’un évènement que l’indiscrétion d’une religieuse lui avait révélé :

« N’obligez la pauvre Viviane à se couvrir d’un habit, que vous-même, en son temps, avez revêtu contre votre gré… »

Dès que possible, Jehan quitta Reims en direction des Flandres  avec un roulier qui devait livrer en cours de route, des fûts de vin de la région champenoise. Le voyage se révéla un peu long : le chariot était lourdement chargé et les chevaux de trait devaient être changés souventes fois. Si le roulier ne quittait pas son charroi durant les nuits, Jehan quant à lui se reposait dans les auberges et à plusieurs reprises, il fut sollicité par les œillades de quelques servantes dont le décolleté, en cette période estivale laissait apparaitre de biens jolis attraits. Il résista quelques jours, mais l’envie supplanta bientôt la sagesse qu’il s’était imposé en allant retrouver Viviane.

Un soir,  en se couchant, il constata que son lit était occupé par un joli tendron complètement nu ; bouleversé par cette délicieuse vision, troublé par le velouté d’une blanche peau satinée qui s’offrait à lui, il ne sut résister à cette invite. La nuit fut enchanteresse et  à plusieurs reprises,  chacun y trouva le plus profond des bonheurs.

Deux jours plus tard, la cité de Tournehem se profile dans le lointain.

***

Alors que dans quelques heures il arrivera au château de son oncle le Grand Bâtard, Jehan ne sait pas que Viviane a ressenti les premières douleurs de l’enfantement. Il ne sait pas non plus qu’après avoir donné la vie à une jolie fillette, un implacable destin mettra fin à ses jours, comme beaucoup de femmes de l’époque lors des accouchements, laissant une orpheline à laquelle on a donné le prénom de sa mère : VIVIANE.

Raimondo (2016) – à suivre

Viviane 17

Posted in Oulibouf on décembre 10th, 2016 by gerard – 1 Comment

17e épisode 

Chapitre 4 : où les choses se compliquent

viviane17

            Viviane a quitté Reims.

            Après une très tendre nuit avec Jehan, elle tourne le dos à cette ville qu’elle aime mais dans laquelle elle se sent plus à l’aise ; elle fuit sa famille et l’implacable rigueur de son père. Quel sera son devenir ? Elle ne peut encore l’imaginer, mais assurément, elle ne prendra pas l’habit de nonne qu’on veut lui faire porter.

           Pour l’heure, elle fait route vers la Flandre, vers Tournehem, dans la caravane d’Antoine de Bourgogne, le Grand Bâtard qui a accepté de la prendre en charge, ainsi que son amie Flore. Toutes deux, sont confortablement installées dans une litière, alors que les domestiques de la suite voyagent dans des chariots brinquebalants, au grand air, sous la chaleur du soleil estival.

          Les deux amies profitent de leur isolement pour échanger des confidences. Flore s’ouvre à Viviane ; son corps a enfin connu le plaisir de l’orgasme provoqué par les tendres caresses de Gaspar.  Il lui a fait découvrir le grand bonheur de l’extase amoureuse, qu’un mari indifférent  n’avait pas réussi à lui apporter jusqu’à présent. Aujourd’hui, elle est submergée par la joie d’avoir connu ce délicieux enchantement,  mais la nostalgie l’assaille en s’éloignant de Gaspar qu’elle ne reverra sans doute plus.

          Viviane, elle aussi, est triste de devoir quitter Jehan : ses caresses lui manquent déjà. En est-il de même pour lui ? N’a-t-elle pas été, après tout, qu’une passade apportant quelques moments de plaisir, mais qu’on oublie rapidement ? Soudain  elle songe à cette Eliette que Jehan semble trop bien connaitre et vers laquelle il se consolera sans doute de son absence. La jalousie la taraude un instant, provocant une larme que son amie Flore a entrevue et qu’avec tendresse elle essuie. Les deux femmes se comprennent : depuis de longues années elles éprouvent l’une pour l’autre une indéfectible amitié, une tendresse qui ne peut faillir même si leur corps a connu avec des hommes d’autres émois, d’autres façons d’aimer.

***

           A Reims, Jehan ressent lui aussi avec tristesse le départ de Viviane. Seul dans son atelier, il n’éprouve même pas le besoin de s’adonner aux travaux d’enluminure  qui lui ont été commandées. D’ordinaire, c’est avec plaisir qu’il réalise ces œuvres  artistiques, mais aujourd’hui, il n’en a aucune envie.

          Dans la cité, les soldats du guet recherchent toujours Viviane, dont la famille, sans nouvelles depuis plusieurs jours, s’inquiète vraiment. Jehan se demande s’il ne devrait pas, sans tout leur dire bien sûr, aller les rassurer,  leur signifier que Viviane est en bonne santé, qu’ils n’ont pas à se faire de souci. Mais agir ainsi laisserai apparaitre qu’il en connait plus qu’il ne le dit. Il songe à trouver conseil  auprès des moines qui l’ont élevé et s’apprête à gagner l’abbaye de St Rémi, lorsque parait soudain Eliette. Tous deux avaient cessé leur très intime liaison mais ils restaient en contact et poursuivaient d’amicales relations. 

–        Tu es seul mon petit Minet, ta damoiselle t’a quitté ?

          Cela, dit sur le petit ton ironique qui lui était coutumier ; la plaisanterie ne fait pas réagir Jehan qui reste muet, et face à ce  silence, elle comprend que son ami est plus préoccupé qu’elle ne le pense. Aussi, se fait-elle plus douce, plus câline ; elle l’entoure de ses bras affectueux. Jehan respire son parfum, plus troublé qu’il ne parait. Décidément, cette femme est un vrai démon tentateur, une diablesse ensorceleuse, une continuelle aguicheuse d’homme. Penchée devant Jehan, elle sait bien qu’il ne peut ignorer la vue d’un décolleté plongeant où l’on entrevoit ses seins magnifiques. On ne reste jamais insensible à telle vision et Jehan plus que tout autre le sait pertinemment. 

–        Laisse-moi regarder si tu bandes, mon petit coquin.

–        Je t’en prie Eliette, je n’ai pas l’esprit à la gaudriole.

–        C’est dommage, car moi j’ai grande envie de quelques petites cajoleries, comme celles du temps où tu étais plus empressé qu’aujourd’hui.

–        Ne sois pas importune, j’ai en tête d’autres soucis.

–        Eh bien libère-toi de ces soucis, raconte-moi tes misères, tu sais bien que je suis très attentive et éventuellement bonne conseillère.

          Et Jehan s’épanche auprès de son amie. Il lui raconte avec force détails les évènements de ces derniers jours : sa rencontre fortuite avec Viviane, leurs émois, la décision familiale à laquelle elle ne veut point se soumettre, son départ pour Tournehem avec le Grand Bâtard. Il lui fait part de son intension  de prévenir sa famille, dont il imagine volontiers le souci et qu’il souhaiterait rassurer.

–        Et comment comptes-tu te présenter à son père, qui bien évidemment, te  demandera par quel miracle tu possèdes des renseignements concernant sa fille ?

–        Je n’entrerai pas dans les détails, je…

–        Tu lui diras, cher monsieur j’ai dépucelé votre fille, qui a bien apprécié la chose et qui depuis lors n’a pas du tout envie de s’enfermer dans un couvent, soumise à l’austère vie de ces femmes privées de…

          Eliette évita de prononcer un mot un peu trop vulgaire, précisant l’objet des privations, mais poursuivit :

–        Fais-moi confiance ; je connais ce drapier du quartier St Jacques, chez lequel il m’arrive de faire des emplettes. Je vais  lui servir quelques fariboles qui le tranquilliseront  et qui aurons l’avantage de te laisser hors de la disparition de sa fille. Car si les soldats du guet te savaient mêlé à cette affaire, ils auraient tôt fait de te soumettre à la question pour te faire avouer tout et n’importe quoi.

          Sans trop savoir ce que mijotait son amie, Jehan dut reconnaitre qu’Eliette arrivait à point nommé pour le tirer d’embarras.

–        Tu es une chic fille, ma petite Eliette.

–        Tu ne crois pas que tout cela mérite une petite compensation…

          Jehan savait ce que le terme signifiait pour elle. Ils se retrouvèrent à l’étage, et sur le lit douillet ils reprirent les habitudes d’autrefois. Ce fut un instant passionné durant lequel ils retrouvèrent les gestes intimes qui ne s’oublient pas. Jehan retrouva avec plaisir le corps  séduisant de cette femme qui au seuil de la quarantaine se révélait toujours aussi désirable. Ce petit revenez-y leur fit grand bien ; comblés, ils s’assoupirent serrés l’un contre l’autre.

          Eliette rompit la pause, lançant comme il savait le faire, une plaisanterie plutôt douteuse.

–        Ta Viviane, elle suce bien ?

–        Décidément, tu es incorrigible !

–        Et une bonne suceuse.

          Et en bonne coquine, elle s’exécuta.

Note de l’éditeur : l’auteur emploie ici le terme de « coquine », car en ce 16e siècle, le mot « salope » plus convenant à la situation, n’existait pas encore.

***

           Pendant ce temps là, la caravane du Grand Bâtard poursuit sa chevauchée vers Tournehem. Comme il est hors de question de faire le voyage en une seule traite, quelques haltes seront nécessaires et Antoine de Bourgogne assure à Viviane et Flore, ses protégées de confortables nuitées dans des auberges qui jalonnent la route menant  en Flandre. Les jeunes femmes apprécient la sollicitude de ce grand seigneur, qui au cours du souper se révèle un délicieux conteur. Il fait part de ses combats militaires auprès du duc Charles le Téméraire, son demi-frère ainsi que ceux qui se déroulèrent en Italie au temps du Roi Charles VIII.

          Il ne combat plus maintenant, il a 77 ans, mais son œil fripon montre qu’il n’est pas indifférent à la vue d’un jupon  et Flore, qui a quelques retards de caresses, ne repousse pas les mains baladeuses qu’Antoine laisse s’égarer sur quelques parties replètes de son anatomie.

          Recrue de fatigue, celle du voyage mais également celle générée par ses soucis, Viviane à regagné très vite leur chambre. Flore tint compagnie à Antoine sous la tonnelle du jardin. Elle écouta ses histoires, elle se laissa peloter et finalement, pour ne pas troubler le sommeil de son amie, elle accepta l’invite du guerrier qui lui offrit une place dans son lit.

          Flore avouera, par la suite, que s’il avait été autrefois vaillant au combat, il n’avait plus l’âge de s’adonner aux joutes amoureuses. Elle regretta, bien sûr, le savoir faire de Gaspar et regretta presque de lui avoir été infidèle.

***

           Comme promis, Eliette s’en vint auprès des parents de Viviane et débita son complet savamment préparé. 

–        Je connais bien votre fille qui est souvent venue me voir dans mon apothicairerie. Il lui est arrivé de me demander des conseils de beauté et ces visites ont créé entre nous une sincère amitié.

–        C’est bizarre, elle ne nous en a jamais fait part.

–        Ce sont là des cachoteries de jeune fille.

          Et se tournant vers la maman :

–        Nous autres femme connaissons bien cela, n’est-ce pas ?

          Le sourire de la mère, l’incita à poursuivre.

          Il faut savoir que le Roi louis XII, qui venait d’être sacré, était marié à  Jeanne de France, fille de feu Louis XI ; ce mariage lui ayant été imposé, il s’apprêtait à demander le divorce et Jeanne, très pieuse, avait pour projet de créer l’ordre religieux de l’Annonciade pour lequel elle souhaitait recruter quelques jeunes femmes désireuses de se consacrer à la vie monacale suivant des règles qu’elle était en train de déterminer.

–        Durant les journées du sacre royal,  votre fille Viviane  eut l’occasion de s’entretenir avec une jeune femme de la suite de Jeanne de France,  et lui proposa, puisque son destin était d’entrer dans les ordres, de mieux connaitre auprès de sa fondatrice cet ordre de l’Annonciade.  Décidée à la suivre, votre fille m’a chargé de vous transmettre ce petit message d’explication.

« Mes chers parents, obéissant à votre désir, je me décide donc à entrer dans les ordres. Je vous demande seulement de me permettre de choisir une autre congrégation que celle des religieuses de Cormontreuil. Une nonne de la suite royale accepte de me conduire jusqu’à  Bourges où je dois rencontrer Jeanne de France. Comme le temps presse, je vous fais parvenir ce petit mot que ma chère amie Eliette vous remettra en vous donnant toutes les explications que lui demanderez. Je vous donnerai dès que possible d’autres nouvelles. »

          Tissu de balourdises que les parents gobèrent puisqu’elles  allaient somme toute dans la voie qu’eux-mêmes avait choisie pour leur fille.

          On s’en tint là, du moins provisoirement. Les soldats du guet cessèrent leurs recherches et purent se mettre de nouveau à ne rien faire, comme c’était souvent le cas.

          Ceci étant, Eliette alla auprès de Jehan chercher la récompense de ses bons offices : sucette ou branlette, la chose restait à déterminer.

***

          Quelques jours plus tard, le Grand Bâtard arriva enfin dans son château flamand. Jeanne son épouse, qui n’avait pas participé au voyage à Reims du fait d’une santé chancelante, accueillit avec gentillesse les deux protégées de son époux et après avoir connu les raisons de leur présence, les assura de toute son attention et se montra très bienveillante à leur égard. Elle leur promis de veiller à leur avenir en trouvant une solution à leurs problèmes. Pour l’heure, le clos et le couvert leur était assuré, aussi longtemps qu’il serait nécessaire.

          Quelques semaines s’écoulèrent et Viviane s’aperçut qu’elle était enceinte.

Raimondo – 2016 (à suivre)

Viviane 16

Posted in Oulibouf on octobre 10th, 2016 by gerard – 4 Comments

Comme me l’a fait gentiment remarqué mon vieux camarade Raimondo, j’ai omis le mois dernier la sacro-sainte alternance tous les deux mois d’un épisode de « Viviane ». Je me confonds en excuses auprès de lui et de vous, et je répare l’offense qui lui a été faite avec la parution de ce jour.

Viviane16

16e épisode
Chapitre 3 : Où l’on parle d’avenir

            Viviane s’était réveillée aux premières lueurs du jour.
Elle se remémora les merveilleux moments qu’elle avait vécus dans les bras de Jehan et songea avec délices que pour la première fois de sa vie, elle avait dormi, nue, aux côtés d’un homme. Si ces pensées lui procuraient grand plaisir, elle n’oubliait cependant pas la décision paternelle de la voir entrer au couvent, puis réalisa soudain qu’hier soir elle n’avait pas rejoint la demeure familiale et se demanda quelle avait pu être la réaction de sa famille, constatant cette absence nocturne.
Une impulsion irraisonnée la poussa à quitter l’atelier de Jehan qui pour l’heure dormait profondément du sommeil du juste et les sens en repos. Elle ne voulait pas l’importuner plus longtemps avec ses sordides histoires de famille.
Elle se retrouva dans une ville encore déserte ; désemparée elle parcourut les ruelles avoisinant l’abbaye, avant de se retrouver sur la place, bien connue de tous les rémois qui venaient s’approvisionner à la fontaine coulant en permanence. Quelques jeunes femmes, servantes dans les familles bourgeoises, s’y trouvaient déjà pour s’approvisionner en eau potable. Viviane les regarda avec une certaine envie, pensant qu’elles jouissaient d’une liberté dont elle-même serait bientôt privée. Elle n’était pas capable d’imaginer qu’au-delà cette apparente liberté, le sort de ces femmes, n’était pas toujours enviable : corvéable à merci, souvent harcelées par un maitre salace qui posait sur elles leurs libidineuses mains. Viviane ne savait rien des tourments de ces femmes que ni son milieu bourgeois ni les religieuses ne lui avaient fait découvrir.
Soudain, une voix que Viviane reconnaissait entre mille vint la tirer de sa torpeur.
– Que fais-tu ici à pareille heure ma petite Viviane ?
C’était Flore, son amie de toujours, avec laquelle elle avait poursuivi des études au couvent de Cormontreuil. Flore, on s’en souvient, avait quitté Reims pour vivre à Tournai auprès d’un mari qui lui avait été imposé par sa famille.
Heureuses de se retrouver les deux amies se jetèrent dans les bras et s’étreignirent tendrement. Elles ne s’étaient pas revues depuis de longs mois et bien sûr avaient mille choses à se raconter. Elles s’éloignèrent donc de la fontaine et gagnèrent un coin isolé, sous de grands arbres séculaires.
Flore conta sa malheureuse vie à Tournai. L’homme auquel on l’avait unie avait tout du parfait égoïste. Il ne montrait pour son épouse aucune sollicitude, aucune gentillesse. Il avait prit femme pour l’assister dans son travail et surtout pour qu’elle lui fasse un héritier. En sanglotant, Flore évoqua une nuit de noce qui n’eut pas le charme que d’aucuns lui prêtent d’ordinaire. Sans ménagement, son époux la prit, ne pensant qu’à décharger son sperme fécondateur, sans se soucier du ressenti de sa jeune épouse. Le plaisir ne fut pas de la partie. Ce fut plutôt un supplice qui se renouvela ainsi, chaque soir, durant des semaines, sans que l’héritier ne se fasse annoncer. Dès lors, l’homme devint hargneux, clamant qu’on l’avait été grugé en lui offrant une vierge stérile ; après la hargne, s’affirma la méchanceté et bientôt une abominable cruauté.
Flore décida de fuir ce diabolique époux dès que possible et profita d’une de ses absences, pour quitter Tournai en catimini. Elle avait trouvé un roulier devant se rendre à Reims, et comptait retourner auprès des siens. Malheureusement pour elle, la famille ne l’accueillit pas avec ferveur : elle était mariée, donc sa place était auprès de son époux, et on lui enjoignit de vouloir bien tenir ses engagements matrimoniaux et s’en retourner auprès de lui.
Ne sachant que faire en cette ville désormais hostile pour elle, Flore trouva cependant refuge auprès de Gaspar. C’était un couturier, quinquagénaire qu’elle avait toujours connu puisqu’il vivait non loin de la maison de ses parents dans le quartier Saint Jacques. Il eut la générosité de l’héberger quand il apprit ses pénibles péripéties. Ce soir-là, cela ne lui était pas arrivé depuis plusieurs jours, elle put se restaurer convenablement et profiter de la couche moelleuse que Gaspar lui abandonna, se réservant pour lui une modeste natte étalée à même le sol.
Au petit matin, Flore s’éveilla et sa triste situation lui tira des larmes qui alertèrent son hôte ; l’homme, s’approcha d’elle, et par de douce paroles tenta de la rasséréner. Ce qui risquait d’arriver arriva. Gaspar posa ses mains sur cette juvénile chair qui reposait près de lui ; mais ses gestes étaient pleins de douceur, et n’étaient en rien répugnants. Flore ne repoussa pas ces attentions, elle était même prête à s’offrir à ce bienfaiteur qui se montrait certes entreprenant, mais avec une délicatesse qu’elle n’avait jamais connue jusqu’à présent. Elle allait ôter la chemise qui la couvrait, mais Gaspar l’arrêta ; il répugnait à poursuivre une caresse née d’une pulsion irraisonnée. Il s’en excusa même en lui baisant paternellement la main.
– Il est tôt encore ma Florette, dors pendant que je termine une jolie robe neuve que je te destine, pour remplacer la tienne qui est en piteux état.
Flore s’endormit. Elle rêva qu’un beau damoiseau posait, tout comme Gaspar ses mains sur elle, cherchant même à la pénétrer. Et soudain le beau jouvenceau prit l’aspect de l’époux abject qu’elle avait quitté.
Ce cauchemar la réveilla…

***

             A l’écoute de ce récit, Viviane, ne put retenir ses larmes. Elle serra très tendrement contre elle cette amie de toujours et retrouvait en cet instant la délicieuse complicité de leur adolescence. Elle n’osa pas, bien qu’en ayant grande envie, caresser comme autrefois tous ces coins intimes où naissait le frisson de plaisir. Le lieu ne s’y prêtait pas.
A son tour elle conta le bonheur qu’elle avait trouvé auprès de Jehan, les moments délicieux qu’il lui avait apporté dans leur intimité et les plaisirs de la chair qu’elle avait éprouvé. Mais elle fit part également du projet familial la vouant au triste sort d’une vie monacale qui ne lui convenait pas.
– Décidément ma pauvre Viviane, nous ne sommes, ni toi ni moi destinées à un avenir serein.
– En ce qui me concerne, il est hors de question que j’endosse la robe de bure des nonnes.
– Quand à moi, je ne me vois pas subir les caresses d’un époux qui n’a même pas été capable de faire naitre en moi le moindre frisson…
Les deux amies devisaient et ne virent pas approcher l’homme qui se dirigeait vers elles. C’était Jehan.
– Mais que fais-tu ici, ma Viviane ? Quelle mouche t’a piquée pour quitter mon logis où tu te trouvais en sureté ? Sais-tu que tout le quartier Saint Jacques est en émoi et te recherche ?
Viviane allait s’expliquer mais Jehan fut catégorique :
– Avant que les soldats du guet ne se mettent à fouiller toute la ville, il est temps que tu te caches chez moi.
Et il ajouta, avec un sourire de connivence :
– Ainsi que cette charmante personne qui, je suppose, doit être Flore…

           Tous trois se retrouvèrent chez Jehan et l’on s’expliqua. Une conclusion s’imposait : puisque les deux femmes se refusaient à suivre les obligations imposées par le dictat familial, il leur fallait quitter Reims. Mais comment et pour aller où ?
– J’ai peut-être une idée. Il est parfois bon d’être bâtard de grande famille.
Et sur ces paroles sibyllines, Jehan quitta son atelier.
Restées seules, les deux amies retrouvèrent tout naturellement les gestes d’antan. Elles se mignotèrent comme autrefois, avec la même passion, la même fougue. Comme autrefois elles ressentirent le plaisir que deux femmes peuvent se donner ; et si Viviane reconnaissait que les caresses de Jehan, lui apportaient d’autres ravissements, elle trouvait avec Flore une jouissance toute aussi agréable à éprouver. Elle en vint à se demander si elle pourrait ressentir tels plaisirs avec une autre femme.
En attendant le retour de Jehan, avec, on s’en doute une réelle impatience, elles parlèrent de tout et de rien, comme deux amies que le destin à séparé depuis de longs mois, et qui éprouvent le besoin de tout connaitre des évènements qu’elles ont vécus. Et soudain Flore, posa la question que seule l’amitié pouvait permettre.
– Dis-moi, que ressent-on quand on fait l’amour avec un homme, pour qui on a de l’attirance ? Est-ce comme nous deux ?
Viviane sourit. Elle s’apprêtait à lui répondre, lorsque Jehan arriva.
– Mes petites mignonnes, j’ai de bonnes nouvelles pour vous.
Et il conta.
Pour le sacre royal, on avait convié le grand bâtard Antoine de Bourgogne, fils du duc Philippe le Bon. On avait, pour ce grand guerrier, ayant servi avec loyauté les rois Louis XI et Charles VIII, quelques égards ; et si le duché de Bourgogne, indépendant de la royauté n’existait plus, les notables rejetons des derniers ducs, fussent-ils de souche adultérine, étaient toujours traités avec considération.
Jehan avait eut l’occasion de côtoyer, ce personnage, qui se trouvait être son oncle, en réalisant pour ce mécène des arts quelques enluminures. Il en avait apprécié la beauté et une certaine connivence à la fois artistique et familiale s’était établie entre eux. Aujourd’hui, Jehan s’était permis de lui rendre visite puisqu’il s’était déplacé à Reims pour le sacre du roi, afin de requérir son aide. Homme de décision, malgré son grand âge, il proposa d’offrir l’hospitalité à Viviane et Flore, dans son château de Tournehem, en attendant de trouver une solution en ce qui concerne leur avenir.
– Demain matin, mes chères petites, vous ferez partie du convoi quittant Reims pour rejoindre la Flandre. Et pour l’heure, nous allons fêter cette heureuse nouvelle car je vous invite à souper dans une auberge où nul ne viendra vous importuner.
Après ces agapes joyeuse, Flore s’en revint à l’échoppe de Gaspar pour lui annoncer toutes ces bonnes nouvelles, tous ces projets qui allaient désormais changer sa vie. Elle ressentait pour cet homme qui l’avait accueillie lorsqu’elle était dans le besoin, la plus grande estime. Elle éprouvait pour lui la déférence qu’on doit à un bienfaiteur en y ajoutant une once d’amitié mêlée d’une certaine tendresse. Souvent, ces derniers jours elle s’était remémoré les images toujours vivaces en son esprit, de ce matin au cours duquel Gaspar avait posé sur elle une tendre main. Elle lui sut gré de n’avoir pas poussé plus loin l’impulsion qu’elle aurait peut-être regretté à cet instant là.
Aujourd’hui, les circonstances n’étaient plus les mêmes : Flore voulait lui montrer sa gratitude mais elle souhaitait sceller par un geste particulier tout ce qu’elle ressentait en ce soir.
Sans dire un mot, elle se dénuda et se donna à Gaspar. Celui-ci comprit que le choix de Flore était réfléchi, et qu’elle ajoutait à la reconnaissance l’envie d’une femme désireuse de connaitre le délicieux moment où le plaisir rejoint la tendresse.
Ce soir là Flore ressentit enfin le bonheur qu’une femme souhaite trouver dans les bras d’un homme à qui elle a offert son corps.

Raimondo – 2016 (A suivre)

Viviane 15

Posted in Oulibouf on juillet 10th, 2016 by gerard – 2 Comments

Viviane15

Chapitre 2 : le sacre du Roi

En ce dimanche 27 mai 1498 dans la cathédrale de Reims, se déroule la cérémonie du sacre royal. Après l’onction au Saint Chrême, Louis XII reçoit les emblèmes de la royauté : l’anneau, le sceptre, la main de justice, l’épée et pour finir il est revêtu du grand manteau fleurdelisé.

Et pendant ce temps-là, nus, serrés côte à côte sur le lit douillet, Viviane et Jehan reprennent leurs esprits après leur belle joute amoureuse.

– Tu étais vierge.

– …..

– Tu étais vierge, n’est-ce pas !

– A peu près.

– Comment ça, à peu près ?

– Si tu veux dire qu’aucun homme avant toi ne m’a pénétré, oui, j’étais vierge. Mais j’ai connu d’autres aventures.

Et Viviane conta par le menu tous les instants heureux partagés avec Flore. Jehan eut la bienséance de ne pas lui demander si elle avait préféré les jeux d’aujourd’hui à ceux d’autrefois. S’il ne posa aucune question, il avait, de toute évidence, constaté le véritable plaisir qu’elle avait montré avec lui, même si elle pouvait avoir une certaine expérience de l’orgasme.

Ils reposaient en silence, laissant leurs mains s’égarer, aller et venir sur leurs peaux nues. Et c’est ainsi que Viviane découvrit l’heureux effet d’une caresse sur un sexe masculin qui soudain prend son envol et se tient prêt à toutes les prouesses. Car prouesses il y eut, et ce second épisode de la journée fut un ravissement, à la fois pour Viviane qui prenait goût aux doux jeux de l’amour et pour Jehan constatant l’avidité qu’elle montrait tant à recevoir qu’à donner. Et, comme tous les amants du monde, après la venue du plaisir, après l’explosion des corps, ils se laissèrent gagner par le merveilleux sommeil qui apaise les amants et les prépare à de nouvelles joutes.

Le bruit de la rue les éveilla. Une foule hurlante saluait la procession accompagnant l’Abbé de Saint Rémi : le sacre terminé, il ramenait à l’abbaye la Sainte Ampoule, qui retrouverait sa place dans un magnifique reliquaire, jusqu’au sacre d’un prochain roi.

Viviane et Jehan décidèrent de sortir pour se mêler à la liesse populaire. A chaque coin de rue, des saltimbanques, acrobates, bateleurs, montreurs d’animaux amusaient le bon peuple par leurs facéties. Le sacre des rois étaient pour ces gens du voyage, venus de toute part, l’occasion de faire quelques recettes plus importantes qu’à l’ordinaire. Une fillette passait parmi la foule présentant une sébile : son sourire et son œil malicieux finissait par convaincre les cœurs les plus endurcis de mettre la main à la bourse pour y quérir quelques piécettes.

– Alors Jehan, qu’attends-tu pour donner quelques piécettes à cette belle enfant ?

Cette remarque, qu’une femme à la voix suave venait de prononcer dans son dos, Jehan ne pouvait en oublier la provenance : c’était celle d’Eliette, la jolie veuve qui l’avait initié aux jeux de l’amour. Leur bluette était terminée depuis longtemps, et d’un commun accord, chacun avait poursuivi sa propre route, mais il faut croire qu’un petit sursaut de jalousie avait germé dans le cœur d’Eliette en voyant Jehan tendrement accoté à cette jeune damoiselle.

– J’espère que Jehan a bien profité de mes leçons et qu’il a su vous satisfaire comme il sied à un parfait galant.

La phrase fit sourire quelques badauds tout proches, mais Viviane n’apprécia pas la plaisanterie et n’hésita pas à se tourner vers l’impudente, la gifla de belle manière et s’éloigna, laissant Eliette médusée. Jehan dut faire face à la situation, s’efforçant de l’apaiser alors qu’elle s’apprêtait à poursuivre cette mijaurée qui avait osé porter la main sur elle.

– Je t’en prie, Eliette, calme-toi.

– Me calmer ? je me calmerai lorsque cette drôlesse aura reçu la correction que je lui réserve.

Fort heureusement Viviane avait disparu, mettant fin, pour l’instant du moins, à la fureur de la dame. Jehan la tira vers un coin isolé afin de la mener à plus de raison.

– C’est ta nouvelle conquête ?

– C’est une amie.

– Avec laquelle tu as couché.

Plus qu’une question, c’était pour Eliette une affirmation péremptoire ; elle connaissait le tempérament de Jehan, enclin à s’enflammer rapidement au vu d’un joli minois, donc à une vie sexuelle assez débridée.

– Elle te rend heureux ? Je veux dire par là, elle sait faire de bonnes petites gentillesses ?

– Ca suffit Eliette, tu deviens lassante, et même vulgaire.

– Je posais la question par générosité. Tu sais bien que j’ai toujours beaucoup d’estime pour toi ; tu reste de mes amants celui qui m’a apporté le plus de bonheur et si tu es en manque je suis prête à t’offrir un petit « revenez-y » à ma façon.

Et comme ils se trouvaient en une venelle déserte, Eliette s’accroupit devant lui : Jehan redoutait le pire, il la savait capable de toutes les folies. Elle éclata d’un rire nerveux, mais ne mit pas à exécution, le geste que sa position pouvait laisser entrevoir.

Ils étaient dans le quartier de la ville, là où faisaient florès les échoppes les commerces de bouche ainsi que celles des artisans divers et en particulier une apothicairerie héritage qu’Eliette tenait de son défunt mari. Elle avait en sa jeunesse appris les secrets de cette profession avec un apothicaire qui l’avait engagée comme apprentie. Elle était jolie, peu farouche ; l’homme n’eut de cesse que de la mettre dans son lit. Ce n’était pas un perdreau de l’année ni un beau mâle, mais en fine mouche, Eliette sut manœuvrer pour échanger sa virginité contre un anneau nuptial, donc une situation bien assise. Elle apprit très tôt, l’art confectionner les remèdes tels les baumes, les onguents ou les électuaires et, le moment venu, celui de se donner du bon temps sur la couchette nuptiale. Dans chacune de ces spécialités, elle fit très vite montre d’un savoir faire certain.

Devenue veuve peu de temps après, elle poursuivit son commerce qui devint florissant car elle avait développé la vente de divers onguents destinés aux soins corporels, produits dont les bourgeoises rémoises étaient devenues consommatrices. Puis, le veuvage étant parfois difficile à supporter, elle fit connaissance de divers hommes qui vinrent égayer sa solitude et parmi eux, cet adolescent beau comme un Adonis, à qui elle inculqua comment se bien comporter au lit avec une femme. Ce dernier montra bien vite de telles dispositions que leur aventure dura plusieurs mois. Jehan, c’est de lui qu’il s’agit, ayant à la longue quelques velléités de connaitre d’autres gazons, on se sépara bons amis, sans jamais perdre contact toutefois.

En ce jour de fête, les circonstances les avaient réunis et Eliette fut bien obligée de reconnaitre que la vue de Viviane avait fait naitre en elle un sentiment de jalousie : une femme plus jeune attire toujours l’ire des ainées, cela est bien connu, et la veuve, bien que nantie de fort jolis restes accusait tout de même deux décennies de plus que sa rivale. Elle tenta une fois encore de convaincre Jehan de renouveler un moment d’intimité, mais ce dernier s’empressa de la quitter ; il ne réagit même pas lorsqu’elle glissa une main caressante dans son entrejambe, petit geste d’amitié qui d’ordinaire le réjouissait et provoquait souvent quelques réactions anatomiques.

Viviane, après son algarade avec Eliette, s’était rapidement éloignée pour regagner l’échoppe paternelle. Ses parents y attendait la clientèle, peu nombreuse il est vrai en ce jour de réjouissance, les rémois s’étant regroupés vers la place de la cathédrale et le palais du Tau où se renait le roi et sa suite. Cela donna l’occasion aux parents de pouvoir deviser avec leur fille de projets qu’ils avaient élaborés.

– Nous commençons, ta mère et moi, à éprouver le besoin de ralentir nos activités dans cette mercerie. Il est temps que ton frère aîné prenne en main les destinées de notre commerce.

Viviane apprit ainsi, que son frère allait prendre épouse et tenir avec elle la mercerie familiale.

– Je suppose qu’il a été décidé quelque chose pour moi ?

– J’aurais aimé que notre négoce soit plus florissant afin de te constituer une dot appréciable, mais les circonstances n’ont malheureusement pas été à la hauteur de mes désirs.

Viviane s’attendait à apprendre la nouvelle d’un projet de mariage avec un vieux commerçant veuf, qui accepterait une damoiselle d’honnête famille mais non dotée ; c’était à l’époque une pratique courante permettant d’assurer un avenir à ces jeunes filles de très modeste bourgeoisie, destinées à assurer une aide dans leur magasin ainsi qu’un renouveau dans leur intimité. Elle n’avait pas imaginé qu’on ait pu faire un choix tout autre et dès lors elle tomba de haut lorsque son père lui annonça qu’il avait songé pour sa fille, à un avenir des plus remarquables : celui de l’entrée en religion ; elle était destinée à retourner au couvent de Cormontreuil, mais cette fois pour y revêtir la bure des moniales.

Entendant cela, Viviane poussa un hurlement de bête fauve à la surprise de quelques chalands qui passaient par là. En courant, elle s’éloigna du logis paternel, les yeux en pleurs, l’esprit bouleversé, à l’annonce de cette nouvelle qui allait faire d’elle l’esclave d’un choix familial pour lequel on avait sciemment omis de la consulter.

Elle traversa la ville, sans se préoccuper des réjouissances qui s’y déroulaient, fendit la foule pour se précipiter vers l’atelier de Jehan. Fort heureusement, il était là, mettant une dernière main à quelques travaux d’enluminure en cours. En la voyant ainsi éplorée, il la serra tendrement contre lui, attendant qu’elle se calme et puisse enfin lui faire part des raisons de son tourment. Quand il apprit le sujet de sa peine, il ne put que songer à sa propre situation, se remémorant l’époque où lui-même avait dû s’affronter aux moines, alors qu’il ne souhaitait plus devenir un des leurs afin de mener l’existence recluse des religieux. Malheureusement, si lui avait eu le cran de s’opposer au devenir qu’on lui destinait, Viviane n’avait pas les mêmes armes que lui, les femmes étant soumise, en cette époque, à l’autorité exclusive d’un père. Et cela, changeait bien des choses.

Par de douces paroles, il la calma, l’assurant de tout son appui ; il ne savait pas trop comment il pourrait lui venir en aide, mais il était sincère dans son désir de vouloir apporter son concours dans l’espoir d’empêcher cet insensé projet qu’elle ne désirait pas. Pour calmer sa peine, Viviane se serrait contre lui et ce contact savoureux lui fut salutaire ; ses larmes cessèrent, elle devint brûlante, augmenta sa pression contre le corps qui palpitait près d’elle. Jehan, bien que troublé, ne souhaitait pas se montrer entreprenant et profiter de la faiblesse d’une femme dans le tourment, mais Viviane alors se montra conquérante : ses mains partirent à la recherche d’intimes recoins, sa bouche s’offrit aux doux baisers dont elle avait découvert la saveur. Jehan n’eut pas la force de résister. Ils se retrouvèrent bientôt nus, se jetèrent sur le lit moelleux, prêts à entamer la joute passionnée que leurs corps réclamaient.

Le temps passait ; la nuit était tombée et devint complice de leur passion qui se prolongea des heures durant.

Lorsqu’il s’éveilla au petit matin, Jehan était seul dans le lit : Viviane avait disparu.

Raimondo – 2016 (à suivre)